a a LU a a o -c LU LU On il S Cfc" V v> 1 OEUVRES COMPLETES DE BUFFON COMPLEMENT. TOME IV. IMPRIMERIE DE JULES DIDOT L'AINE, IMPRIMEUR DU ROI, rue du Pont-de-Lodi , u 6. C 7/ HISTOIRE DES PROGRS DES SCIENCES NATURELLES, DEPUIS 1789 JUSQUA CE JOUR, , PAR M. LE BARON G. CUVIER, CONSEILLER D'TAT , SECRETAIRE PERPETUEL DE L ACADEMIE ROYALE DES SCIENCES, MEMBRE DE L'ACADEMIE FRANOISE , PROFESSEUR AU JARDIN DU ROI. etc. A PARIS CHEZ BAUDOUIN FRRES, DITEURS, RUE DE VAUGIKARD, N I 7 ; ET CHEZ N. DELANGLE, DITEUR, RUE DU BATTOIR , N 19. M. DCCC XXVIII. -%s%s%. -v'm/x "*'"*''*'"//* ^ HISTOIRE DES PROGRS DES SCIENCES NATURELLES. SECONDE PRIODE. 1809 1827. Suite de Anatortxie et Physiologie anima et de la Zoologie. LU ANNEE 1821. UHistoire des Mammifres de la Mnagerie, par MM. Geoffroy-Saint-Hilaire et Frdric Cuvier, avec des figures lithographies d'aprs nature, prend chaque jour un nouvel intrt cause des animaux rares et singuliers que la Mnagerie reoit des naturalistes envoys par le roi en diffrentes contres, et nommment de MM. Diard, Duvau- cel, Milbert, etc. Cet ouvrage s'enrichit mme de peintures faites, sur nature vivante, aux Indes, par ces courageux voyageurs, d'animaux qu'il auroit t difficile d'envoyer ici en vie. Ainsi Ton y verra les rhinocros de Java et de Sumatra, diffrents l'un et l'autre de ceux d'Asie et d'Afrique ; le tapir EUFFON. COMPLEM. T. IV. 1? a ?/j, 2 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, d'Asie, espce entirement nouvelle pour les na- turalistes; une grande espce de cerf qui parot le vritable hipplaphe d'Aristote, et une multitude de singes et de petits carnassiers entirement in- connus. MM. Diard et Duvaucel ont dcouvert jusqu' cinq espces de gibbons , dont il y en a une trs singulire par la runion du second et du troisime doigt de ses pieds de derrire. Ces natu- ralistes ont aussi prodigieusement enrichi la liste des oiseaux par leurs envois. M. Milbert a beau- coup contribu mieux faire connotre les cerfs de l'Amrique septentrionale , particulirement cette grande espce vaguement dsigne sous le nom de cerf du Canada, et que l'on avoit long-temps confondue avec le cerf d'Europe, bien quelle le surpasse de beaucoup en grandeur, et quelle en dif- fre par le bois et par les couleurs. M. Auguste de Saint-Hilaire a fait aussi des en- vois considrables de l'Amrique mridionale; mais une des rcoltes les plus avantageuses pour nos col- lections, en mme temps que pour la science, est celle qu'a faite M. Delalande au cap de Bonne-Esp- rance. Elle est galement importante pour toutes les classes du rgne animal et pour l'anatomie compa- re : on estime plus de quinze cents le nombre des espces de tout genre que cet ardent voyageur a rap- portes, et plus de dix mille celui des individus. * ?> ET ZOOLOGIE. 3 Les amis des sciences doivent aussi la plus grande reconnoissance aux officiers de terre et de mer qui , sans tre naturalistes de profession , ne ngligent aucune occasion d'enrichir nos collections publi- ques des productions des pays loigns o leurs fonctions les appellent. Les gouverneurs de la plu- part de nos colonies, M. le baron Mylius Bourbon, M. le gnral Donzelot la Martinique, s'en sont occups avec soin. M. d'Urville, quia travaill avec M. Gauthier relever les ctes de la mer Noire, en a rapport beaucoup d'insectes et des reptiles qui peuvent nous servir expliquer divers passages des anciens. L'expdition de M. le capitaine Freycinet autour du monde a t d'autant plus fructueuse que les marins et les officiers de sant ont en quel- que sorte rivalis entre eux pour recueillir tout ce qui se prsentait d'intressant, et qu'ils ont fait preuve dans leurs choix d'autant de lumires que de zl. On sent qu'il nous est impossible de donner ici mme une ide sommaire d'acquisitions si nom- breuses ; mais les savants et les amateurs en joui- ront bientt dans les ouvrages de ces voyageurs dont la publication est favorise par le gouvernement; et il n'est pas douteux que dans bien peu de temps il ne devienne ncessaire de refondre tous les ou- vrages gnraux de zoologie qui existent. 4 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, Continuant son histoire des reptiles des Antilles , M. Moreau de .Tonnes nous a communiqu cette anne ce qui concerne les anolis. On nomme ainsi un sous-genre de lzards langue courte, jambes lances, doigts largis dans leur milieu, et stris en dessous, qui courent avec rapidit la poursuite des insectes. Leur gorge s'enfle dans la colre, et leur peau change comme celle du camlon, sui- vant les passions qu'ils prouvent et le plus ou moins de lumire qui les frappe, du brun et du gris au verdtre ou au bleutre. Aussi leur struc- ture intrieure a-t-elle de grands rapports avec celle du camlon. M. de .Tonnes en a observ deux es- pces : celle que les naturalistes ont nomme le (jOtreux\ et dont la gorge, qui s'enfle beaucoup dans la colre, prend alors une teinte orange; et celle qu'on pourroit nommer raye, parcequ'elle a le long de son dos une bande de couleur ple borde de deux lignes plus obscures. Elles vivent toutes deux et en grande abondance prs des habitations. M. de Jonns dcrit leurs murs et explique com- ment les variations de leurs couleurs ont induit les voyageurs et les naturalistes en multiplier mal-- propos les espces. M. de Frussac a prsent la suite de son his- toire des mollusques de terre et d'eau douce, ou- ET ZOOLOGIE. r > vrage qui n'est pas moins remarquable par le nombre des espces et des faits intressants que par la beaut des planches. Pour mieux faire sentir d'avance tout ce que cet ouvrage doit contenir, M. de Frussac a commenc en publier ie tableau gnral. Les gastropodes poumons, ou qui respirent l'air en nature, soit qu'ils vivent terre ou dans les eaux , offriront eux seuls plus de trois cents espces. Le mme auteur s'est occup de faire concorder ensemble les diffrents systmes d'aprs lesquels les naturalistes ont class les mollusques, en pr- sentant en regard de chacune de ses subdivisions les subdivisions qui lui correspondent dans les m- thodes des autres auteurs. Le fond de la sienne est pris en grande partie de celle de M. Cuvier la- quelle il fait subir cependant des modifications assez importantes, dues aux naturalistes les plus rcents, et en partie aussi aux observations propres l'auteur ou ses mditations. C'est principalement dans la famille des gastropodes poumons et sans opercules, et dans celle des gastropodes bran- chies en forme dpeignes, queces changementsont eu lieu; et parmi les faits de dtail sur lesquels ils reposent, on a sur-tout remarqu une description nouvelle et exacte de l'animal des ampullaires , dont l'auteur a montr l'analogie avec celui des trochus. 6 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, M. La m ou roux, qui nous devions dj un ou- vrage important sur l'histoire des polypiers flexi- bles ou corns, vient de publier une exposition mthodique des genres de Tordre entier des poly- piers, o il a fait entrer les dcouvertes les plus rcentes des naturalistes. Cet ouvrage trs utile est accompagn de quatre-vingt-quatre planches, dont les soixante-trois premires sont les mmes qui avoient servi l'ouvrage d'Ellis et de Solander sur cette famille d'animaux, mais dont les autres ont t graves sous les yeux de l'auteur, et prsentent une foule d'objets dont Ellis et Solander n avoient pas eu connoissance. Le rosier fleurs blanches, et celui qu'on nomme vulgairement des quatre saisons, paroissent quel- quefois couverts de petites pustules dont l'abon- dance excessive les fait prir. M. Virey a reconnu sous ces enveloppes particulires de petites loges contenant chacune un ou plusieurs trs petits in- sectes, qu'il rapporte au genre des cochenilles, et qu'il a dcrits autant que leur petitesse l'a permis. Gomme dans d'autres espces de ce genre, le tuber- cule qui leur sert d'enveloppe n'est que le corps dessch de leur mre , qui leur donne encore un abri pour quelque temps. ET ZOOLOGIE. 7 M. Audouin a dcouvert un petit animal para- site qui s'attache ce genre d'insectes aquatiques et carnassiers, connu sous le nom de dytiques. Son corps a la forme d'une cornue, et adhre au dos de l'abdomen du dytique par la partie mince en forme de bec. Entre cette partie mince et la partie renfle sont un suoir dli, et trois paires de pattes de cinq articles chacune. M. Audouin Bt de cet ani- mal un genre qu'il nomme aclilysie, et qu'il place dans la tribu des acarides. Mais l'une des dcouvertes les plus surprenantes qui aient t faites en zoologie c'est celle de la mul- tiplicit des espces de vers de terre, observe par M. Savigny. Qui auroit jamais pu croire que des animaux si connus, que l'on foule aux pieds tous les jours, et dont on n'avoit jamais souponn les diffrences, en offroient cependant de telles, qu'en se bornant ceux des environs de Paris on pouvoit en compter jusqu' vingt-deux espces? Cependant cette multiplicit est aujourd'hui certaine , selon l'auteur; et comme ces espces se trouvent toutes dans nos jardins, et que la plupart y sont com- munes, chacun peut s'assurer par ses yeux de la ralit et de la constance de leurs caractres. Il n'est mme besoin pour les distinguer avec certi- tude, et les ordonner entre elles, que de faire at- 8 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, tention trois sortes d'organes parmi ceux quelles prsentent 1 extrieur, toutes trois, il est vrai , trs importantes , puisque l'une sert au mouvement progressif, et que les deux autres concourent la gnration Ces organes sont, i les soies, i les deux grands pores dcouverts sous le ventre parMuller, et que l'auteur nommeroit volontiers pores copulatoires, parcequ'il les croit le sige d'une sensation parti- culire que certains appendices qui s'y introdui- sent dans l'accouplement sont propres exciter ; 3 la ceinture, ou ce renflement situ en arrire des grands pores avec chacun desquels il communique par un double sillon , et sur-tout les petites fossettes ou petits pores rangs chacun de ses cts. Ainsi l'on observera d'abord si les huit sries de soies qui parcourent le corps dans toute sa lon- gueur sont galement espaces , ou si elles sont dis- poses par paires , et dans ce dernier cas si les soies de chaque paire sont cartes ou rapproches. On regardera ensuite sous quel segment sont si- tus les deux grands pores du ventre ; car ils s'ou- vrent tantt sous le i5 e , tantt sous le i3 e ; et l'on remarquera si leurs bords s'tendent ou ne s'ten- dent point sous les segments voisins. Enfin on examinera de combien d'anneaux se compose la ceinture , avec quelle articulation du ET ZOOLOGIE. 9 corps elle finit; et ion s'attachera sur-tout recon- notre le nombre et l'exacte situation des pores saillants dont les deux cts sont chargs. Le nom- bre de ces pores pour chacun des cts ne varie que de deux quatre, et leur disposition est telle que la bandelette charnue qu'ils forment par leur alignement , ou dans laquelle ils semblent ouverts, occupe toujours la partie moyenne ou la partie postrieure de la ceinture. D'ailleurs leurs autres relations sont assez variables ; tantt ils correspon- dent chacun deux anneaux, tantt un seul: dans le premier cas ils sont toujours continus, mais ils ne le sont pas toujours dans le second ; et com- munment entre deux anneaux pourvus d'un pore, il s'en trouve un qui en est dpourvu. Ces considrations suffisent toutes les distinc- tions. Nanmoins si on vouloit appuyer les princi- pales de quelques caractres pris l'intrieur il ne faudroit pour cela qu'examiner deux autres sortes d'organes ; savoir, les glandes sminales ou testicules et les ovaires. M. Savigny donne le nom de glandes sminales des corps ronds ou ovodes ; mous , lisses , vs^fc^ leux, blanchtres, disposs par paires en avant des grands pores, dans cet espace qu'occupent les cinq anneaux un peu renfls compris entre le 7 e et le 1 3 e . Elles s'insrent sur le bord antrieur des quatre O ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, premiers au moyen d'un petit pdicule qui corn- munique manifestement avec l'extrieur. Le nom- bre de ces glandes correspond parfaitement celui des pores de la ceinture contre lesquels leur orifice s'applique dans l'accouplement pour les recouvrir de la liqueur blanche que ces pores sont chargs d'absorber et de transmettre aux ovaires. Il y a donc au plus quatre paires de glandes sminales. Quand elles sont rduites trois paires, c'est par l'absence de la premire ; quand elles le sont deux, c'est par l'absence de la premire et de la seconde : de sorte que les deux paires postrieures existent toujours. On n'a donc tenir compte que de leur nombre et de leur insertion , tantt plus rappro- che de la face ventrale que de la dorsale, et tantt plus loigne. Les ovaires situs entre les glandes sminales, quoique un peu plus en arrire, sont au nombre de trois quatre de chaque ct. Lorsqu'il n'y a que trois paires d'ovaires leur structure est -peu- prs semblable ; mais il a paru l'auteur que lors- qu'il y en avoit quatre celle des deux premires rtfemoins complique. Une sixime considration de moindre valeur que les prcdentes, mais qu'on peut y ajouter parcequ'elle repose sur un fait qui frappe d'abord les yeux et qui se manifeste dans toutes les saisons, ET ZOOLOGIE. I 1 est celle de la prsence d'une liqueur opaque colo- re qui s chappe par les pores dorsaux de l'animal, ou de 1 absence de cette liqueur. Avant d'exposer le dtail des espces l'auteur rappelle que, dans un travail qu'il prsenta en 1817 l'Acadmie, le genre des lombrics est con- verti en famille, et que le lombric ordinaire y con- stitue un genre particulier sous le nom d'enterion. Les caractres du genre enterion peuvent se r- duire aux suivants : Soies trs courtes, au nombre de huit tous les seg- ments; quatre de chaque ct , formant par leur distri- bution sur le corps huit ranges longitudinales , savoir: quatre suprieures ou simplement latrales, et quatre infrieures. Une ceinture prcde de deux grands pores dont elle est spare par plusieurs segments. Il est ncessaire d'tablir dans ce genre deux divisions principales. Dans la i re les grands pores sont placs sous le i5 e segment. Cette division peut elle-mme se subdiviser en plusieurs petites tribus comme il suit: i re Tribu. Les soies sont rapproches par paires. La ceinture a de chaque ct deux pores qui cor- respondent chacun un seul segment, et qui, si l'on compte celui qui les spare, comprennent les trois pnultimes. Les glandes sminales rappro- J2 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, ches du ventre sont au nombre de deux paires. Point de liqueur colore. Il y a des espces qui ont quatre ovaires de chaque ct. i rc Espce. Enterion terrestre. La ceinture de neuf segments finit avec le 35 e du corps. 2 e Espce. Enterion caliginosum. La ceinture de huit segments finit avec le 34 e du corps. D'autres espces n'ont que trois paires d'ovaires. 3 e Espce. Enterion carneum. La ceinture de sept huit segments finit avec le 34 e du corps. 2 e Tribu. Les soies sont rapproches par paires. La ceinture a de chaque ct des soies qui cor- respondent chacune deux segments ; ces pores occupent les quatre segments intermdiaires que la bandelette dans laquelle ils sont compris ne d- passe point. Les glandes sminales rapproches du ventre sont au nombre de deux paires. Il y a trois paires d'ovaires. Point de liqueur colore. La plupart des espces ont des ovaires dont le vo- lume augmente de la premire paire la dernire. 4 e Espce. Enterion festivum. La ceinture de six segments finit avec le 3g e du corps. 5 e Espce. Enterion hercuteum. La ceinture de six segments finit avec le 3y e corps. 6 e espce. Enterion tyrtum. La ceinture de six segments finit avec le 35 e du corps. ET ZOOLOGIE. l3 Quelques unes cependant ont des ovaires dont la seconde paire est plus petite que la premire ; la dernire trs tendue. 7 e Espce. Enterion castaneum. La ceinture de six segments finit avec le 33 e du corps. Les pores du 1 5 e segment sont peine visibles. 8 e Espce. Enterion pumilum. La ceinture de six segments finit de mme avec le 33 e du corps. Les pores du 1 5 e segment sont saillants et trs visibles. 3 e Tribu. Les soies sont disposes par paires, mais peu rapproches. La ceinture a de chaque ct deux pores contigus qui correspondent chacun un seul segment ; ils occupent les deux segments intermdiaires que la bandelette dans laquelle ils sont compris dpasse ses deux bouts. Les glandes sminales rapproches du ventre sont au nombre de deux paires. Il y a trois paires d'ovaires. Point de liqueur colore. 9 e Espce. Enterion mammale. La ceinture de six segments finit avec le 36 e du corps. 4 e Tribu. Les soies sont disposes par paires , mais peu rapproches. La ceinture a de chaque ct deux pores qui correspondent chacun deux segments et qui occupent les quatre segments in- termdiaires ; la bandelette charnue dans laquelle ils sont compris s'tend d'un bout l'autre de cette ceinture. Les glandes sminales rapproches du l4 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, ventre sont au nombre de deux paires. 11 y a quatre paires d'ovaires. Les pores du dos rpandent une liqueur d'un jaune clair dont le rservoir antrieur forme un demi-collier au 14 e segment. 10 e Espce. Enterion cyaneum. La ceinture de six segments finit avec le 34 e du corps. 5 e Tribu. Les soies sont disposes par paires. La ceinture a de chaque cot deux pores contigus qui correspondent chacun un seul segment; ils occu- pent les deux antpnultimes , que la bandelette dans laquelle ils sont compris dpasse aux deux bouts. Les glandes sminales , rapproches du dos, sont au nombre de deux paires. Les pores dorsaux laissent chapper une liqueur colore plus ou moins ftide. Certaines espces ont les soies de chaque paire trs rapproches et quatre paires d'ovaires. Les unes rpandent une liqueur d'un gris jauntre, peu odorante, qui dans Falcohol devient concrte et d'un blanc de craie. i i e Espce. Enterion roseum. La ceinture de huit segments finit avec le 32 e du corps. Les autres possdent une liqueur trs ftide d'un jaune de safran. 1 2 e Espce. Enterion felidum. La ceinture de sept segments finit avec le 32 e du corps. D'autres espces ont les soies de chaque paire ET ZOOLOGIE. l5 trs cartes et n'ont que trois paires d'ovaires. La liqueur qu'elles rpandent est d'un jaune safran. i3 e Espce. Enterion ribidum. La ceinture gale- ment forme de sept segments finit de mmSWP le 32 e du corps. Elle est souvent incomplte. 6 e Tribu. Les soies sont rapproches par paires. La ceinture a de chaque ct trois pores qui corres- pondent chacun un seul segment, et qui, si l'on compte ceux qui les sparent, comprennent les cinq segments intermdiaires. Les glandes smina- les, rapproches du ventre, sont au nombre de trois paires. Il y a quatre paires d'ovaires. Les pores du dos laissent couler une liqueur verte ou d'un jaune de soufre dont le rservoir antrieur forme un demi- collier au 1 4 e segment. 1 1\ Espce. Enterion chloroticum. La ceinture de neuf segments finit avec le 37 e du corps. 1 5 e Espce. Enterion virescens. La ceinture est comme dans la prcdente, dont celle-ci diffre principalement par la couleur, et n'est peut-tre qu'une varit. 7 e Tribu. Les soies sont disposes par paires. La ceinture a de chaque ct quatre pores qui corres- pondent chacun deux segments et occupent les huit intermdiaires. Les glandes sminales, rap- proches du ventre, sont au nombre de quatre paires. Il y a quatre paires d'ovaires. Les pores du 16 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, dos rpandent une liqueur d'un jaune clair dont le rservoir antrieur forme un demi-collier au i4 e s erme nt. ^| JRitot les soies de chaque paire sont rappro- ches. 16 e Espce. Enterion icterium. La ceinture de dix segments finit avec le 44 e du corps. Tantt les soies de chaque paire sont cartes. 1 7 e Espce. Enterion opimum. La ceinture de dix segments finit avec le 38 e du corps. 8 e Tribu. Les soies sont galement espaces trs cartes. La ceinture a de chaque ct trois pores contigus qui correspondent chacun un seul seg- ment et occupent ses trois derniers. Les glandes sminales, rapproches du dos, sont au nombre de trois paires. Il y a trois paires d'ovaires. Point de liqueur colore. 18 e Espce. Enterion octaedrum. La ceinture for- me de cinq segments finit avec le 33 e du corps. 19 e Espce. Enterion pygmeum. La ceinture for- me de cinq segments finit avec le 37 e du corps. En terminant cette esquisse de la prsente divi- sion l'auteur fait remarquer que le numro du segment avec lequel se termine la ceinture est un nombre impair dans la 2 e tribu, la 6 e , et la 8 e , un nombre pair dans la 3 e , la 4% la 5 e , et la 7 e , diff- rence dont on peut au besoin tirer parti. ET ZOOLOGIE. 17 Dans la 2 e division les grands pores sont situs sur le i3 e segment. Cette division ne comprend encore qu'une seule espce qui a les soies rapproches par paires; la ceinture pourvue des deux cts de deux potes qui correspondent chacun deux segments, et occu- pent les quatre intermdiaires; les glandes smi- nales au nombre de deux paires, et trois paires d'ovaires. Elle ne rpand aucune liqueur colore. 20 e Espce. Enterion tetraedrum. La ceinture for- me de six segments finit avec ie 27 e du corps. L'auteur ne comprend pas dans cette liste quel- ques espces qu'il possde en nature, mais dont il n'a rencontr que des individus imparfaits ou in- complets. Telle est l'analyse du travail de M. Savigny, que nous avons cru devoir donner avec quelque ten- due cause de l'intrt qu'une suite de faits aussi peu attendus ne peut manquer d'inspirer tous les naturalistes. Il est important de rappeler cha- que jour combien nous sommes peu avancs dans l'tude des trsors de la nature, et il n'y en eut assurment jamais de preuve plus frappante que celle-ci. M. Latreille , dans un mmoire o il cherche montrer l'analogie des appendices du corps entre RUFFON. COMPLM. T. IV. 2 l8 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, eux dans les animaux articuls, les prendre de- puis les mchoires jusqu'aux crochets des insectes mles, et aux nageoires qui terminent la queue des crevisses, a considr ceux de ces animaux qui ont des membres articuls comme formant deux sries parallles; l'unequi comprend les insectes et les crustacs moins le lunule, l'autre qui embrasse le lirnule et les arachnides. Ici le nombre des ganglions nerveux est beau- coup moindre, et la bouche n'offre ni mandibules ni mchoires proprement dites. Cette srie se ter- mine par des acarides six pattes, et l'autre par des hippobosques aptres. Les appendices propres au thorax, mais distincts des pieds, et ceux du premier segment de l'abdomen, lorsqu'il en est pourvu, sont, selon M. Latreille,des moyens auxi- liaires pour les organes ordinaires de la locomotion, et emprunts des tguments ou des organes respi- ratoires. Il applique ce principe la considration des ailes des insectes , de leurs lytres , des balan- ciers des diptres, des peignes des scorpions, et de certains corps qui accompagnent soit les branchies, soit les pieds de divers crustacs. L'auteur passe ensuite l'examen des appendices situs aux deux extrmits du corps. Si l'on en excepte les organes copulateurs, la composition de ces parties est, dans son opinion, la mme que celle des pieds, mais sous ET ZOOLOGIE. 19 des formes et avec des proprits gnralement diffrentes et trs varies. M. Savigny avoit dj fait connotie les rapports qui existent entre les pieds-mchoires des crustacs et leurs pieds pro- prement dits. M. Latreille tend ces analogies aux antennes et aux palpes; il tche de ramener un type unique de composition , mais modifi , les or- ganes de la manducation des crustacs, des arach- nides, et des insectes, animaux que M. Savigny avoit aussi considrs sous le mme point de vue, mais d'une manire isole et sans connexion. Ces observations paroissent M. Latreille ncessiter quelques changements dans les dnominations de quelques parties principales; et c'est par cette ex- position qu'il termine son mmoire. Nous avons parl dans notre analyse de l'anne dernire des vues de M. Geoffroy-Saint-Hilaire sur les monstres , et de l'espce de classification qu'il en a donne, sur- tout d'aprs les diverses altrations de leur cerveau et de leur crne. Il a continu cette anne ses recherches sur ce sujet important ; et des monstruosits plus ou moins extraordinaires qu'il a observes il a dduit des conclusions gnrales et intressantes sur le principe du dveloppement des tres, et sur les causes des exceptions auxquelles ce principe est soumis. Dans les ftus nomms long-temps acphales il 20 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, s'en faut de beaucoup que la tte manque entire- ment; on en retrouve presque toujours les os, mais affaisss et rapetisses. Le plus souvent on voit que le cerveau toit dplac et sortoit du crne par une ouverture laisse entre les os; quelquefois l'pine elle-mme est ouverte , et laisse sortir au-dehors une partie de la moelle pinire. Les cerveaux ainsi d- placs ne consistent souvent que dans les mninges qui, au lieu dune vraie substance crbrale, ne contiennent qu'un fluide plus ou moins sanguino- lent ; et dans ce cas-l on voit les racines des nerfs comme isols sur la base du crne au travers des trous de laquelle passent leurs troncs. D'autres monstruosits ont donn M. Geoffroy les mmes preuves que l'organisation fondamentale se conserve toujours au milieu des anomalies: ainsi dans les becs de livre il ne s'agit que d'une solution des articulations, soit des os intermaxillaires entre eux quand le bec de livre est simple , soit de ces os avec les maxillaires quand il est double. Dans ce que l'on nomme des ftus trompe c'est le dfaut d'ossification ou de dveloppement des os de la cavit nasale qui permet aux yeux de se rapprocher et de se confondre , et qui laisse les parties molles du nez en quelque sorte suspendues et reprsentant souvent avec beaucoup d'exactitude une trompe de tapir ou d'lphant. ET ZOOLOGIE. 2 1 Dans un monstre n Lille, et qui avoit non seulement le cerveau hors du crne et comme port par une espce de pdicule , mais les viscres de la poitrine et de l'abdomen en grande partie hors de leurs cavits , on retrouvoit cependant les os du crne sous le cerveau qu'ils auraient d cou- vrir, et les os de la poitrine seulement carts les uns des autres ; mais ces dplacements du cerveau , du cur, des poumons, etc., avoient produit sur ces viscres, et sur ceux qui toient rests dans l'in- trieur, de grands changements de configuration. M. Geoffroy attribue ces dviations de la pro- portion naturelle des causes extrieures qui g- nent le dveloppement de certaines parties, ou des causes intrieures qui en troublent l'quilibre. Les dernires consistent principalement dans un d- faut de proportion du calibre des artres; la partie qu'une artre est destine nourrir se rapetisse et s'atrophie si cette artre s'obstrue; elle reoit au contraire une nourriture surabondante si l'artre est plus grosse qu'il ne conviendrait. De l un d- faut d'quilibre dans la raction des parties qui fait que le contenant chasse le contenu , ou que le con- tenu transgresse les limites que lui opposoit le con- tenant. M. Geoffroy a vrifi cette disproportion des artres dans quelques uns de ces monstres. Quant aux causes extrieures, il admet que dans '22 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, quelques cas le placenta contracte des adhrences avec certains viscres , avant que 1 enveloppe os- seuse qui doit les renfermer ait pris sa consistance, qu'il les attire au dehors et qu'il empche ainsi que les botes osseuses ne puissent se clore, d'o rsulte ensuite une foule d'anomalies. Il a vu de semblables brides du placenta qui s'attachoient certaines parties, et il conoit qu'il ait pu y en avoir d'autres qui ont produit des monstruosits difficiles aujourd'hui expliquer, parceque l'on a nglig de constater ces circonstances. Aprs s'tre ocup de la composition du crne et de ses lments osseux, M. Geoffroy est pass l'his- toire des vertbres et de leur formation. Il considre non seulement le canal mdullaire comme un dou- ble tuyau form du prioste intrieur et de l'ext- rieur entre lesquels se manifestent les points osseux dont, l'assemblage forme ensuite chaque vertbre, mais il voit encore dans la colonne vertbrale un troi- sime tuyau de mme nature que les deux autres, et qui enfile les corps de tous les vertbres. Ses re- cherches ont commenc par celui de tous les ani- maux dont les vertbres semblent avoir pris le moins de dveloppement, et o le troisime tuyau forme la partie principale et la plus sensible de la colonne. On avoit mme dit anciennement que toute l'pine de la lamproie se rduisoit une sorte ET ZOOLOGIE. 23 de corde fibreuse et cartilagineuse, mais depuis quelque temps M. Cuvier avoit reconnu que cette corde ne constitue pas l'pine; quelle reprsente seulement les cartilages intervertbraux qui dj dans les poissons ordinaires cartilagineux, tels que les squales, se rapprochent tellement par leurs pointes qu'ils semblent traverser les axes des corps des vertbres, et qui mme dans l'esturgeon for- ment dj en partie une corde trs semblable celle de la lamproie. M. Geoffroy a donn plus de gnralit cette proposition en faisant voir qu'en effet dans tous les poissons ces cnes de glatine ou de cartilage, situs entre les vertbres, s'attachent les uns aux autres par des filets qui traversent le trou dont l'axe de la vertbre est toujours perc, et qu'ils forment en consquence une sorte de cha- pelet continu. Ce que la lamproie a de particulier c'est que les corps de ses vertbres restent toujours annulaires et glatineux; qu'au lieu d'un chapelet c'est un tube uniforme qui les enfile; et que leur partie annulaire prend peine une consistance g- latineuse ou un trs lger commencement d'ossifi- cation sur quelques points. M. Geoffroy a imagin des moyens de rendre ces vritables parties de vertbres plus sensibles, et achve ainsi de ramener la lamproie aux caractres des autres animaux vertbrs. l!\ ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, M. Geoffroy prouve au surplus que cet tat per^ manent dans la lamproie n'est que la reprsenta- tion durable d'un tat qui se montre plus on moins dans tous les animaux vers l'origine de leur vie de ftus, et lorsque leurs vertbres n'ont encore au- cune partie ossifie. Il existe quelques perroquets auxquels les natu- ralistes ont donn le nom d'aras ou de perroquets trompe, parceque leur langue, de forme cylindri- que et termine par un lger renflement pouvant saillir beaucoup hors du bec, prsente une sorte de ressemblance avec une trompe. M. Geoffroy, ayant eu occasion d'observer en vie un de ces oiseaux , a fait voir que cette partie de leur organisation rentre pour le fond dans la structure gnrale de la langue des perroquets. Le tubercule de l'extrmit est la langue tout entire, qui peut se ployer ongitudinalement pour mieux saisir et goter plus exactement les parcelles de nourriture; la tige cylindrique qui porte cette lan- gue ou ce tubercule, ou , si l'on aime* mieux , cette petite pince, est forme de la partie antrieure de l'hyode, enveloppe par les tguments communs. Chacun sait que c'est ainsi que la langue des pics est porte en avant sur une tige forme par les branches de l'hyode. L'auteur, supposant que le nom de trompe doit tre rserv aux organes r- ET ZOOLOGIE. 2$ sultant, comme la trompe de lelphant, d'un pro- longement de la cavit nasale, demande, pour vi- ter toute quivoque , que ces perroquets soient dsigns par lepithte de microg fosses. Un heureux hasard ayant mis la disposition de M. Geoffroy un ftus de perroquet prs d eclore, il s'aperut que les bords du bec de cet individu toient garnis de tubercules placs avec rgularit, et prsentant toutes les apparences extrieures des dents : la vrit les tubercules n'toient pas im- plants dans l'os maxillaire; ils faisoient corps avec le reste de l'enveloppe extrieure du bec , et lors- qu'on l'enlevoit ils tomboient avec elle; mais ils n'en avoient pas moins, avec les vritables dents, cet autre rapport de nature , que sous chacun d'eux toit au bord de l'os maxillaire une sorte de grain ou de noyau glatineux , analogue aux noyaux sur lesquels se forment les dents, et que des tubes tra- versant rgulirement l'paisseur de l'os , et cor- respondant chacun de ses noyaux, y conduisoient des vaisseaux et des nerfs. A cette poque la res- semblance est d'autant plus grande que l'enve- loppe du bec, dont ces espces de dents font les crnelures , n'est point encore de nature vraiment corne , mais consiste en un tissu dune bl"hcheur, d'une transparence et d'une tnacit comparables, selon M. Geoffroy, la substance de cette coque 26 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, qui constitue la dent lors de sa premire concr- tion dans la gencive. Le premier bord saillant du bec consisteroit donc en une suite de tubercules ns chacun sur un germe pulpeux: et cette origine se marque toujours dans la suite ; car, si Ton amin- cit adroitement la partie corne d'un bec infrieur de perroquet, on finit par mettre nu une range de tubes qui occupent son paisseur depuis les bords de l'os maxillaire jusqu' ceux du bec corn lui-mme , et qui sont remplis d'une matire moins dure, plus brune que le reste. Chacun deux prend naissance d un petit trou du bord de l'os, et M. Geoffroy les considre comme les restes d'autant de germes ou de noyaux pulpeux sur lesquels se seroit forme la matire corne du bec , comme la matire vulgairement dite osseuse des dents se forme aussi sur son propre noyau. Ainsi, selon M. Geof- froy, un bec d'oiseau reprsenteroit ces dents que l'on appelle composes , comme sont par exem- ple celles de l'lphant, et qui consistent en une srie de lames ou de cnes dentaires coiffant cha- cun une lame ou un cne pulpeux, et runis tous ensemble en une seule masse par l'mail et le cor- tical. La diffrence ne consisteroit que dans la na- ture de la substance transsude par les noyaux , et dans l'absence perptuelle d'alvoles et de racines. Ces cnes ou ces lames intrieures se voient aussi ET ZOOLOGIE. 27 dans la substance du bec des canards, et se termi- nent d une manire plus sensible dans ces lamelles ou dentelures permanentes qui garnissent dans ces oiseaux tout le pourtour de l'organe, tandis que les dentelures du bec du perroquet disparoissent peu de temps aprs la naissance. M. Geoffroy dit ce sujet quelques mots sur les vritables dents, et fait observer avec raison que les mcbelires de l'homme et de beaucoup d'au- tres mammifres ne diffrent des dents dites com- poses que parceque leur couronne est forme sur des cnes pulpeux plus courts, plus gros et moins nombreux; et il cite des exemples o des dents ordinairement simples se sont unies par ac- cident en une dent compose, et d'autres o beau- coup de germes pulpeux s tant trouvs rappro- chs ont produit des groupes de dents tout--fait monstrueux. On avoit cru long-temps que c etoit le pollen des Heurs qui fournissoit aux abeilles la matire de la cire; mais depuis quelques annes MM. Huber pre et fi!s, qui leurs observations aussi ing- nieuses que soutenues ont valu si justement le titre d'historiographes des abeilles, ont prouv que les abeilles qui l'on ne fournit que du pollen et des fruits ne produisent point de cire, tandis 28 ANAT0M1E ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, qu'il est certain qu elles en donnent aussitt qu'elles retrouvent du miel ou du nectar des fleurs; c'est pour la nourriture des larves que les abeilles ra- massent le pollen, quelles mlent pour cet effet avec un peu de miel ; enfin la cire parot par petites cailles qui se dtachent entre les anneaux de l'ab- domen de certaines abeilles que M. Huber a nom- mes cirires. Il rsulte de ces faits que la cire est une excrtion qui, comme toutes les excrtions, sa premire origine dans la nutrition , et est ex- traite des aliments. M. Latreille, qui s'est occup avec soin de ce sujet, a remarqu que les segments particulire- ment destins cette excrtion ont deux espaces qui demeurent membraneux , et o se trouve en- tre lepiderme et le derme un vide , rempli sur le reste du corps par la substance corne des tgu- ments , mais qui, ces endroits, forme les poches cire. Ces poches, places vis--vis du second es- tomac de l'insecte, sont recouvertes par le bord de l'anneau qui prcde celui dont elles font partie; mais M. Latreille a trouv ces poches dans toutes les abeilles ouvrires, sans en pouvoir distinguer qui parussent plus spcialement destines cette production par le dveloppement de leurs organes; en sorte que s'il y a dans une ruche, comme M. Hu- ber l'a observ, des abeilles uniquement char- ET ZOOLOGIE. 29 ges de faire la cire , cette rpartition de travail ne tiendroit pas une distinction de castes, comme celle des bourdons et des ouvrires. M. Latreille s'est occup avec une attention toute particulire d'un organe qui, selon lui, contribue puissamment la production de ce bruit aigu qui rend les grillons , criquets et sauterelles si incom- modes. C'est une espce de tambour ou de caisse remplie d'air, place de chaque ct la base de l'abdomen, au-dessus de l'articulation du dernier pied. Sa face externe est garnie d'un rebord sail- lant , ferme par une lame lastique trs mince , place obliquement, et d'o partent intrieure- ment de petits filets qui aboutissent une autre membrane plus intrieure, qui elle-mme se lie la trache vsiculaire la plus voisine, laquelle ap- partient au deuxime segment de l'abdomen. On sait que dans ces insectes les ctes lastiques des lytres font l'office de cordes , et les cuisses de der- rire celui d'archets. M. Latreille regarderoit l'es- pce de tympan qu'il a dcrit comme fournissant un corps cette sorte d'instrument corde; il pense donc que c'est un organe du son, et son em- ploi n'est pas born faciliter le vol , comme la voit cru Degeer, et il est confirm dans cette ide par l'a- nalogie de position de cet organe et de l'organe mu- sical , bien connu pour tel dans les cigales. M. La- 3o ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, treille, l'occasion de cet instrument, a fait des observations nouvelles sur le nombre des stigmates ou des ouvertures respiratoires dans les cigales et dans les sauterelles , et en dcrit quelques unes qui avoient chapp l'il de ses prdcesseurs. L'Acadmie avoit propos, pour sujet d'un prix fond par feu M. Alhuinbert, l'histoire du dve- loppement des os et des variations de la marche du sang dans le ttard de salamandre, lors de son pas- sage l'tat de salamandre parfaite. Le prix a t dcern M. Durochet, bien qu'il n'ait trait que la premire partie du problme ., cause de l'intrt de ses observations, principale- ment sur l'tat des os lorsqu'ils ne sont encore que glatineux , et avant qu'aucun point osseux s'y ma- nifeste. Ils se forment alors, selon M. Dutrochet, par une vritable vgtation. Dans une vertbre, par exemple , on voit d'abord le corps sous forme de deux cnes opposs par leurs sommets , et tou- tes les autres parties en sortent comme des bour- geons. Dans le ttard de la grenouille la colonne vert- brale dans le principe n'est qu'un cordon revtu d'une gaine fibreuse d'une seule pice, qui, lors- que l'ossification s'est faite et a distingu les ver- tbres, devient le prioste: on sait mme que la queue de ce ttard conserve jusqu' la mtamor- ET ZOOLOGIE. 3l phose l'organisation qui appartenoit d'abord toute l'pine. vJ Dans la grenouille les os des membres, selon M. Dutrocbet, sont de mme forms de deux cnes qui croissent par leurs bases opposes, et se rap- prochent ainsi peu peu les uns des autres. Les pipbyses sortent en quelque faon du corps de l'os, et se moulent mutuellement sur lpiphyse voisine avec laquelle elles s'articulent. L'auteur ne trouve pas les apophyses sur ces premiers germes glatineux de l'os, et conjecture quelles naissent d'une partie ossifie des tendons qui s'y insrent. On sait que les salamandres reproduisent leurs pattes quand on les a coupes. M. Dutrocbet, en observant cette reproduction sur des ttards trans- parents, croit avoir remarqu quelle commence aussi par une vgtation du prioste, qui contient une substance glatineuse, d'abord d'une seule pice, et dans laquelle les os se forment et se spa- rent ensuite par l'effet de l'ossification. . Un autre prix physiologique est celui qu'a fond M. de Monthyon , et qui peut tre donn tout ouvrage imprim ou manuscrit, sans qu'il soit in- terdit aux auteurs de se nommer ; mais les ouvrages doivent prsenter des expriences nouvelles et ten- dantes perfectionner la physiologie ou la science de la vie animale. Jusqu' prsent les auteurs ne 32 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, paraissent pas avoir bien connu cette condition : la plupflj^ont adress l'Acadmie de simples obser- vations d'anatomie, ou des dtails pathologiques qui ne rentrent pas d'une manire directe dans les vues du respectable fondateur. Cependant l'Aca- dmie a cru pouvoir pour cette fois consacrer ce fonds deux mdailles qu'elle a dcernes aux au- teurs de deux ouvrages trs recommandables dans les deux genres que nous venons d'indiquer. L un d'eux est un mmoire de M. Jules Cioquet sur les calculs urinaires. L'auteur dcrit, d'aprs plus de 6000 de ces concrtions, toutes les varits dont elles sont susceptibles, et indique diverses voies par lesquelles la nature elle-mme parvient quelquefois les dtruire ; telles que la dissolution , la rupture spontane, la dcomposition de leur partie animale. Il croit mme en avoir trouv un qui avoit t rong intrieurement par un ver in- testinal. "Ce travail est sur-tout remarquable par des expriences sur la possibilit de faire circuler dans la vessie, au moyen d'une seringue convenable, une grande quantit d'eau , et sur le soulagement marqu qui en est rsult pour plusieurs malades. L'autre de ces ouvrages rcompenss par une mdaille est une description anatomique du cer- veau et du systme nerveux dans un grand nom- bre de poissons, par M. le docteur Desmoulins ET ZOOLOGIE. 33 C'est un beau supplment au travail de M. Serre, que nous avons annonc l'anne dernire, et il est plein de dtails prcieux sur la distribution des branches nerveuses. Malheureusement ce genre de dtails n'est point de nature entrer dans une ana- lyse, car on ne pourroit en donner une ide qu'en les copiant presque entirement ; et nous sommes obligs de renvoyer l'ouvrage mme, qui sans doute parotra dans quelque temps. Nous sommes obligs de prendre le mme parti l'gard du travail trs considrable et trs intres- sant de M. de Chabrier, ancien officier suprieur, touchant les organes du vol des insectes. L'auteur, dans une suite de mmoires qui ont t imprims, scit dans les Mmoires du Musum d'histoire natu- relle , soit dans le Journal de Physique, dcrit avec un dtail infini cette prodigieuse varit d'organes intrieurs et extrieurs dont se composent les ailes de ces animaux , et sur lesquels elles s'appuient et s'articulent, ou par lesquels elles sont mues dans les divers sens qu'exige ce mouvement si compliqu du vol. Les anatomistes consulteront avec fruit ce travail qui, se joignant ceux de MM. Jurine, La treille et Audouin , sur le mme sujet ou sur des sujets analogues, ne laissera presque rien d- sirer dans une partie aussi neuve qu'tendue de la science de l'organisation. BUFFON. COMPLEM. T. IV. 34 ANAT0M1E ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, ANNE 1822. lia facult d'absorber, que plusieurs physiolo- gistes attribuent exclusivement aux vaisseaux lym- phatiques , est considre depuis long-temps par d'autres comme appartenant non moins certaine- ment aux veines pour tout ce qui n'est pas le chyle. Cette question a t traite de nouveau dans ces derniers temps. Nous avons parl diverses reprises des exp- riences de M. Magendie ce sujet, et nous avons annonc aussi, dans notre analyse de 1820, Fou- vrage o MM. Tideman et Gmelin ont tabli que les veines du msentre absorbent plusieurs des substances contenues dans les intestins. M. Sgalas vient de communiquer l'Acadmie, et de rpter devant ses commissaires, des expriences qui non seulement confirment en gnral la facult absor- bante des veines, mais qui prouvent que certaines substances ne peuvent tre absorbes que par ces vaisseaux, ou du moins que leur absorption par les vaisseaux lacts est plus lente et plus difficile. Tel est l'extrait alcoolique de noix vomique. Si Ton en remplit une anse d'intestin lie aux deux bouts, et dont les veines sont lies ou coupes, il ne se ma- nifeste pendant plus d'une heure aucun signe d'em- poisonnement, bien que les vaisseaux du chyle et ET ZOOLOGIE. 35 les artres soient rests intacts; mais l'instant o le cours du sang dans les veines redevient libre les convulsions commencent , et l'animal prit promptement. Au bout de plusieurs heures ce- pendant, l'animal prpar comme il a t dit ne laisse pas d'prouver les effets du poison ; mais M. Sgalas imagine que cela n'arrive qu'en vertu d'une transsudation au travers des membranes de l'intestin. M. Fodera, jeune mdecin sicilien, a prsent un mmoire dans lequel i considre l'absorption et l'exhalation comme une simple imbibition et une simple transsudation au travers des pores du tissu organique et des vaisseaux , lesquelles ne dpendent que de la capillarit de ce tissu. Il a vu dans ses expriences des poisons agir au travers non seule- ment de portions de vaisseaux et d'intestins dta- chs de tout ce qui les environnoit, mais mme en introduisant dans un vaisseau ou dans un intestin une portion de vaisseau ou d'intestin d'un autre animal, lie aux deux bouts, et o du poison a voit t plac, il l'a vu exercer son action sur l'animal au bout d'un temps plus ou moins long. Les gaz d- ltres ont t absorbs de la mme manire. Des vaisseaux lis lui ont montr un suintement au travers de leurs parois. Il pense mme que cette im- bibition et cette transsudation par le simple tissu 3. 36 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, poreux des organes peuvent avoir lieu -la-fois aux mmes surfaces : ainsi une anse d'intestin lie et remplie d'une certaine solution ayant t plonge dans une solution diffrente, il y a eu mlange r- ciproque; introduction de la solution extrieure; mise au dehors de l'intrieure. Cette communica- tion mutuelle a lieu aussi pour les gaz. Le dia- phragme, le tissu de la vessie, laissent passer dans les deux sens les liquides injects dans les cavits qu'ils tapissent. Si Ion injecte de la solution de noix de galle dans l'abdomen , et de la solution de sulfate de fer dans la vessie, il se fait de l'encre dans l'une et dans l'autre cavit; il s'en fait des veines la trache-artre : c'est du bleu de Prusse qui se forme quand au lieu de noix de galle on injecte du prussiate de potasse. C'est par cette manire de voir qu'il explique l'augmentation de l'exhalation dans les inflamma- tions. Le tissu des vaisseaux dilats est plus per- mable. Toutefois l'auteur est loin de priver les vaisseaux lymphatiques de la facult d'absorber; leurs parois sont permables comme toutes les autres, et les li- quides en rencontrent toujours quand ils ont tra- verser une membrane quelconque. Aussi M. Fodera rduit-il les rsultats de M. Se- galas une diffrence de rapidit dans l'absorption , ET ZOOLOGIE. 37 ce que celle des veines est infiniment plus ra- pide , et celle des lymphatiques beaucoup plus lente. Il pense mme que si Ion trouve dans le canal thorachiquedessubstancesabsorbes parles veines, ce n'est pas qu'il ait t ncessaire quelles passassent des veines dans les artres, et de celles-ci dans les vaisseaux lymphatiques; mais il croit que ces der- niers ont pu les prendre dans les veines immdia- tement. M. Fodera a rpt d une manire extrmement prcise les expriences de MM. Wollaston , Brande et Marcet, qui tendoient prouver que certaines matires passent directement de l'estomac dans les reins et la vessie, sans avoir besoin d'tre entra- nes dans le torrent de la circulation. Injectant dans l'sophage ouvert au-dessous de la gorge du prussiate de potasse, et recueillant de temps en temps le liquide de la vessie au moyen d'une sonde, il a vu ce liquide produire du bleu avec le sulfate de fer, au bout de dix, et mme de cinq minutes ; mais il a trouv aussi produire ce bleu avec le sang de tous les vaisseaux qui vont du cur aux reins, et de ceux qui vont de l'estomac au cur, ainsi que dans les cavits du cur; d'o il conclut qu' la vrit la scrtion des reins se fait avec une rapidit bien remarquable, mais que c'est ce- 38 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, pendant la circulation ordinaire qui en est le con- ducteur. Au reste M. Fodera explique plusieurs des va- rits, dans la rapidit ou la quantit des imbibitions et des transsudations qui ont lieu dans le corps animal , par les expriences de M. Porret, dans les- quelles on voit que le passage d'un liquide au travers d'une membrane est puissamment favoris par le courant galvanique. Nous devons faire remarquer cependant que M. Fohman, professeur de Berne, chercbe att- nuer beaucoup les rsultats de toutes ces exp- riences au moyen des anastomoses qu'il croit avoir observes entre les vaisseaux lymphatiques et un grand nombre de points des veines: ce seroit l, selon lui, ce quiauroit fait illusion, et donn lieu tant de conclusions prmatures en faveur de l'ab- sorption veineuse. Des observations pleines d'intrt sur les fonc- tions des parties centrales du systme nerveux ont t prsentes l'Acadmie par M. Flourens , jeune docteur en mdecine. Son objet toit principale- ment de dterminer quelles sont les parties du sys- tme nerveux jusqu'o les impressions extrieures doivent se propager pour produire une sensation dans l'animal, et dans quelles parties de ce mme ET ZOOLOGIE. 3o, systme il peut s'oprer une irritation assez efficace pour faire natre des contractions dans les muscles. Il a constat, par de nouvelles expriences, que l'irritation descend dans tous les muscles dans les- quels le nerf irrit rpand des rameaux ; que si on la porte sur un point de la moelle pinire, elle se rpand sur tous les muscles dont les nerfs naissent au-dessous de ce point; que Ion peut remonter ainsi jusqu' l'origine de la moelle, dont l'irritation occasione des contractions universelles. Rcipro- quement l'animal prouve de la douleur par l'ir- ritation de tous les nerfs qui sont en communication avec sa moelle pinire et avec son cerveau : me- sure qu'on les coupe, mesure que Ton coupe diffrentes hauteurs la moelle pinire, toutes les parties qui reoivent leurs nerfs au-dessous de la troncature perdent la facult de donner de la dou- leur ou un sentiment quelconque l'animal. Si l'on opre d'une manire inverse, et si Ion commence les piqres par la surface des hmisphres du cer- veau, si on les fait pntrer jusque dans l'intrieur de ces hmisphres, on ne produit au contraire ni convulsions ni douleur, jusqu' ce que l'on soit ar- riv au mme endroit o s'arrtent les excitations, c'est--dire l'origine de la moelle alonge. On peut mme enlever par couches successives les hmi- sphres, les corps cannels, les couches' optiques , 4o ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, le cervelet, sans produire de contractions ni de douleur, sans mme contracter l'iris ni ]e paralyser. Ainsi le cerveau , quand on le pique ou qu'on l'en- tame, ne donne pas de sensations; mais ce n'en est pas moins lui que toutes les sensations du reste du corps doivent arriver pour prendre une forme distincte, pour tre nettement peruespar l'animal, et pour laisser des traces et des souvenirs durables. M. Flourens le prouve particulirement par rap- port au sens de la vue et de l'oue. Lorsqu'on enlve l'hmisphre d'un ct un animal, il ne voit plus de l'il du ct oppos, bien que l'iris de cet il conserve sa mobilit; si on enlve les deux hmi- sphres ii devient aveugle et n'entend plus. Un animal ainsi priv de ses hmisphres prend l'air assoupi ; ii n'a plus de volont par lui-mme; il ne se livre aucun mouvement spontan; mais quand on le frappe, quand on le pique, il affecte encore les allures d'un animal qui se rveille; dans quelque position qu'on le place il reprend l'quilibre; si on le couche sur le dos il se relve; quand c'est une grenouille elle saute si on la touche; quand c'est un oiseau il vole si on le jette en l'air; si on lui verse de l'eau dans le bec il l'avale; mais c'est sans but que l'animal fait tous ces mouvements : il n'a plus de mmoire, et va se choquer plusieurs re- prises contre un mme obstacle; en un mot il se ET ZOOLOGIE. 4* trouve clans l'tat d'un homme qui dort, mais qui ne laisse pas en dormant que de pouvoir se re- muer, prendre une position plus commode, etc. Ce que les expriences de M. Flourens ont de plus curieux c'est ce qui concerne les fonctions du cervelet. Quand on enlve les premires couches il ne parot qu'un peu de foiblesse et de manque d'harmonie dans les mouvements ; aux couches moyennes il se montre une agitation presque g- nrale : l'animal, tout en continuant de voir et d'entendre, n excute que des mouvements brus- ques et drgls; sa facult de marcher, de se tenir debout se perd par degrs. Si le cervelet estretranch totalement tout mouvement rgulier devient im- possible : alors l'animal mis sur le dos ne se relve plus; il voit cependant le coup qui le menace, il entend les cris, il cherche viter le danger, et fait mille efforts pour cela sans y parvenir; il a con- serv sa facult de sentir, mais il a perdu celle de faire obir ses muscles sa volont. En le privant de son cerveau on l'avoit mis dans un tat de som- meil ; en le privant de son cervelet on le met dans un tat d'ivresse, et. le cervelet se trouve ainsi le balancier et le rgulateur des mouvements de trans- lation de ranimai. Les expriences de M. Flourens donnent des rsultats en grande partie conformes ceux que 4^ ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, M. Rolando, aujourd'hui professeur Turin, avoit obtenus et publis en Sardaigne en 1 809 ; mais l'ou- vrage de ce mdecin, imprim Sassari pendant la guerre, ne nous toit point parvenu ; il a rclam une possession incontestable, et nous nous faisons un devoir de lui rendre la justice qui lui est due. Cependant nous devons ajouter que M. Rolando ayant seulement pratiqu des trous au crne, et enlev les parties avec un cuilleron , n'a pu obtenir la mme prcision que M. Flourens qui, aprs avoir mis l'encphale nu , en a successivement d- tach les parties par couches rgulires, et en Ras- surant toujours par une inspection immdiate des limites dans lesquelles il renfermoit chacune de ses oprations C'est ces travaux physiologiques de MM. Flou- rens et Fodera que l'Acadmie a cru devoir dcerner cette anne le prix fond par feu M. de Monthyon, pour l'encouragement de la physiologie expri- mentale. Les nerfs sont -la-fois les organes du sentiment et du mouvement volontaire ; mais on sait aussi que ces deux fonctions ne sont pas entirement d- pendantes l'une de l'autre; que la premire peut tre anantie sans qu'il y ait de diminution dans la seconde, et rciproquement; et on vient de voir ET ZOOLOGIE. 4^ qu'en effet elles ont des siges diffrents dans les masses qui composent le cerveau. Depuis long-temps les anatomistes ont cherch savoir si elles ont aussi, dans le tissu mme des cordons nerveux, des filets qui leur soient privati- vement affects; mais on peut dire que jusqu' pr- sent ils avoient avanc, cet gard, plus d'hypo- thses qu'ils n'avoient donn de preuves et de faits positifs. M. Magendie vient de faire des expriences qui paroissent rsoudre entirement cet important problme. Les nerfs qui sortent de la moelle pi- nire y prennent leur origine par deux ordres de racines ou de filets; les unes postrieures, les au- tres antrieures, qui se runissent au sortir de l'- pine pour former le tronc de chaque paire de nerfs. M. Magendie, ayant russi ouvrir l'pine du dos d'un jeune chien sans endommager ses nerfs ni sa moelle, imagina de couper quelques nerfs leurs racines postrieures seulement, et il observa aussi- tt que le membre correspondant toit insensible aux piqres et aux pressions les plus fortes : i] le crut d'abord entirement paralys; mais bientt, sa grande surprise, il le vit se mouvoir d'une ma- nire trs apparente. Une seconde, une troisime exprience ayant donn le mme rsultat, il con-. jectura que les racines postrieures des nerfs pour* roient bien tre particulirement destines la sen- 44 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, sibilit, et qu'alors les antrieures le seroient au mouvement. Pour confirmer sa pense il chercha couper sparment les racines antrieures, op- ration bien plus difficile que l'autre, et qu'aprs plusieurs tentatives il parvint cependant effec- tuer; le rsultat ne fut pas douteux : le membre de- vint immobile et flasque , en conservant des indices non quivoques de sensibilit. Des pieuves faites avec la noix vomique ont donn lieu aux mmes conclusions : ce poison n'a pas produit de convul- sions dans les membres dont les nerfs avoient perdu leurs racines antrieu res ; mais ceux o ils n'avoient conserv que leurs racines postrieures les ontprou- ves aussi violemment que si toutes les racines fus- sent demeures intactes. Les rsultats de l'irritation ne sont pas tout--fait aussi nets : il y a alors un m- lange de contractions et de signes de sensibilit; mais les contractions excites par la piqre ou le pince- ment des racines antrieures sont infiniment plus marques. Il n'y avoitde traces d'expriences de ce genre que dans une petite brochure imprime, mais non publie, deM. Charles Bell, anatomisteanglois, clbre par ses observations sur le cerveau, lequel avoit remarqu que la piqre des racines ant- rieures donne seule des convulsions aux muscles. Nous avons rendu compte, en 1820 et en 182 1 , ET ZOOLOGIE. /\$ des observations de M. Geoffroy-Saint-Hilaire sur la constance du nombre des os dans les ftus mons- trueux, de la classification qu'il a donne de ces productions anomales de la nature, et des causes d'aprs lesquelles il a cru pouvoir en expliquer les dviations ; il s'est occup cette anne de leurs par- ties molles. Dans un monstre de l'espce qu'il a nomme podencp/tale, o le cerveau toit sorti du crne, et se trouvoit suspendu par un pdicule, l'examen des parties diverses de cet organe a fait voir qu'il toit demeur, apparemment par dfaut de nutrition suffisante, -peu-prs l'tat de dve- loppement qu'il auroit eu dans un ftus de cinq mois, bien que l'enfant monstrueux auquel il ap- partenoit ft n terme. Ce mme monstre avoit l'estomac, et la partie du canal intestinal situe en avant du ccecum, plus raccourcis qu'un enfant nouveau-n, mais le gros intestin toit au con- traire beaucoup plus volumineux qu' l'ordinaire, sur-tout vers le ccum, o il se renfloit en une pocbe trs dilate, et un peu plus prs du rectum, o un second renflement formait une seconde pocbe, laquelle rpondoit cette dernire partie du colon qui est une espce de rservoir stercoral. Ces rservoirs toient remplis de mucus et de matires excrmentielles assez abondantes, d'o M. Geoffroy conclut que les intestins du ftus sont 46 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, plus actifs, et qu'il s'y exerce une digestion plus relle et plus complte que ne s'imagine le grand nombre des physiologistes. Il suppose que le mucus , vers par les artres dans les intestins, y devient un objet de leur acti- vit : ses ides le conduisent mme croire qu'en gnral c'est le mucus des intestins qui est la ma- tire du chyle, et que les aliments ne fournissent immdiatement des matriaux qu'aux veines ; et ce n'est, selon lui, qu'aprs avoir pass une premire fois par les organes de la circulation et de la respi- ration que ces matriaux rendent le sang artriel apte produire ce mucus, qui, selon l'expression de M. Geoffroy, seroit un compos nouveau , une matire alibile quintessencie. C'est ainsi que l'au- teur croit pouvoir expliquer les expriences r- centes dont nous avons rendu compte depuis deux ou trois ans, et dans lesquelles, soit MM. Tideman et Gmelin, soit M. Magendie, ont vu passer dans les veines les substances colorantes ou odorantes, portes dans les premires voies, tandis que ces substances navoient nullement pntr dans les vaisseaux lacts. D'un autre ct , M. Geoffroy pense que le mucus, un deuxime ou troisime degr d'organisation, fait une base essentielle de la composition du cerveau , en sorte que c'est par le peu de dveloppement de l'encphale de son ET ZOOLOGIE. .'47 monstre qu'il cherche rendre raison de la grande dilatation de ses poches intestinales. Ce monstre podencphale n'avoit point d'anus , et son rectum s'ouvroit prs du col de la vessie dans l'urtre , qui devenoit par-l une sorte de cloaque comme celui qui existe dans les oiseaux. Aussi M. Geoffroy a-t-il jug que la dilatation du cloaque, dans laquelle les oiseaux retiennent leur urine , est le vritable analogue de la vessie des mammifres. Cette vue l'a conduit des recherches compara- tives sur les organes de la djection et sur ceux de la gnration dans les oiseaux , et enfin une com- paraison et un rapprochement des organes gni- taux dans les deux sexes. Nous ne pouvons le suivre dans l'infinit de dtails o son sujet l'a oblig d'entrer, et que les anatomistes verront avec intrt dans le deuxime volume de sa Philosophie anatomique. Qu'il nous suffise de dire, relativement aux rap- ports des deux sexes, que M. Geoffroy considre les ovaires comme analogues des testicules, ls trompes de Fallope comme analogues des pididy- mes , les cornes de la matrice comme analogues des canaux dfrents, la matrice elle-mme comme analogue des vsicules sminales, enfin le clitoris comme l'analogue du pnis , et le vagin comme ce lui du fourreau du pnis. /| 8 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, Quant aux rapports des oiseaux et des mammi- fres, les ides de M. Geoffroy ont besoin d'un peu plus de dveloppement. 11 rappelle d'abord l'observation faite par M. Em- mert, que les oiseaux ont un double ovaire, et qu'au ct oppos leur grand oviductus il existe chez eux le vestige ou premier rudiment d'un autre ; et partant de l il a considr d'abord loviductus comme form de la runion d'une trompe de Fal- lope dans le haut, et d'une corne de matrice dans le bas. Mais plus rcemment il y voit plutt la runion d'une trompe de Fallope, d'un utrus et d'un vagin. Loviductus dbouche dans la zone la plus extrieure du cloaque commun, dans celle que M. Geoffroy a nom nie la bourse de la copulation, et qu'il a considre dans les femelles comme le vagin, mais qu'il nomme simplement maintenant la bourse du prpuce ; effectivement elle contient le clitoris et reoit la vessie, et dans les mles c'est elle aussi qui contient les replis de la verge l'tat de repos. Dans sa premire manire de voir il ne lui restoit que la poche appele bursa Fabricii pour reprsenter la matrice; la vrit elle existe aussi dans les mles, mais ce n'toit aux yeux de l'auteur qu'une confirmation de plus de tout son systme analogique ; dans les mles elle reprsentoit les v- sicules sminales. Aujourd'hui que M. Geoffroy ET ZOOLOGIE. /g place la matrice et le vagin dans l'oviductus mme , il nomme simplement la bourse de Fabrieius bourse accessoire l . Ici M. Geoffroy passe l'examen des organes g- nitaux des monotrmes, ou de ces quadrupdes ex- traordinaires del Nouvelle-Hollande, qui runis- sent un bec d'oiseau , une paule de reptile , un bassin de didelphe, une structure tellement paradoxale d'organes gnitaux que , bien qu'ils aient le sang chaud et le corps couvert de poils comme des quadrupdes , on doute encore s'ils ne sont pas ovipares comme les reptiles. M. Geoffroy croit pouvoir l'affirmer sur le tmoignage d'un voyageur qui, dit-on, a non seulement observ le fait, mais a rapport rcemment en Europe des ufs d'ornitborbynque ; il dit mme que suivant les rcits des naturels du pays la femelle de cette es- pce prpare un nid o elle dpose deux ufs. Voulant ramener ces monotrmes sa thorie des organes des oiseaux , M. Geoffroy est oblig de considrer dans ces animaux comme l'utrus ce qui a t jusqu' prsent regard comme la vessie par tous les anatomistes. Du reste M. Geoffroy continue penser que les adhrences du ftus avec ses enveloppes sont lu- Nous anticipons ici, avec la permission de l'auteur, sur les m- moires qu'il a lus cette anne 1823. BUFFON. COMPLM. T. IV. 4 5o ANAOMIK ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, nique cause, ou, selon son expression, l'ordonne de la monstruosit. Il a mme essay de faire des monstres: en enduisant ou revtant plus ou moins les coquilles des ufs qu'il faisoit couver, il a obtenu des ftus retardes ou disproportionns dans leur dveloppement. 11 a essay aussi de retenir des ufs dans l'ovi- ductus pour voir s'il y auroit une incubation ut- rine et enfantement d'un animal vivant. Cette ex- prience russit avec les couleuvres, dont le petit, comme on sait, est dj tout form dans l'uf au moment o il est pondu. Le moyen employer pour cela , d'aprs les observations de M. Florent Prvost, est de ne leur point donner d'eau o elles puissent se plonger ; alors elles ne se dpouillent pas de leur pidmie , et leur ponte est retarde. Dans les poules il faut lier l'oviductus : parmi plusieurs expriences, qui ont produit dans l'uf et dans l'oviductus des altrations trs diverses, M. Geof- froy croit avoir remarqu un commencement d'in- cubation dans un uf qui a voit t ainsi retenu pendant cinq jours. M. Geoffroy-Saint-Hilaire a communiqu une description faite par un Anglois dans l'intrieur de l'Indoustan d'une sorte de taureau nomm cjaour qui auroit sur le dos une srie d'pines ou d'aiguillons levs de six pouces au-dessus de l'pine ET ZOOLOGIE. Si du dos, mais qui par tout le reste de ses formes et de ses couleurs parot avoir beaucoup ressembl au bos frontalis ( le cjlal ou jongli gaur du Bengale). M. Geoffroy, adoptant cette description, suppose que ces pines rpondent aux pipbyses des apo- physes pineuses des vertbres dorsales. Passant ensuite des considrations plus gnrales , il juge que ces apophyses elles-mmes sont reprsentes dans les poissons par les rayons de leurs nageoires dorsales. Pour tablir ce point de thorie il fait connotre la composition gnrale de toute ver- tbre telle qu'on l'observe dans les ftus de mam- mifres, et mme dans les adultes de la classe des poissons. Il la trouve fondamentalement divisible en neuf pices primitives; savoir, une partie centrale d'a- bord tubuleuse, qui en fait le corps, et qu'il nomme cyclal; des branches suprieures au nombre de quatre, enveloppant le canal mdullaire, et dont il nomme celles qui forment les cts de l'anneau prial, et celles qui s'lvent au-dessus en forme d'apophyse piai; des branches infrieures, gale- ment au nombre de quatre, et enveloppant dune manire -peu-prs pareille les vaisseaux sanguins, qu'il nomme paraal, et cataal; mais ces pices ne sont pas toujours disposes en forme d'anneaux ; elles prennent , selon l'auteur, des positions diverses 4- 52 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, au gr des circonstances. Dans les parties o le systme nerveux et le sanguin ne forment plus que des filets grles une paire d'os suffit pour le conte- nir; et les deux branches de l'autre paire, de la paire externe , se trouvant alors inutiles leurs fonctions ordinaires, sont prtes, dit-il, prendre toute sorte de services ailleurs. Pour servir par exemple de baguettes aux nageoires dorsale et anale, elles montent l'une sur l'autre ; l'une se main- tient au -dedans, l'autre s'lance au -dehors. Lors- qu'elles sont ainsi places bouta bout, M. Geoffroy leur donne des noms particuliers; npial, propiai pour les suprieures; encataal, procataal pour les infrieures : il y a aussi des noms analogues pour les priaux et les paraaux, quand ils viennent s'a- ligner. Ainsi ce que nous appelions tout- -l'heure dans les quadrupdes l'piphyse de l'apophyse pineuse est pour M. Geoffroy leur propiai. Au contraire si le volume des parties contenues augmente, comme il arrive dans l'abdomen pour les pices infrieures, elles s'cartent pour embras- ser plus d'espace. Ainsi M. Geoffroy considre la partie osseuse ou vertbrale des ctes comme le paraal des vertbres abdominales, et la partie sternale ou cartilagineuse comme leur cataal. Dans les poissons cette partie ET ZOOLOGIE. 53 sternale ou ce cataal est dune position incertaine , et s'attache tantt sur le ct de la vertbre, tantt sur la cte mme ou sur le paraal, et forme alors ces artes latrales qui lardent les chairs des pois- sons, Les os en forme de V, qui s'articulent sous les vertbres de la queue d'un grand nombre de qua- drupdes, rsultent de la confusion des paraaux et des cataaux en une seule pice. Quant aux plaques osseuses interposes chez les jeunes sujets entre les corps des vertbres, et for- mant les piphyses de leur corps, M. Geoffroy ne les comprend pas dans les neuf pices essentielles toute vertbre. Il les regarde comme des corps ver- tbraux avorts. Il toit naturel que ces ides ramenassent M. Geof- froy celles qu'il a mises en avant il y a trois ans, et dont nous avons rendu compte dans notre ana- lyse de 1820, sur les rapports des crustacs et des insectes avec les animaux vertbrs. On se rappelle qu'il regardoit les anneaux des insectes comme des vertbres qui se seroient ou- vertes pour laisser la moelle pinire flotter dans la grande cavit des viscres, et les pieds de ces mmes animaux comme des ctes dsormais d- voues au mouvement progressif. Aujourd'hui il a un peu modifi ce point de vue; les anneaux du 54 ANATOM1E ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, corps ne sont que la partie centrale de la vertbre , ou le cyclal qui a conserv sa forme tubuleuse , et qui loge toutes les parties molles; en sorte que les autres pices deviennent libres. Ce sont elles qui sous la queue des crevisses forment les deux sries de membres appels du nom assez mal fait de fausses pattes ; mais ce ne sont pas les pices de droite et de gauche qui forment les fausses pattes de droite et de gauche; au contraire ce sont les pnaux et les piaux ou les pices suprieures qui forment celles d'un ct, et les paraaux et cataaux ou les infrieures qui forment celles de l'autre : par consquent, dans ce svstme , 1 ecrevisse est pose sur le flanc comme les pleuronectes. Quant aux viscres , M. Geoffroy parot admettre qu'ils ont subi une sorte de torsion , comme il y en a une pour les yeux dans les pleuronectes , de ma- nire qu'en prenant, comme nous venons de le dire, les membres pour les parties suprieures et infrieures de l'pine, les viscres suprieurs se trouvent d'un ct et les infrieurs de l'autre; mais ce point une fois admis, ajoute M. Geoffroy, tous les systmes organiques sont dans le mme ordre que dans les mammifres. Sur les cts de la moelle pinire on voit (ce sont ses termes) tous et chacun des muscles dorsaux; au-dessous les appareils de la digestion et les organes thorachiques ; plus bas ET ZOOLOGIE. d5 encore le cur et tout le systme sanguin; et plus bas enfin , formant la dernire couche , tous et cha- cun des muscles abdominaux. M. Geoffroy promet de revenir prochainement sur ces considrations, et d'en donner le dvelop- pement et les preuves. Dans la manire commune de voir, le cur des crevisses est en haut , et le systme nerveux en bas ; dans celle de M. Geoffroy c'est l'inverse qui a lieu , et fcrevisse, en ce qui concerne ses viscres, mar- che sur le dos, et en ce qui concerne son squelette sur le ct. Parmi les nombreuses singularits qu'offre la lamproie dans son organisation toit celle que l'on ne pouvoit y distinguer de sexe, et que tous les individus que l'on avoit observs ne montroient que des ovaires diffrents degrs de dveloppe- ment. MM. Magendie et Desmoulins ont observ par hasard un individu de cette espce qui avoit un organe plac comme l'ovaire des autres , mais form de lames plus obliques, plus minces, et d'un rouge uniforme comme les testicules des aloses, et dont l'intrieur offroit une pulpe homogne. Comme on avoit pris en mme temps et dans la mme rivire une autre lamproie plus petite et dont les ovaires toient fort avancs et remplis 56 A1NAT0MIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, d'ufs fort distincts, ces observateurs supposent que la premire toit un de ces mles que Ton cherche depuis si long-temps. Elle avoit le foie d'un vert fonc. La femelle la voit au contraire d'un jaune roiiftetre. Ces messieurs ont remarqu de plus que les val- vules intestinales qui s'tendent du pylore l'anus deviennent plus saillantes, plus paisses, plus rou- ges, et plus papilleuses, dans le dernier quart de l'intestin; ce qui tient ce que cet intestin, enti- rement dpourvu de msentre, ne reoit de vais- seaux sanguins que vers sa partie postrieure, o ils se rendent isolment et comme autant de brides. Ils tirent de cette conformation un nouvel argu- ment en faveur de l'absorption des matires ali- mentaires par les veines. C'est par leurs classes les moins dveloppes, par leurs espces les plus imparfaites , que le rgne animal et le rgne vgtal se rapprochent le plus. Long-temps on a considr les polypiers comme des plantes ; plus long-temps encore on a regard le polype comme un tre intermdiaire entre les deux rgnes; mais il existe plusieurs autres corps qui pa- roissent encore devoir passer dans le rgne animal, bien que pendant une partie de leur vie ils offrent tous les phnomnes des vgtaux. On les a prs- ET ZOOLOGIE. 57 que gnralement compris jusqu' ce jour dans la famille des conferves , bien que dj Adanson ait observ sur l'un d'eux des mouvements volontaires, et que M. Girod-Chantrans ait vu sortir de quel- ques autres des corpuscules qui avoient toutes les apparences et toutes les proprits des animalcules infusoires. Mais il toit ncessaire pour se former des ides justes sur ce groupe considrable d tres organiss de les soumettre tous un examen ap- profondi ; c'est ce qu'a fait M. Bory de Saint- Vincent. Plaant sous un microscope tous les filaments qu'il dcouvroit dans les eaux de la mer ou dans les eaux douces, suivant avec attention leurs dveloppe- ments et leurs mtamorphoses, il y a reconnu des organisations trs varies , et des degrs d'animalit trs distincts. Dans un premier groupe qu'il nomme fracj'dla- ries , et dont l'animalit est encore peu sensible, l'tre se compose de segments linaires, ou de lames juxta-poses, qui se dtachent aisment et ensuite se fixent les unes aux autres, suivant diverses dis- positions , formant des angles, ou demeurant pa- rallles, ou se rpartissant en paquets. Dans un deuxime groupe, les oscillaries , les filaments , sont dous de mouvements spontans trs vifs et trs varis, Les uns oscillent dans une mucosit com- mune, les autres rampent et cherchent s'unir 58 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, quand ils se rencontrent ; il y en a qui, aprs s'tre rencontrs et runis , composent ainsi des mem- branes serres , fines , et inertes , que l'on a souvent confondues avec les ulves. Le groupe des conju- gues, qui est le troisime , semble offrir une espce d'accouplement : d'abord sans apparence de vie , il arrive une poque o les filets se recherchent, se placent l'un ct de l'autre, s'abouchent par de petits trous latraux qui laissent s'unir les matires colorantes dont leurs articulations sont remplies; une des articulations se vide, tandis que l'autre se change en un ou plusieurs globules qui paroissent tre les moyens de reproduction. Dans les zoocarpes, qui forment le quatrime groupe , ces globules prennent tous les caractres de vritables animaux. L'tre se compose d'abord de filaments simples, fixes, articuls l'intrieur, dont la matire colorante se condense certaines poques en corpuscules qui brisent le tube o ils sont renferms , et aussitt qu'ils deviennent libres prennent le mouvement volontaire , et nagent avec rapidit dans tous les sens comme les animalcules auxquels on a donn le nom de volvox. A une autre poque ces globules se fixent de nouveau ; ils sa- longent par la naissance successive de plusieurs ar- ticles qui forment un autre filament, lequel de- meure immobile jusqu' ce qu'il produise sou ET ZOOLOGIE. 5o, tour une gnration de corpuscules. Un assez grand nombre de petits animaux infusoires que Ton a pla- cs jusqu' prsent dans les genres des cercaires , des monades, des enchlides, et des volvox , ne sont autre chose que ces corpuscules ns dans l'intrieur des zoocarpes. Chacun de ces groupes est divis en plusieurs genres d'aprs des circonstances de dtails obser- ves par M. Bory de Saint- Vincent, mais qu'il n'est pas possible d'exposer dans cette rapide analyse. Les quatre groupes forment ensemble une grande famille que M. Bory de Saint -Vincent nomme les arthrodies, et dont le caractre gnral est d'avoir ses filets composs d'un tube transparent dans le- quel est un filament articul rempli d'une matire colorante gnralement verte. A cette famille M. Bory de Saint-Vincent en fait succder une qu'il nomme bacillaries , parcequele corps des tres qu'il y fait entrer est simple et non flexueux, ou , en d'autres termes, comparable un petit bton. Parmi les genres qui la composent on peut remarquer sur-tout l'animalcule qui, d'aprs l'observation de M. Gaillon, est la vritable cause de la couleur verte de certaines hutres. On trou- vera au reste plus de dtails sur ces tres d'une na- ture ambigu dans le Dictionnaire classique d'His- toire naturelle, que plusieurs jeunes naturalistes 60 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, publient en ce moment sous la direction de l'auteur du mmoire dont nous venons de rendre compte. M. Guyon a envoy de la Martinique la descrip- tion d'une sangsue dont on a trouv jusqu' vingt individus dans les fosses nasales d'un hron de cette 1 e . ( Ardea virescens . ) Si c'toit l le sjour naturel de ce ver le fait se- roit fort remarquable, attendu qu'on ne connot encore aucune espce de sangsue qui vive constam- ment dans l'intrieur des autres animaux. Il existe dans la mer des Indes un corail remar- quable que Ton a nomm le jeu d'orgue (Tubipora musica. L.), pareequ'il se compose de nombreux tubes d'un beau rouge placs paralllement les uns aux autres, et runis par des lames transversales. Dans chacun de ces tubes loge un polype d'un vert clair, que Prou avoit dj eu occasion d'observer vivant, mais que M. Lamouroux vient de dcrire d'aprs des individus bien conservs qu'il a reus de l'un des mdecins qui ont suivi le capitaine Freycinet. Ce polype a huit tentacules garnis chacun de deux ou trois rangs de petites papilles. Sous la bou- che est un petit sac autour duquel sont huit fila- ments ou tubes minces, qui portent dans les vieux individus de petits ufs ou au moins des globules ET ZOOLOGIE. 6l qui en ont l'apparence. Une membrane en forme d'entonnoir attache l'animal au bord de son tube calcaire , ou plutt c'est dans cette membrane que la matire de ce tube se dpose et se durcit gra- duellement, et non par couches comme dans les coquilles. C'est elle aussi qui en s panouissant pro- duit ces espces de planchers qui unissent les tu- bes entre eux. Ces dtails, et d'autres encore o est entr M. Lamouroux, font voir que ce polype du tublpore ressemble beaucoup celui de Yalcyon main-de-mer. M. de La Marck a mis fin sa grande entreprise d'une Histoire des animaux non vertbrs, par la pu- blication de son septime volume, qui comprend les mollusques les plus levs en organisation. M. Latreille publie avec M. le baron Dejean une Histoire naturelle des insectes coloptres d'Europe, dont il a dj paru un cahier in- 8 contenant la famille des cicindles, et qui ne sera pas moins re- marquable par la beaut des figures que par l'exac- titude des descriptions. Jj Histoire des quadrupdes de la Mnagerie par MM. Geoffrov-Saint-Hilaire et Frdric Guvier est arrive sa trente-sixime livraison. Les derniers numros contiennent plusieurs animaux entire- ment inconnus auparavant, dont quelques uns ont f)2 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, t dcrits et dessins dans l'Inde, Ja mnagerie du gouverneur-gnral , marquis de Hastings, par M. Duvaucel, dont les travaux continuent aussi d'enrichir le Cabinet du roi d'une multitude d'ob- jets rares et prcieux. Ce vaste dpt des productions de la nature vient encore de recevoir de superbes accroisse- ments par les collections que MM. Leschenault de La Tour et Auguste de Saint-Hilaire ont rapportes, le premier du continent de l'Inde , et le second du Brsil. Ils ont fait dans ces contres de grandes ex- cursions dont ils viennent l'un et l'autre de pr- senter une relation trs abrge. Ces tableaux rapi- des nous promettent deux ouvrages pleins d'intrt pour la connoissance des peuples et de la nature, et propres- faire un grand honneur la France, dont ces savants voyageurs tenoient leur mission. L'Acadmie a exprim le vu qu'il leur soit donn les moyens de terminer leurs entreprises par la prompte publication de leurs rsultats. On attend aussi l'heureux fruit de l'expdition commande par M. le capitaine Duperie, lequel a pris dans M. d'Urville un second dj prouv par les belles et utiles recherches qu'il a faites dans la mer Noire et dans l'Archipel, et vient d'envoyer de sa premire relche des observations et des dessins qui annoncent tout ce qu'il fera par la suite. ET ZOOLOGIE. 63 M. Latreille a donn un mmoire sur les habi- tudes de cette araigne d'Amrique qui sa gros- seur permet de s'attaquer aux petits oiseaux, et qui porte par cette raison le nom d'araigne avicu- laire. M. Daudebart de Frussac, qui s'occupe sans re- lche de son grand ouvrage sur les mollusques de terre et d'eau douce , l'a continu jusqu' la dix-neu- vime livraison. Il a donn une nouvelle description des genres et des espces qui composent la famille des limaces; il l'a porte jusqu' onze genres, dont plusieurs, dcrits par lui pour la premire fois , se font remar- quer par une organisation singulire; tels sont les vaginules, qui remplacent au Brsil et aux Antilles nos limaces de l'Europe. Il a commenc donner les coquilles d'eau douce qui se trouvent l'tat fossile, afin d'offrir une d- termination prcise de ces espces si importantes pour la gologie. Il a fait une comparaison des espces vivantes et fossiles du genre peu connu de coquilles deau douce , qu'il a appel mlanopsides , et dont il a d- crit onze espces; et il a cherch prouver que les espces de ce genre et de plusieurs autres qui rem- plissent la formation dite d'argile plastique et de lignites , dans les parties basses de plusieurs pays de C>4 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, l'Europe , sont les mmes que celles qui vivent au- jourd'hui dans des contres plus mridionales ; ce qui le conduit de grandes conclusions gologi- ques , et notamment celle qu'il n'y a point eu de cataclysme gnral , mais seulement des ca- taclysmes locaux et des irruptions partielles de la mer. Ce sont les mmes ides dont nous avons rendu compte dans notre analyse de 1821. Une entreprise de cet estimable zoologiste, qui n'est point trangre l'objet de notre prsente no- tice, c'est un bulletin gnral des nouvelles scien- tifiques, dont il a dj fait parotre plusieurs ca- hiers. Son plan est neuf. Il se propose d'y rendre compte en abrg de tous les faits nouveaux , de toutes les vues utiles, qui seront publis dans les pays o l'on cultive les sciences; et il n'est pas dou- teux que, s'il continue remplir ce plan avec le soin ncessaire, cet ouvrage ne puisse devenir un lien utile de correspondance entre tous les hommes qui se livrent aux recherches scientifiques. ANNE 1823. Les premiers historiens des colonies europen- nes en Amrique nous assurent que les Espagnols, lors de leur tablissement dans les Antilles, y l- chrent un certain nombre de cochons qui y pul- ET ZOOLOGIE. 65 lulrent promptement , et y furent la souche dune race sauvage nomme cochons marrons, qui a fourni pendant long-temps une grande ressource alimen- taire, mais que le peu de soins donns sa conser- vation a laiss entirement dtruire dans presque toutes les les. D'un autre ct on sait qu'il existe en Amrique un genre de quadrupdes connu sous le nom de dicolyle ou de pcari, voisin des cochons, mais qui s'en distingue par un orifice glanduleux perc sur le dos, par des dfenses courtes et droites ne sortant pas de la bouche , et par le manque de queue et d'un doigt interne au pied de derrire. Ces animaux sont aujourd'hui confins sur le continent- mais il parot qu'il y en a eu, au moins momentanment, Tahago, et peut-tre dans quelques unes des les voisines. Les naturalistes en ont dcrit exactement deux espces : l'une collier blanc, l'autre gorge et l- vres blanches ; et l'on pourroit croire, d'aprs une indication un peu confuse de Bajon, qu'il en existe une troisime, laquelle nos colons de Gayenne auroient aussi transport le nom de cochons mar- rons. Il y a en effet un mlange et des interver- sions singulires de noms dans les notices que l'on en donne, et on conoit qu'il ne pouvoit gure en tre autrement de la part d'hommes aussi BUFFON. COMPI.M. T. IV. i 66 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, ignorants que les du Tertre, les Labat, et les autres moines ou mauvais chirurgiens, auxquels nous de- vons les descriptions de nos colonies , de la part de gens qui nous disent sans hsiter que le pcari respire par le trou qu'il a sur le dos , et que c'est ce qui fait que ne s'essoufflant point il est difficile de le forcer la chasse. Il toit donc naturel que M. Moreau de Jonns trouvt ces espces confondues dans plusieurs relations ; que souvent on crt avoir observ des cochons marrons lorsque Ton n'a voit vu que des pcaris, et que rciproquement ceux-ci prissent souvent les noms de cochons et de san- gliers cause de leur ressemblance avec ces qua- drupdes d'Europe. Remarquant donc que plu- sieurs relations attribuent des cochons marrons des les ou des endroits du continent o nul mo- tif n'avoit pu faire porter nos cochons d'Europe, et des poques si voisines de celle de la dcouverte , qu'il toit presque impossible qu'ils s'y fussent mul- tiplis ; voyant qu'une espce de pcari parot por- ter aussi dans une de nos colonies le nom de cochon marron, il en conclut que les animaux nomms ainsi , et autrefois si nombreux dans les Antilles , n'toient point d'origine europenne , mais appar- tenoient cette grande espce de pcari dont on n'a connoissauce que par l'indication de Bajon. Peut- tre cette conclusion est-elle juste pour plusieurs ET ZOOLOGIE. 67 les , mais il est difficile qu'elle ne paroisse pas un peu trop gnrale, sur-tout relativement aux co- chons marrons de la Martinique dont du Tertre dit expressment qu'ils sont arms de deux horri- bles dents boucles comme des cornes de bliers, carac- tre propre nos sangliers d'Europe, mais que n'ont pas les pcaris. M. Guvier, l'occasion de ses recherches sur les ctacs fossiles, a t oblig d'en faire de fort ten- dues sur les ctacs qui vivent aujourd'hui dans la mer. Il a fait connotre de nouvelles espces de baleines et de dauphins ; une entre autres qui n'a point de nageoire sur le dos. Il a au contraire ray du catalogue des animaux , soit des baleines , soit des dauphins, et sur-tout plusieurs cachalots qui y avoient t placs en double emploi ; et il a donn de tous ces animaux des descriptions osto- logiques nouvelles ou plus compltes que celles que l'on possdoit, faites sur les nombreux squelettes dont le zle des voyageurs a enrichi depuis peu la grande collection anatomique du Cabinet du roi : tels qu'un squelette de baleine des mers antarcti- ques , de soixante pieds; un autre de rorqual, des mmes mers, de trente-cinq pieds ; un squelette de cachalot de soixante-quinze pieds, et plusieurs au- tres de moindre taille. 68 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, M. Cailliaud, ce courageux voyageur qui a re- mont si avant dans la Nubie et jusqu'aux confins de l'Abyssinie, a rapport du Nil d'Abyssinie, ou fleuve Bleu, des coquilles bivalves trs semblables des hutres par l'extrieur; et comme les hutres fossiles ont concouru, en plusieurs occasions, dterminer la nature marine de certains terrains, on pou voit croire que cette dcouverte ne seroit pas sans quelque influence sur les thories gologi- ques. M. Daudebart de Frussac a examin ces co- quilles de plus prs, et a reconnu qu'ayant Tint- rieur deux empreintes masculaires elles doivent tre places dans le genre des thries de M. de La Mark. Ce genre n etoit connu que par des chantil- lons conservs dans les cabinets, et l'on ignoroit le lieu natal de ses espces. M. de Frussac en fait une revue, o il dtermine plus exactement leurs caractres. Il spare mme Tune d'elles, et en fait un genre qu'il nomme mdlerie; sa charnire res- semble davantage celle des pernes. M. Gailliaud a aussi rapport du canal vulgaire- ment appel de Joseph en Egypte une coquille rare et dont on a voit fait un genre sous le nom d'z- ridine. M. de Frussac prouve que les caractres qui avoient servi l'tablir ne sont pas constants, et que l'on doit laisser liridine dans le genre des moules. ET ZOOLOGIE. 69 On sait que M. Gailliaud a retrouv aussi le sca- rabe d'un vert dor, qui a plus spcialement servi de modle aux images que les gyptiens ont faites de leur scarabe sacr, qui jouoit un grand rle parmi les symboles vnrs dans leur religion. M. de Frussac , voulant profiter du dpart dune expdition pour Madagascar, le sur laquelle les regards des naturalistes sont tourns en vain depuis si long-temps, y a envoy ses frais un voyageur, M.Gaubert, qui a rsist jusqu'ici aux dangers dont il est environn. Dj il a fait un pre- mier envoi. Il est dsirer que son zl ne se d- mente pas , et que celui de M. de Frussac obtienne aussi tout le succs qu'il mrite. Il ajoutera aux services qu'il rend aux sciences par la publication du Bulletiii universel, dans lequel il rassemble toutes les notions parses qui peuvent les intresser dans les ouvrages priodiques de tous les pays. M. Dumril a runi, dans un vol. in-8, auquel il a donn le titre de Considrations gnrales sur les insectes, les notions les plus importantes pour diriger utilement dans l'tude de ces animaux. Soixante planches trs bien excutes et tires en couleur ac- compagnent cet ouvrage; elles reprsentent plus de trois cent cinquante genres principaux. L'auteur 70 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, y traite successivement du rang que les insectes paroissent devoir occuper parmi les autres tres anims; des (ormes, de la structure et des fonctions de ces animaux; des moyens que les insectes em- ploient pour conserver leur existence et pour perp- tuer leur race. Le travail principal de l'auteur est expos dans les deux chapitres qui ont pour objet de faire connotrela mthode analytique, et d'exposer les caractres essentiels qui distinguent les ordres , les familles et les genres de la classe des insectes. Le livre est termin par l'indication et le jugement des ouvrages principaux qui ont les insectes pour objet. M. Garteron , mdecin de Troyes, a communi- qu une observation faite sur un kiste de l'piploon rempli d'une cinquantaine d'hydatides.qui conte- noent une humeur transparente tandis que tous les liquides et les solides du corps toient colors d'un jaune fonc. Il en conclut que ces hydatides, bien que dpourvues d'aucun organe autre que la vsicule qui en faisoit le corps, toient des animaux dous d'une existence propre , et non des produits de la maladie dans le corps o elles ont t trou- ves. * Nous avons parl l'anne dernire du grand tra- vail de M. Bory de Saint-Vincent sur ces tres ambi- ET ZOOLOGIE. 71 gus qui , pendant une partie de leur vie, sont unis en filets dont la couleur et toutes les apparences rappellent les vgtaux, et qui certaines po- ques se sparent et prennent la mobilit volon- taire des animaux, M. Gaillon, observateur clair dont nous avons dj mentionn un mmoire in- tressant sur la cause de la couleur verte dans les hutres, vient de constater que le conferva comoides appartient cette catgorie. Il a vu les corpuscules verdtres qui en forment l'axe se dtacher, s avan- cer plus ou moins rapidement, changer de place, agir enfin en tout comme les enchelys et les cycli- dies. Prenant des filaments entiers il a forc ces petits tres se dsagrger avant le temps, et ils lui ont montr les mmes mouvements volontaires. Leur besoin de s'associer est si grand que ds que les jeunes le peuvent ils se mettent bout bout sur une seule ligne; et lorsqu'ils sont dans cette dispo- sition , M. Gaillon a cru remarquer qu'il s'exsude de leur substance une mucosit qui se forme en membrane, et les enveloppe entirement. M. Mertens, botaniste de Bremen , a vu des faits semblables sur le conferva mutabilis. Le 3 aot, dit- il , elle toit dans son tat de plante; le 5 elle s'est rsolue en molcules doues de mobilit ; le 6 quel- ques unes de ces molcules se runirent en simples 72 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, articulations, et le 11 elle toit reconstitue dans sa forme primitive. Ces transformations microscopiques ont conti- nu d'occuper M. Bory de Saint-Vincent. Il auroit voulu pouvoir remonter jusqu'aux premires com- binaisons matrielles dont ces corpuscules sem- blent si voisins. En observant avec suite tout ce qui se montre successivement dans une eau expose la lumire, il a cru y voir d'abord la matire pren- dre la forme d'une simple mucosit sans couleur et sans forme : si l'eau contient quelque substance animale elle produit une pellicule de cette muco- sit sa surface, se trouble ensuite et fait voir une infinit d'atomes vivants , si l'on peut appeler ainsi ces monades qui , grossies mille fois , n'galent pas encore la piqre d'une aiguille , et qui cependant se meuvent en tout sens avec une prodigieuse vi- tesse. C'est ce que M. Bory nomme la matire dans l'tat vivant. Quand l'eau est expose l'air et la lumire, il s'y forme promptement ce que l'on nomme la matire verte de Priestley que beaucoup d'observateurs ont cru tre le premier tat de cer- taines conferves ou de plantes de genres analogues. M. Bory pense que c'est une combinaison d'une nature plus gnrale , et susceptible seulement d'en- trer dans la composition de ces plantes, ainsi que ET ZOOLOGIE. "j des animalcules qui en sortent et qui les reprodui- sent. Il nomme cette combinaison la matire dans letat vgtatif; c'est elle qui teint les animaux in- fusoires verts. Ceux qui colorent les hutres, selon l'observation de M. Gaillon, ne produisent cet ef- fet, au dire de M. Bory, que parcequ'ils sont eux- mmes colors par la matire verte ; elle colore de mme l'eau et les coquilles de ces hutres, et il ne seroit pas impossible que l'on en trouvt qui fus- sent teintes immdiatement par cette matire sans que des animalcules les eussent pntres. Il est si difficile de rendre des observations de ce genre compltes (et l'on peut toujours supposer un tat antrieur encore plus dli et qui aura chapp tout microscope, ou des germes invisi- bles que la ncessit du concours de l'air empche d carter) que beaucoup de philosophes se refuse- ront probablement aux consquences que l'auteur voudroit tirer de ces faits, pour attribuer la ma- tire une disposition gnrale s'organiser qui seroit indpendante du mode ordinaire de gn- ration. M. Gaillon a adress de nouvelles observations sur les animalcules qui colorent les hutres, et que, d'aprs M. Bory de Saint-Vincent, il nomme navi- cules vertes. Il en a remarqu d'autres espces qui 7^ ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, pntrent aussi dans le tissu de l'hutre et lui don- nent des couleurs diffrentes, la rendant grise, brune, ou jauntre : ce sont entre autres les vibrio bipunctatus et tripunctatus de Mller. Ce qui est re- marquable c'est que la navicule verte n'existe pas dans les eaux de la mer ni mme dans les eaux douces des environs de Dieppe ; elle ne se multiplie que dans un certain degr de salure et de stagna- tion de leau, tel qu'on sait le produire dans les parcs o cette coloration s'opre. Cependant M. Gaillon en a vu qui toient sorties d'une conferve du genre vaucheria, venue dans les eaux douces d'auprs d'Evreux. Une femme ge d'environ quarante ans, aprs vingt ans de maladie, et dont la mdecine avoit dsespr, s'toit remise aux soins d'un praticien qui, l'aide d'un assez violent remde, prtendoit lui rendre la sant. Elle ne tarda pas prouver un mieux sensible, mais en mme temps des dman- geaisons violentes se firent sentir sur toute la surface de son corps. Sa surprise fut grande lors- qu'elle s'aperut que des milliers de petits animaux bruntres, presque imperceptibles, sortaient ln- stant de toutes les parties o elle s'toit gratte. Ces animaux, observs au microscope par M. Bory de Saint-Vincent, et au grossissement de cinq cents ET ZOOLOGIE. ~5 fois, se sont trouvs des acaricles fort voisins des ixodes, mais susceptibles de former un genre nou- veau que caractrisrent un petit suoir accompa- gn de deux palpes composs de quatre articles. La forme gnrale de cet acaride est celle des genres voisins. La femme qui les produisait par milliers, sur-tout dans les jours chauds , n'a point communi- qu ces htes incommodes aux personnes qui la soignoient, ni son mari, qui ne cessa d'habiter avec elle. L'amlioration de la sant de cette mal- heureuse n'a pas dur : aprs un mieux apparent elle a succomb l'ruption des acarides microsco- piques qu'elle produisoit. Un trs beau dessin ac- compagnoit le mmoire de M. Bory de Saint-Vin- cent. Ce naturaliste, qui ne croit pas la possibilit de la gnration spontane dans les animaux articu- ls, pense que les ufs des petits animaux peu- vent, comme les cynips, les abeilles, etc., tre f- conds pour plusieurs annes; qu'ils avoient t absorbs dans cet tat, et qu'ils toient venus clore sous l'pidmie, dont il sortoient au moin- dre grattement. lie corps animal contient de l'azote dans tous ses principes, et il n'est pas difficile de voir que tous ses aliments lui en fournissent beaucoup; 76 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, nous avons mme rapport il y a quelques annes des expriences de M. Magendie, d'aprs lesquelles certains animaux que Ton nourrit uniquement de substances non azotes, comme de sucre, ne tar- dent pas souffrir et prir. Mais on n'toit pas autant d'accord sur la manire dont se comporte l'azote qui pntre dans le poumon avec l'air atmo- sphrique lors de la respiration : les uns pensoient qu'il ressort du poumon comme il y est entr; d'au- tres qu'il y en a quelque partie d'absorbe ; d'autres au contraire qu'il en ressort plus qu'il n'en est en- tr, parceque l'azote superflu du corps s'exhale par cette voie. M. Edwards a trouv par des expriences di- rectes que ces trois opinions sont vraies quant au rsultat dfinitif dans certaines circonstances et selon lage de l'animal , la saison de l'anne et la temprature du lieu o la respiration s'excute; mais qu'en ralit il y a constamment absorption et exhalation; et que le rsultat dont nous venons de parler dpend seulement de la quantit dont l'une l'emporte sur l'autre. Ce travail complte ceux que M. Edwards a prsents successivement ' l'Acadmie, concer- nant l'action des agents extrieurs sur le corps ani- mal, et dont il vient de publier le recueil en un volume in-8. ET ZOOLOGIE. 77 Dans un mmoire sur Faction musculaire MM. Du- mas et Prvost ont communiqu des observations microscopiques fort intressantes sur la distribu- tion des nerfs dans les fibres musculaires, et sur les formes que prennent celles-ci lors de leurs contrac- tions. Ils placent sous le microscope une lame amin- cie de muscle, conservant encore ses nerfs, et la mettent en contraction par le moyen du galvanisme. C'est en se ployant en zigzag que les fibres se con- tractent; et l'on voit les derniers filets nerveux par- tir paralllement entre eux du rameau qui leur donne naissance pour se rendre prcisment aux points de ces fibres o elles forment leurs angles. Les auteurs en concluent que le raccourcisse- ment de la fibre rsulte de la tendance que ces filets nerveux ont se rapprocher, et ils pensent que cette tendance leur est imprime par une action lectrique. M. de Humboldt, l'occasion de ces expriences, a communiqu verbalement l'Acadmie les r- sultats de celles qu'il a faites rcemment sur la sec- tion longitudinale et la ligature des nerfs. Il distingue entre les cas o, clans le circuit galvanique, le courant passe par le nerf entier, et les cas o le courant ne traverse que la portion suprieure du nerf, et o cette portion ragit organiquement sur le muscle. Des expriences faites sur la section trans- 78 ANAT0M1E ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, versale du nerf, et de la runion des bouts du nerf au moyen de lames mtalliques, prouvent que les contractions musculaires, lorsque la partie sup- rieure seule se trouve sur le passage du courant lectrique, ne sont pas l'effet d'un coup latral. La raction organique du nerf cesse lorsqu'il y a per- foration, fendillement, ou amincissement. Ces ex- priences sur la section longitudinale du nerf sem- blent prouver que l'appareil nerveux ne peut agir sur les mouvements des muscles que dans son tat d'intgrit. La lsion du nvrilme produit les mmes effets que la lsion de la pulpe mdullaire. Lorsque le courant lectrique traverse tout le nerf et le muscle, la lsion et la ligature empchent les contractions musculaires, dans le seul cas o la por- tion du nerf comprise entre la lsion longitudinale ou la ligature et l'insertion du nerf dans le muscle, au lieu d'tre isole et entoure d'air, est envelop- pe d'une couche d'air musculaire. Les contrac- tions reparoissent lorsqu'on te cette enveloppe du nerf, ou lorsque sans l'ter on tablit par un lam- beau de chair musculaire une nouvelle communi- cation entre le zinc excitateur du nerf et le muscle. M. de Humboldt a montr comment ces phno- mnes, compliqus en apparence, s'expliquent d'a- prs les lois de la conductibilit lectrique. Les effets doivent varier avec la direction du courant la masse ET ZOOLOGIE. 79 variable des conducteurs , et la quan tit d lectricit mise en mouvement par le contact plus ou moins grand des substances humides avec le zinc, qui est l'armature du nerf. Si la quantit d'lectricit reste , la mme, le nerf isol ou nuen reoit ncessairement beaucoup plus que le nerf envelopp. L'lectricit en traversant un conducteur d'une masse considrable se rpartit dans cette masse et la surface. C'est de cette rpartition que dpend l'effet de l'enveloppe de chair musculaire dans laquelle on cache la por- tion du nerf comprise entre l ligature et l'insertion dans le muscle. L'enveloppe restant ainsi dispose on peut voir reparotre les contractions , si l'on aug- mente la quantit du fluide lectrique mis en mou- vement par une nouvelle communication qu'on tablit, au moyen d'un lambeau de chair muscu- laire , entre le zinc et le muscle. L'obstacle que la ligature oppose dans les expriences galvaniques, lorsqu'elle est place au point de l'insertion du nerf dans le muscle, avoit dj t observ par Valli ; mais ce physicien n'a voit pas reconnu toutes les conditions qui caractrisent les effets de la ligature, et qui se retrouvent dans la section longitudinale du nerf. Pensant que la physiologie animale et la phvsio- logie vgtale ne forment qu'une seule et mme 8o ANATOMIK ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, science, M. Dutrochet a joint ses observations sur les vgtaux des recherches sur la structure intime des organes des animaux , et sur le mcanisme de la contraction musculaire. En examinant au micro- scope le cerveau des mollusques gastropodes, il a vu que cet organe est compos de cellules sph- riques agglomres, sur les parois desquelles on aperoit une grande quantit de corpuscules glo- buleux. Cette organisation lui a paru tout--fat semblable celle que prsente le tissu cellulaire mdullaire des vgtaux. Ses observations sur les organes musculaires ont confirm ce que plusieurs observateurs avoient dj annonc; savoir, que la fibre musculaire lmentaire est forme par une runion de corpuscules globuleux placs la file. Il a vu de plus que, dans le cur des mollusques gastropodes, cette agrgation des corpuscules mus- culaires est confuse, et ne prsente point la dispo- sition ordinaire en sries longitudinales. Ayant sol- licit, au moyen d'un acide, la contraction de fragments du cur de quelques mollusques gast- ropodes, il a vu que la contraction du tissu muscu- laire consiste essentiellement dans un plissement, c'est--dire dans' l'tablissement de courbures diri- ges en sens alternativement inverses, d'o rsulte le raccourcissement de ce tissu. Il a vu galement que les alcalis ont la proprit de faire cesser ce ET ZOOLOGIE. 8l plissement, comme les acides ont celle de le provo- quer. Ces observations, qui sont plusieurs gards le complment de celles de MM. Prvost et Dumas sur le mme sujet, paroissent l'auteur ne devoir laisser aucun doute sur le mcanisme de la con- traction musculaire. Elles lui semblent en mme temps offrir une preuve convaincante de l'identit de l'irritabilit animale et de l'irritabilit vgtale , l'une et l'autre consistant galement dans l'tablis- sement d'un tat de courbure lastique ou dans une incurvation que certains solides organiques sont susceptibles de prendre et de conserverpendant un espace de temps plus ou moins court , aprs lequel ces mmes solides reprennent leur tat antcdent de redressement ou de relchement. C'est ce qui constitue X incurvation oscillatoire que M. Dutrocbet a observe dans le rgne vgtal comme dans le gne animal. i Les animalcules du sperme, et leurs rapports avec la gnration, ont aussi t l'objet des obser- vations microscopiques de MM. Dumas et Prvost. Ils ont tabli que ces animalcules existent tout forms dans la semence, ds les testicules; que les liquides qui peuvent s'y mler dans son trajet ul- trieur , et venir ou des glandes de Cooper, ou de quelque autre organe adhrent au canal qu'elle BUFFON. COMVLEM. T. IV. $2 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, traverse, ne lui fournissent que des corpuscules ovales et sans vie; que c'est par erreur que Buffon et Needbam ont cru voir ces corpuscules se mta- morphoser et former des animalcules par leur ru- nion. Nous reviendrons sur la suite importante que les auteurs ont donne ces observations. Le cerveau , les nerfs et leurs fonctions , ont t , cette anne et la prcdente, l'objet de grandes re- cherches, soit anatomiques , soit exprimentales, de la part de plusieurs physiologistes. Dj nous avons rendu compte des expriences par lesquelles M. Magendie tablit que les racines postrieures des nerfs sont les organes exclusifs de la sensibilit, et les antrieures ceux du mouve- ment volontaire. Il a eu occasion de constater cette rpartition des fonctions nerveuses sur des indi- vidus vivants. Un homme dont la moelle de l'pine toit altre et ramollie dans une partie de sa moiti antrieure a voit perdu le mouvement dans les muscles qui reoivent leurs nerfs de cette partie, et il y avoit conserv la sensibilit. Nous avons analys aussi les expriences de M. Flourens, qui tendent prouver que le sige des sensations, des perceptions et des volitions*, est dans les lobes crbrnux, et que la coordination rgulire des mouvements dpend du cervelet ; ET ZOOLOGIE. 83 mais que le jeu de l'iris et l'action de la rtine tien- nent aux tubercules appels dans les mammifres quadrijumeaux, quin'tantpastoujoursau nombre de quatre, ont reu le nom plus gnral de tuber- cules optiques, fond sur leur liaison avec les nerfs du mme nom, constate, comme nous l'avons vu dans notre analyse de 1808, par MM. Gal et Spurzheim. L'auteur a procur la partie de ses rsultats qui concerne les sensations un genre de confirmation bien remarquable. Une poule, prive de ses hmi- sphres crbraux, a vcu dix mois entiers dans la plus parfaite sant. Pendant ce temps elle se te- noit bien sur ses jambes; mais elle n'entendoit, ni ne voyoit, ni ne donnoit aucun signe de volont: des irritations immdiates pou voient seules inter- rompre momentanment le sommeil o elle toit plonge. Sans dsirs, sans apptit, on ne la nour- rissoit qu'en lui insrant journellement ses aliments dans le bec. Un long jene ne l'excitoit point les chercher elle-mme ; en vain on les mettoit auprs d'elle, rien ne l'avertissoit de leur prsence; elle avaloit de petits cailloux, quand on lui en donnoit, aussi aisment que du grain ; et cependant sa plaie s'toit referme , elle engraissoit vue d'il. Nanmoins il est possible de retrancher une cer- taine portion des lobes crbraux sans qu'ils per- 84 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, dent compltement leurs fonctions sensitives : et mme aprs une mutilation, qui, sans tre totale, a suffi pour les leur faire perdre entirement, il arrive quelquefois qu'ils les recouvrent ; mais s'ils en recouvrent une, la vue par exemple, ils les re- couvrent toutes. Il peut arriver aussi qu'une mu- tilation du cervelet, qui a suffi d'abord pour rendre tous les mouvements dsordonns, n'empche pas qu'aprs quelque temps ils ne reprennent leur r- gularit. Ce sont des faits intressants par les pro- nostics qu'ils peuvent fournir relativement aux blessures des organes. Depuis long-temps on s'toit aperu que les l- sions d'un ct de l'encphale affectent, dans cer- tains cas, le ct oppos du corps; mais il y avoit quelque doute sur la gnralit du phnomne; et mme , d'aprs quelques expriences, on avoit pens que la convulsion avoit lieu du ct de la l- sion, et la paralysie du ct oppos. M. Flourens a constat que ce croisement a lieu l'gard de la sensation pour les hmisphres , l'gard de la con- vulsion pour les tubercules optiques, et relative- ment aux mouvements rguliers pour le cervelet: c'est--dire que les effets propres aux lsions de ces organes se montrent l'extrieur du ct oppos; mais que pour la moelle alonge , pour la moelle pinire, il n'y a aucun croisement, et que la con- ET ZOOLOGIE. 85 vulsion et la paralysie se montrent du mme ct que l'irritation s'est faite. Ce sont les rapports di- vers des lsions de ces diffrentes parties qui pro- duisent les diverses combinaisons de paralysie et de convulsions que l'on observe dans les malades : et c'est ainsi que M. Flourens explique le fait reconnu ds le temps d'Hippocrate que les convulsions ont presque toujours lieu du ct oppos aux paralysies. Cette action croise du cervelet a aussi t observe par M. Serre dans des cas pathologiques; et il a r- clam ce sujet sur M. Flourens une priorit que celui-ci ne lui a point conteste. Il y avoit mme dans des auteurs plus anciens des traces d'exp- riences analogues , mais qui n'offroient ni la pr- cision de celles de M. Serre, ni la distinction tablie par M. Flourens. Les mouvements continus et ncessaires la vie , tels que ceux de la respiration et de la circulation, n'exigent pas l'intgrit de l'encphale. L'animal les excute quoiqu'on l'ait priv de cerveau , de cer- velet et de tubercules optiques. Une poule, un pi- geon ont survcu deux et trois jours ces mutila- tions. Pour altrer ces fonctions, il faut attaquer la moelle alonge; et en l'emportant entirement , on les fait cesser tout d'un coup. La respiration, en particulier, cesse par la destruction des parties de la moelle pinire qui fournissent les nerfs des 86 ANAT0M1E ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, muscles intercostaux et du diaphragme. Dans les reptiles sans ctes compltes, tels q ue les grenouilles et les salamandres qui respirent en avalant l'air, on ne l'arrte qu'en dtruisant les parties qui donnent les nerfs de la gorge et de la langue. Mais une sim- ple section de la moelle pinire n'empche pas les parties qui reoivent leurs nerfs au-dessous de la section de reprendre leur action quand elles prou- vent une irritation extrieure. La section de la moelle alonge ne fait donc que dtruire le prin- cipe intrieur ncessaire l'excitation gnrale, et la coordination rgulire des mouvements qui concourent la respiration. Quanta la circulation, M. Flourens assure avoir constat sur plusieurs animaux qu'elle survit la destruction de tout l'encphale et de toute la moelle pinire. Lorsque la respiration a cess par la des- truction des troncs nerveux, le sang passe noir: mais la circulation n'en est pas arrte pour cela ; et lorsqu'elle commence s'teindre on peut la faire revivre en insufflant les poumons. Toutefois, mesure que l'on dtruit le systme nerveux, la cir- culation s'affoihlit et se concentre; celle des vais- seaux capillaires de la peau sur-tout, plus loigne du centre d'impulsion , s'teint presque immdiate- ment dans la partie dont les nerfs sont dtruits. La plupart desanatomistes considrent lesgan- ET ZOOLOGIE. 87 glions du nerf grand-sympathique comme incapa- bles de produire de sensation , de quelque manire qu'on les affecte. Les expriences de M. Flourens ont prouv que cette impassibilit n'est pas gn- rale. En pinant les ganglions semi-lunaires d un lapin, il lui a toujours fait donner aussitt des si- gnes d'une douleur violente; mais les ganglions cervicaux sont beaucoup moins susceptibles d'im- pression : ce n'est que rarement, et aprs beaucoup d'essais infructueux, qu'il est parvenu faire res- sentir l'animal les irritations qu'il lui communi- quent. A ces expriences, fondes sur des lsions mca- niques, M. Flourens en a fait succder d'autres qui reposent sur l'action de certaines substances prises l'intrieur. Chacun sait que l'opium endort, que la belladone aveugle , que les liqueurs spiri- tueuses empchent de se mouvoir rgulirement. Il toit intressant d'observer si ces substances pro- duisent un effet visible sur les parties de l'enc- phale affectes ces diverses fonctions. Effective- ment, quand un oiseau meurt pour avoir pris de l'opium , on voit une grande tache d'un rouge fonc sur le devant de son crne; si c'est pour avoir pris de la belladone , les taches se montrent sur les cts ; et s il a pri pour avoir aval de l'alcohol c'est l'occiput qui est teint de rouge. M. Flourens 88 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, avoit pens d'abord que c'taient des signes d'au- tant d'inflammations locales : les premires sur le cerveau, les secondes sur les tubercules optiques , les troisimes sur le cervelet; mais les commissaires de l'Acadmie, en rptant ses expriences, ont trouv que ces tacbes rsultaient d epanchements sanguins qui se font dans l'paisseur mme du crne, et qui remplissent les cellules de son diplo, entre ses deux lames. Le fait de la position locale et constante de ces epanchements n'en est pas moins trs singulier; et les rapports de cette position avec celle des organes dont les fonctions sont alt- res, ne laissent pas que d'tre encore assez favora- bles aux conclusions dduites des autres expriences de Fauteur. Nous avons parl assez au long, dans notre ana- lyse de 1820, du grand ouvrage de M. Serre, cou- ronn en 1821, sur les proportions des diverses parties du cerveau dans les quatre classes d'a- nimaux vertbrs; ouvrage qui doit bientt pa- rotre, et qui sera une acquisition trs prcieuse pour Tanatomie. Deux jeunes anatomistes, MM. Desmoulins et Baillv, se sont occups, dans l'intervalle, de re- cherches sur la mme matire, qui ont offert des faits intressants et des vues nouvelles, principale- ET ZOOLOGIE. 89 ment en ce qui concerne l'encphale des poissons. On sait que les lobes ou tubercules qui le com- posent, au lieu d'tre les uns sur les autres, ou de s'envelopper plus ou moins, comme dans l'homme et les quadrupdes , sont placs la file et par paires. La paire ordinairement la plus considrable, celle qui est immdiatement devant le cervelet , est creuse l'intrieur d'un ventricule , o l'on voit un renflement semblable au corps cannel de l'homme ; dans son fond sont presque toujours quatre petits tubercules, et en dessous il y en a deux plus grands, visibles l'extrieur. En avant de cette paire principale en est une autre , sans aucun vide intrieur, de laquelle partent les nerfs olfactifs, et quelquefois elle est double. Il toit assez naturel que l'on considrt les grands tubercules creux comme le cerveau; les petits de leur intrieur, comme les tubercules quadriju- meaux; les lobes antrieurs solides ne pouvoient alors tre regards que comme des nuds des nerfs olfactifs; quant aux tubercules infrieurs, leur position tant semblable celle qu'occupent dans les oiseaux deux lobes creux que Ton croyoit ana- logues des couches optiques, il toit tout simple qu'on leur donnt le mme nom, Mais MM. Gall et Spurzheim, ainsi que nous l'avons dit dans notre Histoire de 1808, ayant fait (jO AINATOM1E ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, voir que les racines des nerfs optiques s^tendent jusque dans les tubercules quadrijurneaux, tabli- rent que les lobes infrieurs et creux des oiseaux sont les analogues de ces tubercules, et non pas des coucbes dites optiques qui existent aussi dans les oiseaux indpendamment des lobes en question : on devoit naturellement appliquer cette manire de voir aux poissons; et c'est ce qu'a cherch faire M. Apostole Arzaky, mdecin , natif d'Epire, dans sa thse doctorale soutenue Halle en 1 8 1 3. Trouvant que les racines du nerf optique des pois- sons s'panouissent sur les lobes creux placs im- mdiatement devant le cervelet, il a considr ces lobes comme rpondant aux tubercules quadriju- rneaux, et il ne lui est rest pour correspondre aux hmisphres du cerveau que les lobes antrieurs et solides, nomms par d'autres nuds, du nerf ol- factif. Dans cette manire de voir, les tubercules infrieurs nepouvoient plus tre que les analogues des minences mamillaires. M. Serre toit arriv de son ct la mme opi- nion, ainsi que nous l'avons dit en 1820, et l'a ap- puye par de belles observations, qui portent prin- cipalement sur la prompte apparition et la grande proportion relative de ces tubercules dans les em- bryons; sur le ventricule dont ils sont creuss cette poque, mme dans les mammifres o ils ET ZOOLOGIE. yi sont pleins dans l'ge adulte; et sur la place qu'ils y tiennent aux dpens du cerveau et du cervelet, dont le dveloppement, celui du cervelet sur-tout , est beaucoup plus tardif. Sous ce rapport, dit M. Serre , le cerveau des poissons , o les lobes en question sont trs grands et visibles par-dessus, peut tre considr comme un cerveau d'embryon des classes suprieures. Bien que cette dtermination des lobes optiques ne soit pas gnralement adopte, et que M. Tre- viranus en ait encore publi une autre en 1820, c'est elle que suivent M. Desmoulins et M. Bailly, et que nous emploierons dans l'analyse de leurs recherches respectives. Celles de M. Desmoulins ont commenc ds 1 82 1 , par des descriptions et des figures fort soignes du cerveau et des nerfs de plusieurs poissons, qui, au jugement de l'Acadmie, partagrent le prix de physiologie en 1822. Le mme anatomiste les a continues depuis, et a prsent un nombre assez considra ble de mmoires, dont i 1 a paru des extraits et des rsu mes dans quelques ouvrages priodiques. Ces mmoires contiennent beaucoup d'observa- tions importantes et nouvelles. Leur tendance g- nrale semble tre de prouver qu'il n'y a point une aussi grande uniformit dans le systme nerveux 92 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, que Ion parot port le croire; mais que ses par- ties correspondent pour le volume, et quelquefois mme pour l'existence, aux conditions de sensibi- lit ou de mobilit des organes , et leurs variations dans les divers animaux. L'auteur regarde la partie moyenne du systme ou l'encphale et la moelle de l'pine , comme n'exis- tant que dans les animaux vertbrs, et comme r- sultant de deux faisceaux mdullaires composs chacun de deux cordons , un dorsal et un abdomi- nal, et scrts par la face interne d'un tube form par la membrane dite pie-mre; membrane dont un repli conserve l'intrieur les vides connus sous les noms de ventricule et de canal de la moelle. Le cerveau et le cervelet excepts, tous les autres lobes qui se manifestent sur les divers points de cette espce d'axe mdullaire ne dpendent, selon M. Desmoulins , quant leur dveloppement , que de la grosseur des paires de nerfs qui y correspon- dent. C'est ainsi, dit Fauteur, que l'on voit des espces de lobes sur les cts de la moelle, la naissance des nerfs du bras dans les oiseaux grands voiliers, et de ceux des jambes dans les oiseaux marcheurs; et qu'il s'en trouve l'origine des nerfs cervicaux, dans les trigles o ces nerfs prennent un grand volume pour fournir des branches aux doigts ET ZOOLOGIE. y3 libres particuliers ces poissons. La carpe en a aussi pour une branche de la huitime paire, qui lui est propre, et qui va la pulpe singulire qui garnit son palais. La partie la plus constante de l'encphale, et qui se dveloppe la premire, est prcisment celle que l'on nomme aujourd'hui les lobes optiques. Ils ont, dans plusieurs poissons, des replis et des tubercules intrieurs (ceux-l mme que l'on pre- noit pour les tubercules quadrijumeaux des pois- sons, avant de reconnotre que ces tubercules sont reprsents par les lobes optiques dans leur entier); et le nombre et le dveloppement de ces replis sont, le plus souvent, en rapport avec la grandeur du nerf optique, et sur-tout avec les plis que fait sa substance dans certaines espces : ici peut-tre au- roit-il t ncessaire de remarquer que cette rgle est loin d'tre gnrale, sur-tout dans les poissons dont les yeux sont fort petits. La rtine de beaucoup d'oiseaux et de poissons est aussi trs plisse. M. Desmouins croit que ce plissement, qui en multiplie beaucoup la surface , augmente la force de la vision. En gnral c'est par l'tendue des sur- faces qu'il pense que se marque, dans le systme nerveux , la prminence des organes ; et c'est ainsi qu'il explique la supriorit d'intelligence des ani- 94 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, maux o les hmisphres ont beaucoup de replis , bien que plusieurs d'entre eux n'aient pas la masse de ces hmisphres d'une grandeur suprieure. C'est dans les hmisphres proprement dits que M. Desmoulins , ainsi que tous les anatomistes d'au- jourd'hui , place le sige de l'intelligence ; mais il en spare dans les mammifres et les oiseaux la partie antrieure qui repose dans la fosse ethmodale et d'o part le nerf de l'odorat : il lui donne le nom de lobes olfactifs, et suppose que ce sont ces lobes s- pars du cerveau que Ton voit dans la plupart des poissons l'extrmit antrieure du nerf prs des narines. La structure des hmisphres lui parot originai- rement celle d'une membrane mdullaire plisse , mais dont les concavits se remplissent avec le temps par la scrtion d'une pie-mre interne, qui ensuite se retire pour former les plexus chorodes. Malgr l'importance qu'il donne aux hmisph- res, M. Desmoulins croit que dans les poissons il n'en subsiste que cette partie infrieure que l'on nomme, dans l'homme et les quadrupdes, cou- ches optiques ; et il va mme jusqu' penser que le cerveau manque entirement aux raies et aux squa- les, et que l'on nomme ainsi dans ces poissons ce qui n'est que leur lobe olfactif. C'est par un raisonnement analogue qu'il refuse ET ZOOLOGIE. g5 le cervelet ces mmes poissons, ainsi qu'aux pr- nouilles et aux serpents. Cet organe s'v rduit une bande transversale mince, que l'auteur ne prend que pour une commissure, analogue celle qui existe, indpendamment du cervelet, sur le qua- trime ventricule des poissons. M. Desmoulins cherche prouver que les nerfs destins en particulier au sentiment ont ou des lobes leur origine, ou des ganglions ; et que ceux dont l'usage principal est de contracter les muscles en sont dpourvus. Ce sont les nerfs conducteurs de deux actions qui ont des racines de deux ordres : les unes du ct du dos, munies de ganglions, et consacres au senti- ment , conformment aux expriences de M. Magen- die ; les autres du ct du ventre, et affectes au mou- vement. Au reste cette affectation particulire n'est pas absolument exclusive , car aucun nerf n'est en- tirement dpourvu de sentiment; cela est nces- saire, sur-tout dans les serpents et les poissons osseux, o M. Desmoulins assure n'avoir trouv au- cun glanglion aux nerfs de l'pine. La revue qu'il fait ce sujet des diffrents nerfs lui a procur quelques observations intressantes. Le nerf du mme sens s'est montr lui avec des structures trs diverses; il l'a vu partir de paires dif- frentes; la mme paire a fourni des branches par- 96 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, ticulires certaines espces quelle ne donne pas dans d'autres. Il assure mme n'avoir trouv aucun nerf sympathique dans les raies ni dans les squales. L'olfactif est rduit un filet trs mince dans les mles, o la narine est elle-mme -peu-prs nulle. L optique est celui qui varie le plus : nul , ce que croit l'auteur, dans les quadrupdes trs petits yeux , ou dont les yeux ne percent pas la peau, il se dveloppe dans quelques poissons au point d'y tre form d'une large membrane plisse. M. Desmoulins insiste beaucoup sur la brivet excessive de la moelle pinire dans le ttrodou- lune et dans la baudroie ; dans le premier sur-tout, o, comme l'a voit dj remarqu M. Arzaky, elle ne forme qu'une petite prominence qui ne dpasse pas la premire vertbre, et o vont se rendre tous les nerfs du tronc. Les observations de M. Baily ont t faites en plus grande partie en Italie pendant le cours de 1822, et il en a prsent l'expos l'Acadmie pendant l'automne dernier. Elles ont eu pour objet le cer- veau de quelques quadrupdes , de plusieurs oiseaux et reptiles , et d'un grand nombre de poissons dont les espces sont , comme on sait, plus multi- plies dans la Mditerrane que sur nos ctes de la Manche. ET ZOOLOGIE. 97 Elles se rencontrent sur quelques points avec celles de M. Desmoulins , et cependant leur ten- dance gnrale est fort contraire. Non seulement l'auteur cherche tablir une trs grande analogie entre les systmes nerveux des diffrentes classes, il prtend encore que les divers tages, les divers che- lons du mme systme nerveux , et, qui plus est, les divers anneaux du mme animal, se ressemblent au point de n'tre que des rptitions les uns des autres. La moelle pinire lui parot une suite de renflements de matire grise envelopps par huit cordons longitudinaux de matire blanche ou m- dullaire : deux suprieurs , deux infrieurs, et deux latraux de chaque ct. Entre un suprieur et un latral suprieur de chaque ct aboutissent les ra- cines suprieures ou dorsales des nerfs ; entre le la- tral infrieur et l'infrieur les racines abdominales ou infrieures. Ces cordons arrivs dans le crne se renflent , suivant lui ; les infrieurs pour former les hmisphres du cerveau ; les latraux infrieurs pour former les lobes optiques ; les latraux sup- rieurs pour former le cervelet; enfin les suprieurs pour former en s'cartant les cts du quatrime ventricule et les bandelettes qui les traversent dans les mammifres, ou les tubercules qui y adhrent dans les poissons. Mais ces lobes , ces renflements , en prenant plus d'nergie que les cordons avec les- BUFFON. COMPLEM. T. IV. yS ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, quels ils se continuent, et en remplissant leurs fonctions avec plus de force, n'exercent pas pour cela des fonctions d'une autre nature; et M. Bailly croit que le tronon de moelle qui traverse chacune des vertbres de l'pine , contenant aussi une por- tion des huit cordons qui se continuent avec les lobes de l'encphale, possde les mmes facults que l'encphale lui-mme, mais seulement dans un degr plus obscur, et que ce tronon peut mme devenir pour l'animal un organe ou un centre de perception et de volont. Pour appuyer cette opinion, sur laquelle nous n'avons pas besoin de nous tendre plus au long, M. Bailly cherche sur-tout montrer la continuit constante de ces huit cordons avec les lruit lobes en question , et une ressemblance des nerfs du crne avec ceux de l'pine, plus grande qu'on ne l'avoit estime jusqu' lui. Ainsi il avoit trouver aux pre- miers, pour chaque paire, des racines infrieures et suprieures, des commissures , des ganglions d'o- rigine, et des trous de conjugaisons : cet effet il est oblig de considrer comme ne faisant qu'une paire plusieurs de celles que les anatomistes trai- tent comme distinctes. La premire paire est pour lui le nerf olfactif, auquel il trouve toujours deux racines. La seconde se compose du nerf optique, de i'oculo-moteur, et ET ZOOLOGIE. yg du pathtique : elle a pour racines suprieures le pathtique, et celles des fibres de l'optique qui nais- sent des lobes optiques; pour infrieures l'oculc- moteur et les fibres de l'optique qui naissent der- rire son entre-croisement. C'est par des rapprochements semblables que M. Bailly runit le nerf acoustique , le facial , le tri- jumeau , et l'abducteur, en une troisime paire; l'hy- poglosse, le pneumogastrique, et l'accessoire, en une quatrime. Les ganglions ophtalmique, sphno- palatin, naso-palatin , sont pour les paires crbrales ce que les ganglions du grand sympathique sont pour les paires rachidiennes ; et si les nerfs du crne sortent par plus d'un trou pour chaque paire, M. Bailly fait remarquer qu'il en est ainsi pour les premires paires rachidiennes des raies. De tous ces rapports , de ces tronons de moelle envelopps chacun d'un anneau vertbral, et four- nissant chacun en rayonnant quatre ordres de ra- cines nerveuses , il arrive un rapprochement mme entre les animaux rayonnes ou zoophytes et tous les autres. Quel que puisse tre le mrite de ces ides tho- riques et de ces hypothses o l'on remarque l'in- fluence d'une mtaphysique qui a eu pendant quel- que temps une certaine vogue dans l'tranger, lOO ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, M. Bailly a fait pour les appuyer des observations intressantes et vraies relatives sur-tout au cerveau des poissons. Il y a bien dvelopp la composition des lobes dits optiques, par 3e moyen de deux ordres de fibres : Fun interne transverse , qui est proprement la continuation du cordon latral de la moelle ; la utre externe , qui croise obliquement le premier et se continue avec le nerf optique. Il a fait remarquer, et il retrouve jusque dans les quadrupdes, une bande qui marche derrire la conjugaison des nerfs optiques, et sert de commis- sure aux fibres externes des lobes de mme nom , pendant que celle de leurs fibres internes a lieu dans les poissons directement au plafond de leur cavit commune, et ressemble au corps calleux des hmisphres dans les mammifres. Il a donn aussi beaucoup de dtails sur les va- rits des replis qui sont dans l'intrieur de ces lobes optiques, et qu'il nomme corps optiques. Un cordon qui contourne les jambes du cerveau dans les ruminants, en avant de oculo-moteur; la com- missure antrieure du cerveau qu'il trouve double dans plusieurs animaux ; la distinction des gan- glions ou lobes olfactifs , la manire dont ils se con- fondent avec le cerveau ou dont ils s'en dgagent; les variations dans le volume et les formes du ET ZOOLOGIE. loi cervelet; celles des lobes latraux du quatrime ventricule dans les poissons, qu'il croit les analo- gues des rubans gris que l'homme et les mammi- fres ont au mme endroit ; les origines profondes des nerfs trijumeaux, ont particulirement attir son attention. Il se trouve quelquefois en opposition sur les faits de dtail et avec M. Desmoulins et avec M. Serre. Ainsi,il n'admet pas comme ce dernier l'existence de la glande pinale dans tous les vertbrs. Il est fort loign aussi de croire comme M. Desmoulins que le cerveau ou le cervelet puisse manquer dans quelques uns de ces animaux ; et il explique les ap- parences qui ont donn lieu ces suppositions, soit par une confusion du ganglion olfactif avec la masse du cerveau , soit par une diminution extrme du volume du cervelet. Il n'est pas favorable non plus la sparation trop absolue des fonctions , telle que l'entend M. Flou- rens. La petitesse excessive du cervelet dans cer- tains animaux qui sautent et nagent trs bien , comme les grenouilles, les couleuvres, lui sert en particulier d'argument pour mettre en doute l'at- tribution que M. Flourens fait exclusivement cet organe d'tre le rgulateur des mouvements de lo- co motion Il montre qu'il s'en faut de beaucoup que les lobes 102 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, optiques soient, pour la grandeur, en proportion avec les nerfs du mme nom. La taupe, entre autres, o ce nerf est presque atrophi, a ses tubercules quadrijumeaux aussi grandsquaucun quadrupde; ce qui lui prouve qu'ils ne sont pas consacrs la vision seulement, et lui parot confirmer son sys- tme de l'uniformit des fonctions de tous les lobes. Ce n'est pas dans une analyse comme celle-j qu'il est possible de discuter ces opinions diverses, ni d'apprcier la multitude des observations dont se composent des recherches aussi laborieuses; mais il nous a paru convenable d'en donner un expos assez tendu pour attirer sur elles l'attention des anatomistes. Elles rentrent dans le cercle des tra- vaux de l'Acadmie, non seulement parcequ'elles ont t soumises son examen, mais aussi parce- qu'elles ont t en quelque sorte provoques par le prix qu'elle proposa pour 1821 , et qui fut rem- port par M. Serre. A cette mme poque M. Tiedemann, aujour- d'hui l'un des correspondants de l'Acadmie, avoit aussi commenc une suite de recherches, dont il a publi un fragment sous le titre d'Icnes cerebri si- miarum et quorumdam animalium rariorum; recueil o plusieurs cerveaux sont reprsents avec exac- titude et des dtails prcieux. ET ZOOLOGIE. lo3 Tout nouvellement M. Rolando de Turin vient d'envoyer un mmoire sur la moelle de l'pine, dans lequel il n admet que quatre sillons : l'ant- rieur qui est bien connu , et o pntre le repli de la moelle pinire; un postrieur bien moins pro- fond, et les deux latraux postrieurs. Les latraux antrieurs, selon lui, ne sont que des apparences produites par les racines des nerfs. Elle n'a donc que quatre cordons , si ce n'est dans le haut, o les pyramides postrieures en donnent deux de plus, mais qui ne rgnent que dans la rgion cervicale, et qui disparaissent mme dans les quadrupdes. M. Rolando a examin et dcrit avec soin les fi- gures que prend , en diffrents points , la coupe de la matire cendre qui remplit Taxe de la moelle pinire. Au-dessous des pyramides antrieures elle reprsente un fer cheval; aux endroits d'o sortent les nerfs des extrmits deux demi -lunes adosses; dans la rgion dorsale une espce de croix. Il a trouv les cornes postrieures de cette matire grise plus molles, plus rouges que le reste de sa coupe, et il admet, en consquence, deux sortes de matire grise, comme il les a dj fait con- notre dans le cervelet. Mais ce qu'il a expos avec le plus de dtail c'est que ce tube de matire m- dullaire qui enveloppe l'axe de matire cendre est form d'une lame mdullaire replie longitudi- I4 ANAT0M1E ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, nalement un grand nombre de fois, et que des la- mes de la pie-mre pntrent dans ses plis ext- rieurs, et des lames de substance cendre dans les intrieurs, ce qui donne sa coupe l'apparence de fibres rayonnantes. Ce sont ces plis longitudinaux qui ont donn lieu, dit-il, tablir divers sillons. Il y en a -peu-prs cinquante dans les portions cervicale et lombaire de la moelle du buf, et aux cordons antrieurs seulement. La pulpe mdullaire qui forme cette membrane plisse se rsout elle-mme en fibres trs dlies et -peu-prs parallles; les racines antrieures des nerfs, plus nombreuses, comme on sait, que les postrieures , ne tiennent pas de la mme manire la moelle : elles y sont parpilles, et leurs bulbes n'entrent pas si avant. M. Rolando croit que les fi- lets qui forment ces racines se continuent avec les fibres mdullaires de l'enveloppe de la moelle, et qu'ils ne tirent pas , comme lavoient cru MM. Gall et Spurzbeim, leur origine de la substance cen- dre; ce qui, ajoute-t-il, est encore rendu impro- bable par l'observation de M. Tiedemann , que dans le ftus on voit dj ces filets , bien que la place de la substance cendre ne soit encore remplie que par un liquide transparent. Au reste il y a , dans toutes ces discussions , ET ZOOLOGIE. lo5 beaucoup de difficults qui naissent de l'abus des expressions figures. Ainsi lorsqu'on a dit que les fibres mdullaires naissent de la substance cendre; que le cerveau est une production, une efflores- cence de la moelle, ou la moelle une continuation du cerveau, on s'est expos tre facilement rfut par ceux qui prennent ces termes au pied de la lettre. Je devrois dire mme qu'en les prenant ainsi on s'est donn pour les rfuter une peine trs in- utile. Les auteurs ne vouloient exprimer que des rapports de liaison , de connexion , et non pas d'ex- traction ; ainsi quand on dit que les artres nais- sent ou sortent du cur, on ne prtend pas que primitivement elles aient t dans le cur, qu'il les ait mises, etc. Une remarque semblable doit se faire sur des expressions figures qui donnent lieu des disputes encore plus cbauffes et non moins vaines ; ce sont celles qui se rapportent certaines fonctions des organes : lorsqu'on dit, par exemple, que c'est le cerveau ou telle autre partie du systme qui sent, qui peroit, qui veut, qui met en mouve- ment. Aucun de ceux qui parlent ainsi ne peut, moins d'tre absurde, entendre que ce soit telle ou telle partie qui prouve la perception, qui exerce la volont; c'est seulement une manire elliptique de dire qu elle est, pour l'animal , l'instrument , la Io6 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, voie ncessaire de ces modifications ou de ces actes. On pourroit faire une troisime remarqua sur la facilit avec laquelle, lorsqu'une partie quelconque se montre iceil avant une autre dans l'embryon , on se dtermine dire qu'elle se forme avant elle , et dduire de l des conclusions qui semblent supposer qu'elle n'y est qu'au moment o Ton com- mence l'apercevoir ou lui trouver quelque con- sistance. Ce n'est que lorsqu'on aura dbarrass son langage et ses raisonnements de ces trois sources d'erreurs que l'on pourra tirer des faits quelques rsultats clairs , et qui puissent n'tre pas la source de nouvelles disputes. Il est d'autant plus important d'viter tout ce qui pourroit entraver ces recherches que le cer- veau est, anatomiquement parlant, celui de tous les organes dont la structure est le plus difficile dvoiler; comme il est, physiologiquement, celui dont les fonctions merveilleuses chappent le plus toute explication, et que l'on ne peut, par con- squent, trop encourager les efforts qui tendent avancer, ne ft-ce que sur quelque point limit, la connoissance de ce mystrieux appareil. M. Geoffroy-St-Hilaire continue toujours, avec la mme ardeur, ses recherches sur l'unit de com- position dans les animaux. Il les a portes princi- ET ZOOLOGIE. I 07 paiement cette anne sur les organes de la gnra- tion des oiseaux , qu'il a compars ceux des mam- mifres. Dj dans notre analyse de Tanne prcdente nous avons fait connotre sa manire de voir cet gard. Aprs avoir rappel qu'il y a dans les oiseaux , outre loviductus ordinaire et connu qui s'insre du ct gauche du cloaque, un petit carfal aveugle, dcouvert par M. Emmert, insr du ct droit, et que Ton peut regarder comme un second ovi- ductus atrophi et oblitr, nous avons dit que M. Geoffroy voit, dans la partie suprieure et vas- culaire de loviductus , l'analogue de la trompe de Fallope; dans la partie moyenne parois plus paisse o l'uf sjourne et prend sa coquille l'a- nalogue de la corne de la matrice ; et dans le reste de sa longueur l'analogue du vagin. L'auteur a retrouv les mmes divisions dans certains oviductus droits, plus dvelopps qu' l'ordinaire; car cet oviductus droit, ce vestige do- viductus, ne consiste communment que dans une petite vessie : mais il est sujet beaucoup de va- rits, et M. Geoffroy en a vu qgi aloient au hui- time, au quart, et mme une fois la moiti de la longueur de l'autre. Lorsqu'il est le plus volu- mineux il manque encore d'issue ses deux ex- 108 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, trmits, et le pdicule qui l'attache au cloaque n'est qu'un ligament tendineux. L'oviductus gau- che ou ordinaire, observ dans de trs jeunes oi- seaux, s'tend en droite ligne, et M. Geoffroy est port penser qu'il est primitivement ferm et ne s'ouvre, ses extrmits, que par l'action du li- quide qui se dveloppe dans son intrieur. L'auteur a donn dans un mmoire particu- lier la description des organes sexuels de l'autru- che et du cazoar, o la grandeur des parties lui a procur plus de facilit pour saisir leurs rapports etreconnotre leurs analogies. Il y a sur-tout rendu sensible par des figures comparatives et trs exac- tes la ressemblance singulire des organes dans l'autruche mle et dans l'autruche femelle, qui ne diffrent, vers l'extrieur, que par les grandeurs relatives et inverses du pnis et du clitoris, et de l'orifice qui est leur racine. Ce que dans l'autruche on appelle la vessie uri- naire est un sac assez grand, dans le fond duquel se termine le rectum, et qui est spar de la ca- vit plus extrieure qui s'ouvre au-dehors, et que M. Geoffroy nomme urtro-sexuelle, par un bour- relet ou rtrcissement o se voient les quatre ma- melons rpondant aux deux uretres et aux deux oviductus. Les premiers se dirigent un peu plus en dedans, en sorte que l'urine qui coule des reins ET ZOOLOGIE. 109 s'accumule naturellement dans ce grand sac jus- qu'au moment de Fmission. La seule diffrence du mamelon qui rpond l'ovaire oblitr c'est qu'il nest point perc. Le rectum fait une saillie dans le fond de cette poche urinaire; et un rtr- cissement plus intrieur fait mme, de cette saillie, une poche particulire que M. Geoffroy nomme vestibule rectal, attribuant ses deux issues les noms (Tamis intrieur et extrieur. C'est ce dernier qui , s'avanant au travers des deux autres dilatations, je veux dire de la vessie urinaire et de la poche urtro-sexuelle, se montre au dehors quand l'au- truche veut rejeter ses excrments. Dans le cazoar il n'y a point d'tranglement in- trieur au rectum, et la vessie et la poche urtro- sexuelle, faute de bourrelet qui les spare, ne for- ment qu'une seule cavit. Dans d'autres oiseaux, tels que le canard et la poule, c'est le vestibule rectal qui se confond en une seule poche avec la vessie. M. Geoffroy compare ce vestibule rectal la poche glanduleuse dans laquelle s'ouvre le rectum de lichneunion, et il retrouve aussi ce double sphincter dans les marsupiaux et les monotrmes. Il explique en dtail le mcanisme des diffrentes excrtions , et comment dans l'autruche et le cazoar la verge, ou plutt le gland, car il croit qu'elle se I IO ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, rduit cette partie, se dploie au-dehors pour leur donner issue. La cavit o elle se retire et dont elle sort, dans certaines espces, par une sorte de droulement, est l'analogue de la bourse du prpuce; une poche particulire qui y aboutit, nomme d'aprs son in- venteur la bourse de Fabricius, et que M. Geoffroy appeloit encore assez rcemment du nom indter- min de bourse accessoire, lui parot aujourd'hui le rservoir, le canal dfrent des glandes de Cooper qu'il a trouves tantt runies , tantt spares , sur la partie dorsale de la poche du prpuce. Dans l'au- truche, et dans d'autres oiseaux o le gland se d- veloppe beaucoup, cette bourse acqurant plus d'ampleur, et son col devenant plus large, se con- fond avec la bourse du prpuce. On voit que, d'aprs ce systme de rapproche- ment, la principale diffrence qui resteroit entre les oiseaux et les mammifres seroit que dans les premiers le rectum ou le vestibule rectal s'ouvriroit dans la vessie, et que dans les seconds il s'ouvriroit immdiatement au-dehors. M. Geoffroy a d rechercher aussi les analogies du bassin , qui tient de si prs aux organes de la gnration. Selon lui on s'est fort mpris cet gard. L'os que dans les oiseaux on nommoit seulement os des ET ZOOLOGIE. I i I iles, et qui s tend le long de 1 pine en avant et en arrire de la fosse cotylode, est compos de l'os des les et de l'ischion ; celui qui lui est parallle, mais en arrire seulement de la fosse cotylode, et qu'on a voit pris pour Fisc h ion, est le pubis ; et l'os grle qui fait le bord du bassin postrieur, et qu'on nommoit le pubis, M. Geoffroy en fait, avec M. Serre, l'ana- logue de l'os si remarquable dans les mammifres bourse, et que les anatomistes avoient dsign sous le nom de marsupial. Nous avons dit, dans le temps , que M. Serre a cru retrouver aussi l'ana- logue de cet os marsupial dans une petite partie qui s'observe un certain ge, encastre dans la cavit cotylode de plusieurs quadrupdes d'autres familles. Cette pice se voit en effet dans le rhino- cros , dans l'hyne, et peut-tre dans plusieurs autres genres. Comme elle manque dans le chien , dans l'ours, qui ont l'intrieur de la verge soutenu par un os, M. Geoffroy a pens que ce sont les os marsupiaux qui se runissent pour former cet os de la verge ; mais on ne l'observe pas non plus dans bien des animaux qui n'ont pas d'os de la verge. M. Geoffroy applique ensuite sa thorie aux mammifres bourse, ou didelphes. dont il s'toit dj occup plusieurs fois, notamment en 1819, ainsi que nous l'avons dit dans notre analyse de cette anne-l. 112 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, Les tubes en forme d'anse sur les cts de la ma- trice, qui sont particuliers ces animaux, lui pa- roissent deux vagins; et il croit que ce que les au- tres anatomistes nomment vagin rpond la bourse urtro-sexuelle des ciseaux. La partie re- courbe par laquelle ces anses s'unissent dans le haut, et qui est divise, tant que l'animal n'a pas conu, par une cloison verticale, reprsente alors deux utrus qui se continuent chacun avec la corne et la trompe de Fallope correspondante. L'auteur se reprsente donc cet appareil comme double dans sa totalit, ainsi que celui des oiseaux , comme dpourvu de mme de col, et d'autres moyens de retenir l'ovule; c'est ce qui fait que celui- ci est expuls avant son incubation, avant qu'un embryon s'y soit montr. M. Geoffroy explique la foiblesse et le peu de dure de l'action de ces utrus par la petitesse des branches artrielles qu'ils re- oivent, et c'est par la circonstance oppose qu'il rend compte du dveloppement et de l'activit des mamelles et de la bourse qui les enveloppe , et dans laquelle il voit un grand dveloppement du mont de Vnus. Les dtails angiologiques o il entre ce sujet sont des faits positifs et trs int- ressants, mais il seroit impossible de les faire en- tendre dans un rsum aussi court que le ntre. Daboville, Roume et Bar ton ayant vu que la pre- ET ZOOLOGIE. I i3 njire forme sous laquelle les produits de la gn- ration se montrent adhrents aux mamelles est celle de globules, souvent transparents ou glati- neux, M. Geoffroy suppose que ces produits sor- tent de l'utrus l'tat d'ovule, mais d'ovule qui a prouv un commencement de dveloppement, ce degr auquel ceux des mammifres ordinaires s'im- planteroient dans la matrice par leur placenta. Il parot mme dispos croire qu'il s'tablit une liaison vasculaire de la ttine de la mre avec leur appareil digestif qui tient lieu, pendant un temps, du systme ombilical; et nanmoins il vient tout rcemment d'annoncer qu'il a observ dans quel- ques ftus des marques d'une cicatrice ombilicale, ou peut-tre des vestiges d'un placenta quin'auroit pas pris son dveloppement ordinaire. Dans une autre srie d'observations, M. Geof- froy a trouv sur un ftus de vache, vers le com- mencement de la gestation , les apophyses pineuses de vertbres dorsales contenant plus de noyaux osseux que l'on n'en avoit observ jusqu'ici : ce qui lui a paru une confirmation de l'analogie de ces apo- physes avec les rayons des nageoires dorsales des poissons, analogie qu'il avoit mise en avant l'oc- casion de ce buf des Indes que Ton assure porter des pines sur le dos. Plusieurs de ces apophyses ont en effet, dans leur cartilage, deux et mme BOFFON. COMPLET. T. IV. I 1 4 ANAT0M1E ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, trois pices osseuses distinctes , places verticale- ment, une derrire et deux devant, et ces deux-ci Tune au-dessus ou ct de l'autre. Avec le temps tous ces noyaux se soudent en une apophyse unique. M. Geoffroy ayant vu aussi, comme on le sa voit parles observations de Fougeroux faites en 1772 , que le canon ou l'os principal du mtacarpe et du mtatarse des ruminants se divise dans le ftus en deux os distincts, et prenant en considration les os grles et les phalanges plus ou moins compltes qui reprsentent dans les pieds de ces animaux les mtacarpiens et les mtatarsiens, ainsi que les doigts latraux et qui ont aussi t dcrits plus ou moins compltement par divers auteurs, critique l'usage que font les naturalistes des termes d'ergots et de stylets pour dsigner ces pices osseuses , et de celui de bisulque pour distinguer la classe entire : et en effet un cochon n'est pas plus quadrisulque qu'un ftus de ruminant. Il pense mme que c'est tort qu'on a dit que lanoplotherium est le seul bisulque qui ait, au lieu de canon, un os double au mta- carpe et au mtatarse. Celui qui a caractris ainsi cet animal auroit pu , il est vrai , s'exprimer plus ri- goureusement en disant que c'est le seul qui con- serve avec lge ces deux os spars, s'il avoit pu croire ne pas tre entendu de tout le monde. ET ZOOLOGIE. I i5 Enfin le savant naturaliste dont nous analysons les travaux a tir, de la configuration des os de la tte du buf bosse ou zbu , des conjectures sur une diffrence spcifique de cet animal et du buf domestique ordinaire. ANNE 1824. M. de La Marck , dont une malheureuse ccit a interrompu les travaux, au grand dtriment de tant de parties de l'histoire naturelle qu'il enri- chissoit de ses observations, a confi son ensei- gnement M. Latreille , et ce clbre entomo- logiste a t conduit ainsi tudier des classes d'animaux sans vertbres, dont il s'toit moins oc- cup jusque-l. Il a prsent l'Acadmie, comme premier produit de son entre dans ce nouveau champ, un tableau de distribution de la classe des mollusques, fond sur les observations anatomi- ques les plus rcentes , et sur les rapports qu'il croit pouvoir en dduire. Il met d'un ct les genres o il se fait un accou- plement, et de Tautre ceux qui se fcondent par eux-mmes, Dans la premire de ces grandes di- visions, la forme et la position des organes du mouvement servent de motif au second degr de la subdivision ; puis viennent la sparation des sexes ou leur runion sur le mme individu ; puis 8. 1 1 6 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, la nature et la position des organes de la respiration. Dans la seconde grande division , c'est la prsence ou l'absence dune tte apparente qui donne les premires branches de subdivision , ensuite la forme de la coquille. Tous les genres et sous-genres connus sont rpartis d'aprs cette mthode , en commenant par les gastropodes de M. Guvier, passante ses ptropodes, puis ses gastropodes nus , ses pulmons , ses pectinibranches , etc. , et finissant par ses acphales. Mais, en dplaant plus ou moins les limites de chaque groupe , M. La- treille a impos ses familles des noms nouveaux, et relatifs aux caractres sur lesquels il les dter- mine. La nature de cette analyse ne nous permet point d'entrer dans ce dtail, sur lequel les naturalistes pourront consulter l'ouvrage lui-mme. Il est im- prim dans les Annales des Sciences naturelles, ce Recueil nouveau, fruit des travaux de quelques jeunes naturalistes pleins de zle pour les sciences, que nous avons dj annonc Tanne dernire , et qui continue de parotre avec le mme succs et la mme richesse en observations intressantes. M. La treille annonce sur le rgne animal tout entier un travail analogue celui qu'il a fait pa- rotre sur les mollusques. Il ne manquera pas , sans doute, d'y saisir et d'y faire contraster des ca- ET ZOOLOGIE. I 17 ractres qui feront parotre sous des faces nouvelles les rapports des animaux \ Ce savant naturaliste continue aussi l'ouvrage qu'il publie avec M. le comte Bejean, sur les in- sectes de l'Europe. Le second numro, qui com- mence l'histoire des carabes, n'est ni moins int- ressant, ni moins bien excut relativement aux figures, que celui que nous avons annonc en 1822. M. Lamouroux, correspondant de l'Acadmie, qui vient de lui tre enlev, jeune encore, par une mort inattendue, avoit commenc, pour X Ency- clopdie mthodique, un dictionnaire sur les ani- maux rayonnes de M. Cuvier, c'est--dire sur les polypes , les coraux , les madrpores, et en gnral sur tous ces animaux que l'on a long-temps nom- ms zoophytes, parcequ'ils ont quelque chose de l'apparence des plantes, et semblent tenir de leur nature. Ce qu'il a publi va jusqu' la lettre E, et le soin que l'auteur a mis y rassembler les espces connues, ainsi que la sagacit avec laquelle il les distingue, et la clart avec laquelle il les dcrit, ne peuvent que rendre plus vifs les regrets que sa perte a inspirs tous les amis des sciences. 1 Cet ouvrage vient de parotre sous le titre de Familles naturelles du rgne animal , 1 vol. in-8. I 18 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, M. Moreau de Jonns a prsente l'Acadmie l'histoire du serpent jaune de la Martinique, ou tri- (jonocphale fer-de-lance , reptile qui pendant long- temps a inspir une terreur telle qu'il a peut-tre retard d'un sicle la population de cette le , et qui encore aujourd'hui, malgr la chasse assidue qu'on iiii donne et la destruction que l'on en fait , y cause chaqueannela mort d'un assez grand uombredin- dividus, sur-tout parmi les ngres. Sa longueur va quelquefois plus de sept pieds. On le nomme ser- pent jaune parcequ'il est souvent de cette couleur, mais il y en a aussi de noirtres et de tigrs de noir. Ses crochets venimeux ont jusqu' quinze lignes de longueur. On lui compte sous le ventre de deux cent vingt deux cent quarante plaques, mais celles du dessous de la queue sont constamment au nom- bre de soixante-deux ; du reste il offre tous les carac- tres des autres espces de son genre. Son agilit hors le temps de la digestion est formidable; un in- stinct froce le porte s'lancer sur les passants , et, quand on l'aperoit, il est d'ordinaire dj dans une attitude hostile; roul en spirale, la tte au sommet de l'espce de cne qu'il forme, il ne lui faut qu'un instant pour atteindre sa victime. M. de Jonns as- sure mme qu'il peut se dresser sur la queue, et surpasser alors un homme en hauteur. Son oue est trs fine et se rveille par un bruit lger; ses yeux saillants et vifs , au moyen de l'largissement ET ZOOLOGIE. I 19 ou du rtrcissement de leur pupille, lui servent la nuit et le jour, comme ceux des chats; il se tient dans des lieux obscurs, et choisit pour sa chasse le coucher du soleil ou les jours sombres et nbu- leux. Sa vitalit est trs longue, son corps s'agite encore spontanment huit heures aprs qu'on a spar la tte, et beaucoup plus tard si on le pro- voque. On a cru que l'on pouvoit tre averti de sa prsence par l'odeur infecte qu'il exhale, mais rien ne seroit plus dangereux que d'attendre cet indice ; ils n'en rpandent pas tous ni beaucoup prs dans tous les instants. La fcondit de ce dangereux ani- mal est effroyable. Les portes sont de trente soixante petits; ils naissent longs de huit douze pouces et dj dous de toutes leurs facults; sou- vent en moissonnant un champ de cannes sucre on en met soixante ou quatre-vingts dcouvert, et c'est le produit d'une ou deux mres. Ce sont les im- menses massifs de cannes qui leur fournissent leurs principaux repaires, et si commodes pour eux que Ion peut dire que la culture a plutt augment que diminu le nombre de ces tres malfaisants. Leurs aliments se sont multiplis non moins que leurs abris par la quantit prodigieuse de rats qui , venus avec les Europens, remplissent maintenant toute l'le; les oiseaux, les autres reptiles, et tous les petits quadrupdes, leur servent aussi de proie. Ce qu'il y a peut-tre de plus extraordinaire 120 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, dans l'histoire de ce serpent c'est que toutes les Antilies en sont exemptes l'exception de trois, la Martinique, Sainte-Lucie, etBconia; les autres n'ont nime aucun serpent venimeux; aussi les Carabes prtendoient-ils qu'il leur a voit t ap- port du continent par une peuplade ennemie, mais il auroit pu aussi en tre apport par les cou- rants , ne ft-ce que sur quelqu'un des troncs d'ar- bres qu'ils entranent si souvent. M. de Jonns prouve que cette espce habite en effet plusieurs parties du continent amricain, et il croit la reconnotre dans les indications de di- vers auteurs; lesquelles cependant paroissent pour la plupart trop vagues pour marquer avec certi- tude une espce plutt qu'une autre. Il est fort dangereux, la Martinique, de passer dans des bois sur des troncs d'arbres creux , ou souvent le trigonocphale repose, de mettre les mains dans des nids d'oiseaux o il demeure sou- vent tapi , aprs avoir dvor les ufs ou les petits. Les poulaillers l'attirent; il se cache souvent dans les roseaux dont on fait le toit des cases; il se rfu- gie, pendant le jour, dans les trous de rats ou de crabes. Rarement ces reptiles pntrent dans les villes, si ce n'est les petits qu'on apporte dans des bottes de fourrage vert. L'inutilit des efforts des hommes pour dtruire ce flau a fait recourir des ET ZOOLOGIE. 121 chiens terriers anglois d'une espce particulire , qui ont dj t fort utiles. M. de Jonns a con- seill d'introduire dans l'le le serpentaire du cap de Bonne-Esprauce , cet oiseau de proie hautes jambes qui rend tant de services l'Afrique mri- dionale; on l'a essay en effet, mais le premier essai n'a pas russi. Il mrite d'tre renouvel. M. Guyon, chirurgien la Martinique, a envoy de nouveaux chantillons de la petite sangsue qu'il a trouve sous les paupires et dans les fosses nasa- les d'un hron, et dont nous avons dit quelques mots en 1822. Autant qu'on a pu en juger elle n'a point de dents, et parmi les nombreux genres ta- blis rcemment dans la famille des sangsues par MM. La Marck, Savigny, Leach et Dutrochet, c'est celui des nephelis qu'elle parot devoir tre rapporte. On dsire toujours qu'elle puisse tre retrouve dans l'eau, et dcrite dans l'tat o elle y existe sans doute aussi. M. Latreille a dcrit un nouveau genre de la fa- mille des araignes qu'il nomme myrmcie , parce- que sa forme est au premier coup d 'il presque celle d'une fourmi , son corps tant de mme along et troit, sur-tout dans les parties qui com- posent le thorax. Les huit yeux sont sur deux li- 122 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, gnes, chacune de quatre; mais les deux extrieurs de la ligne antrieure s'cartent beaucoup sur le ct. Ses pattes de devant et celles de derrire sont les plus longues. Sa place dans la mthode sera entre les dolomdes et les rses. Plusieurs voyageurs racontent qu'il y a en Perse une punaise nomme miana , dont la piqre tue les trangers, et les trangers seulement, mais ne fait point de mal aux gens du pays. M. Gotthelf Fischer, savant naturaliste de Moscou, a voulu connotre les caractres d'un tre auquel on attri- bue une proprit si trange. Ce miana est plat et rouge comme les punaises de lit. Ce n'est pas vrai- ment une punaise, mais un insecte de la famille des tiques et du sous-genre nomm arcas par Her- mann , sous-genre dont nous avons en France une espce qui vit sur les pigeons, Yacarus marginatus de Fabricius. La tique des chiens, animal parasite si connu, est du sous-genre le plus voisin, celui des ixodes; et quoique deux fois plus grosse que le miana, elle ne fait pas prir les animaux auxquels elle s'attache. Aussi M. Fischer ne croit-il gure plus la qua- lit mortelle de cet arcas de Perse qu' la diff- rence ridicule du pouvoir qu'il exerceroit sur les trangers et sur les natifs. ET ZOOLOGIE. 123 Les anciens ont parl d'un miel des pays voisins du Caucase, qui causoit une espce de dlire ceux qui en mangeoient, et Xnophon rapporte que cet accident arriva plusieurs de ses soldats aux envi- rons de Trbisonde. C'est en effet ce que Tourne- fort et Gldenstedt ont reconnu vrai , du miel que les abeilles prennent sur les fleurs de Yazalea port- tica , et du rhododendrum ponticum. L'Amrique produit aussi des miels dangereux; Banos, Pison , Dazzara et Barton en ont parl. Dans les Alpes mme, le napel et Yaconiium lycoclonum commu- niquent leurs qualits dltres au miel pris dans leurs fleurs. M. Auguste de Saint-Hilaire a prouv person- nellement des effets trs graves d'un miel des bords de l'Uruguay. Deux cuilleres seulement lui don- nrent l'agonie la plus cruelle, et un affaiblisse- ment qui lui parut le prcurseur de la mort; deux de ses gens tombrent dans un dlire furieux, et ce ne fut qu'au bout de vingt-quatre heures et avec beaucoup de vomitifs et d'eau chaude qu'ils purent se dlivrer d'un tat si effrayant. Ce miel toit rougetre, et avoit t pris dans la ruche d'une gupe nomme dans le pays lcheguana de met vermellio; mais il n'est pas toujours aussi v- nneux, et c'est probablement, comme le miel du Pont, aux plantes dont l'insecte le tire quelquefois 124 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, qu'il doit les qualits dangereuses dont M. de Saint- Hilaire a fait l'preuve. Il en souponne principale- ment quelques plantes des familles des solanes, des scrofulaires et des sapindus, sur-tout une spin- dace qu'il nomme pautlinia australis, et qui toit en fleur aux environs du gupier qui lui fut si funeste. A ses proprits tranges ce miel joint la singu- larit d'tre l'ouvrage dune gupe et non pas d'une abeille; M. Latreiile a dcrit cet insecte, et l'a re- connu pour un po/iste, sous-genre de gupe carton- nire de Cayenne (vespa nidulans. Fabr.). Sa ruche longue d'un pied, et forme d'une espce de papier grossier, est suspendue des arbrisseaux. Son miel, selon les expriences de M. Lassaigne , se dissout en entier dans l'alcohol, la diffrence de celui de nos abeilles qui abandonne alors un sucre solide et cristallisable. Nous avons dj entretenu bien des fois nos lec- teurs des efforts constants auxquels s'est livr et se livre encore M. Geoffroy-Saint-Hilaire, dans la vue de dmontrer et rendre en quelque sorte palpable ce qu'il nomme Yunii de composition du rgne ani- mai, et sur-tout l'unit de sa charpente osseuse, c'est--dire du squelette. Il a justifi clans un mmoire spcial la prf-. ET ZOOLOGIE. 125 rence qu'il donne cette partie de l'organisation , par la plus grande certitude des indications qu'elle fournit touchant les rapports des animaux entre eux ; les os sont des espces de murailles destines loger, contenir, sparer les organes; ils sont en rapport ncessaire avec tout ce qu'ils contien- nent; leur systme accumule en lui les caractres de tous les autres systmes; en mme temps l'au- teur se reprsente la matire osseuse comme tant en quelque sorte une matire excrmentitielle qui seulement aboutit des cavits sans issue; c'est le dpt des organes aussi bien que leur rceptacle, et sous ce rapport encore le systme osseux doit tre l'expression des autres. Nanmoins c'est au squelette de la tte qu'il s'attache de prfrence , et pour retrouver plus srement dans les diverses espces toutes les pices qui le composent, il corn- mence par assigner chacune sa place, son rle, et ses rapports avec les pices voisines. Pour cet effet , il a divis la tte , non compris la mchoire infrieure, en sept vertbres, dans chacune des- quelles il retrouve les neuf pices qui selon lui for- ment l'ensemble d'une vertbre complte. On a pu voir en effet dans notre analyse de 1822 ([lie M. Geoffroy considre toute vertbre complte comme fondamentalement divisible en neuf pi- ces : le corps ou le cyclal; les deux cts de la par- 12) ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, tie annulaire suprieure, ou les priaux; les deux cts de l'apophyse pineuse ou les maux; les deux cts de la partie annulaire infrieure qui dans le thorax se changent en ctes, ou les paraaux; enfin les deux cts de l'apophyse pineuse infrieure qui dans le thorax deviennent les cartilages des ctes, et qu'il nomme cataaux. Nous avons expos aussi diverses reprises comment M. Oken , con- sidrant le crne comme une rptition plus dve- loppe de l'pine du dos , avoit cru devoir le diviser en trois verthres, et regarder le nez comme l'ana- logue du thorax, et les deux mchoires infrieures comme les analogues ou les rptitions des bras et des jambes; comment MM. Meckel et Bojanus ont ajout une quatrime vertbre celles de M. Oken et l'ont nomme ethmodale;commentenfn M. Spix tout en conservant les trois vertbres de M. Oken a vu dans les os qui composent le nez une rptition de l'appareil hyode et laryngien. M. Geoffroy, sans entrer dans ces combinaisons fondes sur la mtaphysique connue en Allemagne sous le nom de philosophie de la nature, s'est born considrer le crne et la face comme une continuation de l'pine , et y appliquer sa thorie gnrale de la vertbre; or, comme suivant sa ma nire de compter, il y a en tout dans cette partie du squelette soixante-trois pices osseuses, il a d ET ZOOLOGIE. 127 y retrouver, en divisant ce nombre par neuf, sept vertbres, chacune compose de neuf pices, un cyclal , deux priaux, deux piaux , deux paraaux et deux cataaux; et en effet il est parvenu , force dessais, distribuer ses soixante-troisos de manire que, rangs quatre quatre, ils forment -peu-prs sept doubles cercles attachs les uns au-dessus et les autres au-dessous de sept pices impaires qui composent une sorte d'axe. Ne pouvant pas donner ici le dtail des diffrentes tentatives de l'auteur , nous nous bornerons rendre compte de sa rpar- tition telle qu'il lexpose dans la troisime des r- dactions qu'il en a publies, et qui est du mois de dcembre de l'anne dernire. Pour tre plus ais- ment entendus, nous dsignerons chaque os par le nom qu'il porte communment; nous indiquerons la fin les noms nouveaux que M, Geoffroy leur impose. La premire vertbre, qu'il nomme linguale , a pour priaux et piaux les intermaxillaires et le segment dentaire des maxillaires; pour paraaux et pour cataaux les cartilages du nez et les deux lames du vomer; son cyclal est une pice cartilagineuse qui n'a voit pas encore t observe. Dans sa deuxime vertbre, appele nasale, les pices suprieures sont les os propres du nez et les os unguis; les infrieures, les deux paires de cor- I2'S ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, nets du nez; et l'impaire, la lame de lethmode. Les frontaux, les segments orbitaires des maxil- laires, le corps de lethmode, les apophyses ptry- godes externes et les palatins, composent de mme sa troisime vertbre, dite oculaire. La quatrime ou la crbrale comprend les pari- taux, les jugaux, le corps du sphnode antrieur, le cotylal, ou la capsule dans laquelle s'articule l'apophyse stylode, et les apophyses ptrygodes internes. La cinquime vertbre se nomme quadrijumale , parcequ'elle est proprement, selon l'auteur, l'tui des tubercules du mme nom; elle se forme des interparitaux qu'il regarde comme les segments suprieurs de l'occipital suprieur, des temporaux cailleux, du corps du sphnode postrieur, des grandes ailes du sphnode, et des petites nommes aussi ailes d'ingrassias. La sixime est la vertbre auriculaire; le segment antrieur ou temporal du rocher, son segment pos- trieur ou occipital en forment les pices paires su- prieures. Un segment antrieur que l'auteur ad- met dans le basilaire est sa pice impaire. Le segment antrieur du cadre du tympan et la tubrosit sont ses pices paires infrieures. Il reste la septime, ou la crbelleuse; les segments postrieurs de l'occipital suprieur, les occipitaux ET ZOOLOGIE. 129 latraux forment son anneau suprieur; le segment postrieur du basilaire est son eyclal ou sa pice impaire; enfin l'auteur lui trouve ses pices paires infrieures, c'est--dire ses paraaux et ses cataaux , les premiers dans les marteaux , les seconds dans l'ensemble de l'enclume et de l'trier. Indpendamment de cet appareil qui constitue la tte suprieure, il y a de chaque ct sept os dans la mchoire infrieure, ce qui en ajoute quatorze la. totalit de ceux dont se compose la tte. Ces sept paires d'os sont comme des parties supplmen- taires des sept vertbres de la tte ; elles s'y rappor- tent comme les pices du sternum se rapportent au systme vertbral du thorax, et celles de l'appa- reil hyodien au systme vertbral du cou, Nous avons dj indiqu en 1820 la nomencla- ture que M. Geoffroy a propose pour les diffren- tes pices dans lesquelles se dcompose l'os sph- node. Le travail dont nous venons de rendre compte l'a engag appliquer une nomenclature analogue ces soixante-trois os dont se forme la tte. Les sept pices impaires prennent la terminai- son de sphnal, avec une prfixe particulire pour chaque vertbre; on les appellera protosphnal (le cartilage non dcrit dont nous avons parl), rhi- nosphnal (la lame ethmodale), ethmosphnal (le BtTFFON. COVPLEM. T. IV. l3o ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, corps de l'ethmode), entosphnal (le corps du sph- node antrieur), hyposphnal (le corps du post- rieur), otosplinal (le segment postrieur) , basisph- nal (le segment antrieur du basilaire). Pour la premire vertbre les pices paires su- prieures seront Yetmophysal ( les cornets sup- rieurs) , Yadnasal (l'intermaxillaire) ; les infrieures, Yadgustal (le segment palatin du maxillaire), et le rhinophysal (les cornets infrieurs du nez). Pour la deuxime vertbre on a en-dessus le la- crymal et Yaddental (le segment dentaire du maxil- laire) , et en-dessous le palatal (palatin) et le vomeral (vomer). Pour la troisime le nazal (os propre du nez) et Yadorbital (le segment orbitaire du maxillaire), e hrissal (apophyse ptrygode interne) , et Yingras- sial (l'aile d'ingrassias). Pour la quatrime le frontal et le jugal, le coty- lal (ce godet o s'articule l'apophyse stylode) et le ptral (grande aile du temporal). Pour la cinquime le parital et le temporal, le serrial (le deuxime segment de la grosse tubro- sit) , et Yuro-serrial (sa pointe infrieure). Pour la sixime Y interparital et le rupal ( ro- cher), le tympanal (cadre du tympan) et le mallal (marteau). Pour la septime enfin e surroccipital et Yexocci* ET ZOOLOGIE. l3l pilai (occipital latral), le stapal (Ttrier ) et Yiical (l'enclume). Quant aux os de la mchoire infrieure, M. Geof- froy a cru devoir aussi substituer d'autres noms ceux que MM. Camper et Guvier leur avoient don- ns. Il appelle le dentaire subdental, l'operculaire sublacrymal , le supplmentaire suborbital, le sur- angulaire subjugal, l'angulaire subtemporal, l'arti- culaire subrupal, le subangulaire suboccipital. Ces dterminations s'appliqueront aisment l'homme et aux mammifres, sur-tout par ceux qui ont tudi l'ostologie des ftus, et qui connoissent les subdivisions tablies dans le maxillaire et le temporal de l'embryon par M. Serre. Les seules discussions qu'il puisse y avoir relativement cette classe roulent sur la position respective des pi- ces , et l'analogie plus ou moins loigne que cette position indique avec les pices vertbrales ; mais il y a plus de difficult pour les classes ovipares, o quelquefois on est loin de trouver les mmes nombres de pices , et o l'on peut quelquefois le- ver des doutes sur l'analogie de quelques unes avec celles que M. Geoffroy leur compare. C'est pour rpondre ces doutes et confirmer de plus en plus les applications de sa thorie, ou du moins pour en expliquer les anomalies apparentes, que l'auteur de ce grand travail a repris l'ostologie 9- l3a ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, de la tte du crocodile, dont il s'toit occup ds Tanne 1807 , et qu'il la considre maintenant d'a- prs le nouveau dveloppement qu'il a donn ses vues; ce qui l'oblige d'admettre des dterminations en partie fort diffrentes de celles qu'il avoit pu- blies alors, et mme des poques postrieures celle-l. Les trois premiers cyclaux, le protosphnal, le rhinospbnal , et rthmosphnal, n'existent point dans le crocodile l'tat osseux; une longue cloison cartilagineuse en tient la place : ce que M. Geoffroy attribue leur grand alongement et au dveloppe- ment excessif des os qui en forment les parties la- trales, u Ces cyclaux, dit-il, sont dans le cas de toutes les portions du systme osseux qui sortent ' thlidsencphales , acphales, rhinencphales , podenc- 222 ANATOMJE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, plites, litradel plies , poljops, acjnes, etc. C'est une sorte de zoologie nouvelle que Ton pourroit ap- peler zoologie anormale, et placer sur une ligne parallle ct de la zoologie des tres rguliers. Les formes linnennes, la nomenclature binaire , et gnralement tous les moyens d'ordre imagins par les naturalistes, ont t reconnus applicables par l'auteur la classification des monstres. Mais M. Geoffroy ne s'en tient point ce cata- logue mthodique ; son but est de s'en servir pour pntrer plus avant dans le labyrinthe de lana- tomie physiologique. C'est ce qu'il fait connotre dans un article historique, o il raconte ce qui a t fait avant lui, et montre ce qui reste faire. C'est en effet, suivant l'auteur, un spectacle trs instructif que celui de l'organisation tudie dans ses actes irrguliers, de la nature surprise comme dans des moments d'hsitation et d'impuissance. Quiconque, ajoute-t-il, s'est rendu compte de toutes les modifications possibles de l'organisation reconnot que les formes diverses sous lesquelles elle se manifeste sortent d'un mme type; il ne re- garde donc pas ces monstres , avec Aristote , comme des exceptions aux lois gnrales; il ne croit pas, comme Pline, que la nature les produit pour nous tonner et pour se divertir; mais il les considre comme des bauches qui ne seroient point ache- ET ZOOLOGIE. 223 ves, comme reprsentant des degrs divers d'or- ganisation. L'auteur avoit trait , l'anne prcdente, des monstres de son genre anencphale, caractriss par la privation du cerveau et de la moelle pi- nire. Leur systme osseux est profondment mo- difi, car, au lieu de se maintenir dans son tat tu- bulaire , chacun de ses clments, chaque anneau vertbral est ouvert. M. Geoffroy-Saint-Hilaire vient de trouver dans les collections d'antiquits gyp- tiennes de M. Passalacqua un monstre de ce genre qui a t dterr Hermopolis, dans des caveaux remplis de singes. Il suppose que les mauvais pr- sages attachs par la superstition aux produits mons- trueux avoient dtermin relguer celui-l loin des spultures des hommes, et il croit en trouver la preuve dans un amulette que l'on avoit plac auprs de la momie , honneur qui n'toit fait qu'aux tres de race humaine. Cet amulette, qui lui-mme reprsente un singe cynocphale, dont la pose est ordinairement celle d'un homme assis, avoit servi de modle l'attitude donne la momie mon- strueuse. M. Geoffroy-Saint-Hilaire ne setoit point en- core occup des monstruosits par excs; il conut que pour s'y livrer avec plus de chances de succs il devroit rechercher les faits les plus disparates; 'r!\ ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, or il ne vit rien de plus htrogne en soi, il n'a- perut pas de conditions pius propres provoquer les mditations, que les deux systmes organiques qu'il a nomms hypognathes et hctradelphes ; ils ap- partiennent aux monstres doubles. L'un des deux su- jets est complet, et jouit d'une vie propre; et l'autre n'est qu'un fragment ent sur son frre, et tenu de vivre comme un parasite. L'individu entier est donc pleinement pourvu de toute l'organisation propre son espce, quand l'individu imparfait ne consiste que dans une portion tgumentaire avec les os qui lui correspondent. L'auteur n'a vu des hypognathes que dans l'es- pce du buf. Il a trouv au contraire des hctra- delphes clans les espces de l'homme, du chat, du chien, de la poule, du canard, etc. L'anatomie montre comment le systme circulatoire au moyen d'un seul centre d'impulsion parvient porter la nourriture dans les deux sujets greffs l'un sur l'au- tre; mais l'auteur pense qu'il en est autrement du- rant la vie embryonaire. La monstruosit qu'il a nomme hypognathe se compose d'une tte incomplte adhrente la tte bien organise du monstre ; les deux ttes sont por- tes par de longs pdicules , qui sont les mchoires infrieures. Ces pdicules, par une de leurs extr- mits, s'articulent avec leurs ttes, et par l'autre ET ZOOLOGIE. 225 ils tablissent les relations des deux systmes orga- niques ; la tte imparfaite est contracte au plus haut degr, tant prive de toutes les choses ordi- nairement contenues dans une tte comme organes des sens et masse mdullaire, et ne possdant que celles qui servent de cloisons et d'enveloppes, telles que les parties osseuses et tgumentaires. Les for- mes et conditions propres ce genre de monstruo- sit sont rptes , moins quelques lgres diff- rences, dans trois espces que l'auteur nomme hypognatlie capsule } liypognathe rochier, et hypognatlie monocphale. Les htradelphes , frres jumeaux trs dissem- blables , sont des monstres forms de deux indivi- dus dont l'un ayant dj subi toutes les transforma- tions de la vie utrine est entr dans le monde atmosphrique , o il s'est dfinitivement enrichi de tous les organes que les progrs successifs des ^es dveloppent chez les animaux parfaits , et dont l'autre, retenu et persvrant dans une des formes de la vie utrine , tant de plus priv d'une ou de plusieurs parties, quelquefois seulement de la tte et d'autres tronons adjacents, semble sortir du centre de la rgion pigastrique de son grand frre. Ce second individu est un parasite qui n'a point ou fort peu de viscres, qui n'existe point par lui-mme, qui consiste en tguments, et dont les tguments BUFFON. COMPLM. T. IV. l5 226 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, sont nourris par les vaisseaux cutans du sujet adulte. On en voit des exemples pris de l'espce hu- maine dans des ouvrages anciens; et tout rcem- ment les officiers de la Thtis ont rapport le portrait en relief d'un Chinois nomm Ake qui se faisoit voir Canton , et qui appartenoit ce genre. L'au- teur en a tudi l'organisation dans des rptitions de la mme monstruosit qu'il a observes chez des individus de l'espce du chat et de celle du poulet. L'attention de M. Geoffroy s'est aussi porte sur une autre sorte de monstruosit qu'on dsigne sous le nom trs impropre d 'ventration } par o l'on en- tendoit exprimer des viscres formant hernie hors de la cavit abdominale. L'auteur avoit dj trait ce sujet, savoir quand les viscres sont entrans du ct de la poitrine , circonstance qui en vicie les or- ganes; ou quand ils sont abaisss, autre influence qui modifie lgrement les organes u rtro-sexuels. Ce premier systme organique fut dcrit sous le nom di hyper encphale, et le second sous celui 'as- palasome. Il a fait connotre l'anne dernire un troi- sime arrangement, plus riche en faits singuliers, qu'il nomme AGNE [tre entirement dpourvu d or- ganes sexuels) ; mais on voit distinctement dans tous le fait primitif de ces dviations. Lorsque les intes- tins sont encore logs en partie dans le cordon om- bilical, des brides qui les attachent au cordon et le ET ZOOLOGIE. 227 cordon aux membranes placentaires empchent leur refoulement vers l'abdomen, et la monstruo- sit qui s'est ainsi empare du sujet pendant sa vie embryonaire continue durant la vie ftale , et par- vient s'tendre davantage. Les organes urtro- sexuels y deviennent de plus en plus soumis. La vessie est refoule sur son col et sur le mat uri- naire, lesquels s'largissent indfiniment, et cela au point d'en laisser arriver le fond renvers au- dehors, et de la soustraire ses usages; car alors les orifices des uretres se ferment, et ces canaux grandissent par l'accumulation de l'urine. L'intes- tin rectum est aussi, un moment donn et par l'entranement de la vessie , violemment dchir. Sa nouvelle terminaison aboutit dans l'intervalle autre- fois circonscrit par le col de la vessie, et son mat externe est alors transform en un large cloaque commun. Les organes de la gnration ont disparu les vertbres sacres et coccygiennes sont ouvertes une chambre spacieuse existe entre leurs branches et la moelle pinire , au lieu de s'y terminer en fu- seau , est au contraire renfle , ramenant en ce lieu quelques gards les formes globuleuses de la par- tie crbrale. D'autres recherches ont occup M. Geoffroy- Saint-Hilaire au printemps de l'anne dernire, toujours dans la vue d eclaircir les questions de la 228 ANATOMIE ET PHYSIOLOGIE ANIMALES, monstruosit. Il a profit des facilits que lui offroit un tablissement o l'on fait couver des poulets par la chaleur artificielle, pour reprendre d'anciennes recherches sur la nature essentielle des organes, sur leur facilit se mtamorphoser, sur ce qui peut produire les diffrences dans les formes, les cou- leurs, et quelques dispositions naturelles des esp- ces. Il s'appliquoit clone faire dvier l'organisation en entravant sa marche par des obstacles , et il tu- dioit le nouvel ordre qu'elle suivoit dans les dvia- tions qu'il provoquoit en tenant l'uf dans certaines positions. Le poulet quittoit le centre de sa coquille pour aller contracter des adhrences aux mem- branes qui la revtent l'intrieur ; et alors ou toute la masse intestinale ne rentroit point dans la cavit abdominale ; ou les vertbres sacres toient sou- mises un spna-bifida et restoient ouvertes ; ou le cerveau faisoit hernie au-dehors de la bote cr- nienne ; ou bien encore les mchoires suprieures acquroient une grandeur dmesure, et le bec pre- noit alors la forme de celui des perroquets; ou c'- toient les infrieures, d'o rsultoit une autre forme, celle qui caractrise l'lphant. Ces recherches ont t entreprises pour essayer d'introduire quelques lments d'observation directe dans une des plus grandes questions de la philosophie , la prexistence des germes. M. Geoffroy-Saint-Hilaire a rsum ces ET ZOOLOGIE. 229 diffrentes recherches et celles qu'il avoit faites les annes prcdentes dans divers articles qu'il a com- muniqus l'Acadmie, et qui ont t runis et publics sous le titre de Considrations gnrales sur les monstres. MDECINE ET CHIRURGIE. ANNE 1809. M. Desessarts a lu l'Institut l'histoire d'une ma- ladie pidmique qui a rgn en mme temps dans trois villages voisins. Quoique dpendante gnra- lement de l'intemprie des saisons et de la mauvaise qualit des fruits, cette pidmie prsenta une va- rit sensible dans la nature et dans l'intensit des symptmes, ce qui ncessita des modifications es- sentielles dans le traitement. L'auteur fait voir que ces diffrences dpendoient de l'exposition parti- culire chacun de ces villages, de la qualit de leur terrain respectif, de leurs productions et du genre de vie de leurs habitants. M. Sage a prsent l'Institut des rflexions sur les moyens de remdier la piqre faite par l'ai- guillon de la vive, et une description des effets du venin de la tarentule, avec l'expos des moyens employs en Espagne pour y remdier. L'un et l'autre de ces moyens consiste faire usage de l'al- cali volatil intrieurement et extrieurement. M. Tenon continue d'enrichir la chirurgie des observations de sa pratique. Il a communiqu MDECINE ET CHIRURGIE. 23 I l'Institut trois mmoires, Fun sur l'exfoliation des os, le second sur un trpan au crne, et le troi- sime sur quelques hernies. Dans le premier il re- cherche si les os des grandes extrmits du corps s exfolient la suite de l'amputation, et il rsulte de ses nombreuses expriences sur des chiens , des lapins, et des moutons, qu' la suite de toutes les amputations l'extrmit dnude des os longs s'ex- folie, ainsi qu'il arrive aux os plats dnuds, avant qu'ils soient revtus d'une cicatrice. Dans le second il donne la description de tous les phnomnes qui se sont passs dans la gurison d'une plaie la tte, la suite de laquelle le trpan fut appliqu, et qui exigea cent cinquante-un jours de traitement. Dans le troisime il dcrit un moyen ingnieux qu'il a mis en usage pour la rduction de deux hernies crurales, et fait* des observations sur l'op- ration d'une hernie inguinale. Pour parvenir la rduction de ces deux hernies crurales, je fis monter, dit M. Tenon , sur le lit le chirurgien herniaire, le lis placer entre les genoux du ma- lade, les lui fis lever le plus haut qu'il put; les oreillers tant retirs, j'employai une autre per- sonne tenir la jambe et les pieds du ct de la hernie tendue, et dverser le gros orteil forte- ment en dedans, ainsi que le genou et la cuisse. Quand les choses furent arrives cet tat, M. Te- 232 MDECINE non parvint par degrs faire rentrer dans ie ventre les intestins; de sorte que le malade fut dispens de supporter l'opration, et M. Tenon de la faire. M. Pelletan nous a fait part d'intressantes ob- servations sur les anvrismes et les oprations chi- rurgicales que ces maladies exigent. M. Larrey a soumis l'Institut un mmoire sur lequel il a t fait un rapport, et qui a pour objet la ncessit , dans les plaies d'armes feu suivies de gangrne des membres, de ne pas attendre que la gangrne soit borne pour faire l'opration. ANNE 1810. Ds la plus haute antiquit les blessures l'aine ont t regardes comme mortelles; c'est presque toujours l'aine qu'Homre fait frapper les guer- riers qu'il veut faire prir, et Pompe, la bataille de Pharsale, ordonnoit ses soldats de viser cette partie du corps. Le danger de ces blessures, comme de celles de Faisselle et du i arrt, tient aux <*ros vaisseaux, et sur-tout aux artres qui sont presque immdiatement sous la peau dans cet endroit ; mais aujourd'hui la chirurgie est assez hardie pour ne pas toujours redouter ces sortes de lsions ; elle va chercher ces artres, et mme de plus profon- des, pour les lier et arrter les hmorrhagies moi- telles que leur rupture occasione. M. Percy nous a ET CHIRURGIE. 233 donn, dans un mmoire ce sujet, l'histoire de plusieurs oprations de ce genre , qu'il a pratiques dans les dernires campagnes, et dont la plupart ont rpondu ses expriences. M. Portai, qui a commenc il y a plus de trente ans publier ses Observations sur l'apoplexie, en a prsent cette anne l'Institut, et va bientt en livrer au public les rsultats gnraux. On sait que l'ouverture des corps a fait reconnotre dans le cer- veau des apoplectiques, tantt du sang, tantt de l'eau panche ; que ion a cru pouvoir distin- guer l'inspection des malades les apoplexies de la premire espce, au teint enflamm, au pouls dur et plein; et celles de la seconde, au teint ple, au pouls foible, etc.; enfin que l'on prescrit d'or- dinaire la saigne pour les premires, et 1 emtique pour les autres. M. Portai prouve par une foule d'observations que les signes admis pour distinguer l'apoplexie sanguine de l'apoplexie sreuse sont illusoires ; il distingue les apoplexies par leurs causes, dpen- dantes ou de la disposition du corps ou de circon- stances extrieures, et montre que d'aprs sa propre exprience et celle des grands praticiens de tous les temps, la saigne tient le premier rang parmi les remdes que l'on peut opposer cette maladie cruelle. 234 MDECINE M. Pelletan vient de publier trois volumes sur tous les points de l'art chirurgical, auxquels son exprience et ses observations ont pu ajouter des perfectionnements. Tous les faits qu'il rapporte ont t observs par lui ; et les rflexions auxquelles ils ont donn lieu ont cette empreinte originale qui appartient toutes celles que la nature suggre. Il y traite de la bronchotomie, de lanvrisme externe et interne, des maladies syphilitiques, des hmor- rhagies, des vices de conformation du cur, de l'amputation, des panchements, etc.; et il parle aussi de quelques parties de la mdecine lgale , et de la physiologie. Cet ouvrage, qui est ddi l'Institut, est le fruit de quarante annes d'exp- riences dans un homme qui a occup toutes les places qui peuvent fournir l'occasion d'en faire, et qui a ncessairement d tre appel toutes les consultations remarquables de la capitale ; c'est assez dire combien il est riche et digne d'attirer l'attention des gens du mtier. On y trouve plu- sieurs des mmoires dont nous avons rendu compte dans nos analyses prcdentes. L'ouvrage important de M. Sabatier, qui traite de la mdecine opratoire , a paru pour la pre- mire fois en 1 796 ; l'dition s'puisa promptement, et l'on en a fait deux contrefaons. Vingt ans de guerre ont d multiplier les connoissances chirur- ET CHIRURGIE. 235 oieales, et faciliter les travaux des nouveaux chi- rurgiens, et cependant personne n'a pu clipser le mrite de cet excellent livre. Conu par un homme qui a profondment mdit son sujet, il ne con- tient rien d'inutile, et semble ne laisser rien de ncessaire dsirer. Les hommes de l'art y trouvent exercer leur jugement sur tous les cas qui peu- vent se prsenter, et sur toutes les mthodes pro- poses pour les traitements. La nouvelle dition en trois volumes, qui vient de parotre, se distingue encore par un nouvel ordre ; la correction et la prcision du style, qui l'ont toujours fait remar- quer parmi les autres productions de ce genre, s'y trouvent portes encore un plus haut point ; en- fin l'auteur y a fait plusieurs chapitres des addi- tons importantes. M. Dumas , correspondant et doyen de la facult de mdecine de Montpellier, a rendu compte d'une mthode ingnieuse par laquelle il est parvenu gurir une pilepsie. Ayant remarqu que les accs toient -peu-prs en mme nombre dans les espa- ces de temps gaux, et que le malade les acclroit chaque fois qu'il faisoit usage de liqueurs fortes , il imagina d'employer ce moyen pour leur donner une priodicit rgulire; et ayant obtenu cette marche, il administra le quinquina. La vertu anti- priodique de ce remde produisit son effet, et ce 236 MDECINE ne fut qu'en donnant ainsi au mal la forme qui le soumettait en quelque sorte ce remde que l'on en obtint la gurison. ANNE 1811. M. Chaussier, correspondant et professeur la facult de mdecine, a communiqu un mmoire sur cette maladie si dangereuse pour les femmes en couches, que Ton connot sous le nom de fivre puerprale , ou de pritonite. Long-temps les mde- cins ont cru qu'elle tait due un panchement laiteux , parceque l'on trouve dans l'abdomen des personnes qui en sont mortes un fluide sreux ml de flocons semblables de la substance ca- seuse ; mais M. Chaussier fait voir que ces matires n'ont de commun avec le lait que des apparences fausses: il cite des exemples d'une maladie toute semblable qui attaque des hommes et des jeunes filles ; il montre que c'est une maladie catarrhale ; il explique, d'aprs les changements de constitution qu'entranent la grossesse et l'accouchement, pour- quoi les femmes en couches y sont plus exposes que les autres individus ; et, ce qui est encore plus important, il annonce avoir obtenu, dans beau- coup de cas , contre la fivre puerprale , les succs les plus marqus, de l'emploi des bains de vapeurs et des frictions de pommade mercurielle sur le bas- ET CHIRURGIE. 287 ventre. C'est un heureux rsultat des frquentes oc- casions que M. Chaussier a trouves d'observer cette maladie l'hospice de la Maternit, dont il est le mdecin depuis plusieurs annes. Chacun sait que la surdit est une des maladies les plus rebelles aux efforts de l'art , en mme temps que c'est une de celles qui donnent le plus de tris- tesse aux personnes qui en sont affectes; l'heureux supplment imagin par des hommes aussi ing- nieux que charitables ne seroit qu'un foible pal- liatif auprs d'un moyen assur de rendre la sensa- tion aux malheureux qui l'ont perdue, ou qui n'en ont jamais joui. M. tard , mdecin de l'cole des Sourds-Muets , vient d'y russir une fois, et a prsent l'Institut un expos dtaill de sa mthode et des suites heu- reuses qu'elle a eues. L'oreille est compose de trois parties , dont cha- cune peut donner lieu plusieurs causes de surdit. La plus profonde se nomme le labyrinthe : compose de cavits et de canaux assez compliqus, remplis d'une humeur glatineuse dans laquelle s'panouis- sent les filets du nerf auditif, elle est le vritable sige de l'oue ; des altrations quelconques , dans l'humeur qui la remplit, ou dans les filets nerveux qui s'y rendent, peuvent occasioner une surdit d'autant plus incurable qu'aucun remde externe 238 MDECINE ne peut pntrer dans cette partie de l'oreille, et que Ton ne connot point encore de rehide interne qui puisse y exercer srement son action. Les deux autres parties de l'organe de l'oue sont heureusement moins inaccessibles. La plus ext- rieure, nomme mat auditif, communique avec le dehors , et le chirurgien peut aisment y enlever les excroissances et la cire endurcie qui ont quel- quefois empch d'entendre. Enfin la partie inter- mdiaire de l'oreille qui se compose de la caisse du tympan et de la trompe dEustache communique par cette trompe avec larrire-bouche, mais elle est spare du mat auditif par la membrane du tympan. La caisse renferme un appareil compliqu d'osselets dont l'usage , quoique incertain , est pro- bablement relatif l'exercice de l'oue, et l'on con- oit que si elle est obstrue , le sens peut en tre al- tr ou mme dtruit; Ton sait aussi par exprience qu'une communication libre de la caisse avec la bouche, par le canal de la trompe, est ncessaire pour bien entendre , quoique l'on n'ait aucune no- tion positive sur les causes de cette ncessit. On rapporte un exemple d'un homme qui s'toit guri d'une surdit en faisant pntrer des injec- tions dans la caisse au travers de la trompe; mais cette voie doit tre trs embarrasse. Long-temps on a hsit en ouvrir une plus di- ET CHIRURGIE. 23o, recte en perant la membrane du tympan, parce- que Ton croyoit l'intgrit de cette membrane n- cessaire l'oue. Cependant le tour de certains charlatans qui font sortir de la fume de tabac de leur bouche par l'oreille prouvoit le contraire; et en effet, dans ces derniers temps, M. Astey-Cow- per, chirurgien de Londres, a, dit-on, pratiqu la perforation du tympan sur quelques sourds avec succs , et son exemple a t suivi par quelques chirurgiens allemands; mais comme on ne peut savoir d'avance si la cause de la surdit est dans la caisse ou dans le labyrinthe, il est arriv souvent que cette perforation n'a rien chang l'tat du malade. Cependant M. Itard , pensant que les obstruc- tions de la caisse et de la trompe doivent tre des causes assez frquentes de surdit, bien assur d'ail- leurs qu'il ne risquoit rien faire des essais sur des sourds avrs qu'aucun autre moyen n'avoit pu gurir, a aussi essay de perforer le tympan d'un jeune sourd-muet, et lui a fait dans la caisse, par cette voie, des injections d'eau tide qui ont rendu en peu de temps l'oue cet intressant jeune homme. Le bonheur qu'il a prouv en retrouvant -ia-fois un sens de plus , et un moyen nouveau d'exprimer ses ides , les manires diverses dont il a tmoign ce bonheur, forment dans le mmoire 2/io MDECINE de M. Itard un tableau touchant, et bien fait pour exciter l'intrt de toutes les classes de lecteurs. Parmi les nombreuses oprations que les vne- ments si communs la guerre ncessitent de la part du chirurgien militaire, il en est peu de plus ha- sardeuses , de plus rarement couronnes par le suc- cs , que l'amputation du bras dans son articulation avec 1 paule; et, parmi les accidents qui viennent souvent troubler l'espoir du chirurgien , il n'en est point de plus cruel que le ttanos , ou cette roideur convulsive qui s'empare, dans certaines circonstan- ces , du corps des blesss , et les conduit une mort d'autant plus affreuse qu'elle n'affecte nullement les facults intellectuelles. M. le baron Larrey, dont l'exprience dans la chirurgie militaire est proportionne aux guerres meurtrires qui la lui ont fournie, et aux thtres aussi divers qu'loigns o il a t successivement transport avec les armes franoises, a prsent l'Institut des mmoires sur ces deux sujets. Dans le premier il cite quatorze exemples d'am- putations heureuses du bras dans l'article, et dans le second il rapporte les effets presque miraculeux qu'il a obtenus du feu contre le ttanos, en l'appli- quant aux points o il jugeoit que devoit se trouver le centre de l'irritation nerveuse. L'aspersion d'eau froide , fort recommande par des mdecins anglois ET CHIRURGIE. 24l et allemands , ne lui a au contraire jamais donn de rsultats satisfaisants. Une autre maladie, qui n'ajoute que trop sou- vent ses ravages ceux de la guerre , c'est cette sorte de fivre putride qui nat dans lieux o des hommes sont entasss en trop grand nombre, et que Ton a nomme fivre d'hpital, de vaisseau ou de prisons. M. Masuyer, professeur la facult de Strasbourg, a adress l'Institut un mmoire o il assure que l'actite d'ammoniaque, ou esprit de mindererus, donn haute dose, a produit des effets trs mar- qus, et considrablement diminu la mortalitdans les hpitaux o cette fivre rgnoit. Ceux de Paris sont aujourd'hui si bien tenus qu'heureusement les membres de la section de mdecine n'ont pu avoir occasion de vrifier l'assertion de M. Ma- suyer; mais ils ont constat au moins que l'usage de ce remde, dans les fivres putrides ou adyna- miques ordinaires, empche la formation de ces crotes noirtres qui couvrent la langue et les gen- cives des malades ; ce qui ne peut que donner une bonne ide de sou action sur la maladie. Parmi les ouvrages de mdecine publis cette anne par les membres de l'Institut ou par ses cor- respondants, nous avons citer principalement l'ouvrage sur la nature et le traitement de [apoplexie, de M. Portai , dont nous avons donn quelque ide liUFFON. COMPLEM. T. IV. 242 MDECINE l'anne dernire; la deuxime dition du Trait des maladies organiques du cur, de M. le baron Corvi- sart; les discours, mmoires, et observations de mdecine de feu M. Desessarts ; le grand Trait des hernies y de M. Scarpa, professeur Pavie; et le Manuel de mdecine pratique de M. Odier, profes- seur Genve. ANNEE 1812. Aprs douze ans d'expriences faites dans tous les pays civiliss depuis la dcouverte de la vaccine, l'Institut a pens qu'il toit utile de rassembler les rsultats de l'observation sur un objet si important pour l'humanit. Un autre motif rendoit ce travail ncessaire. Des objections et des doutes avoient t levs par des hommes instruits, et dont le tmoi- gnage toit fait pour avoir de l'influence sur l'opi- nion publique. On a mme t jusqu' mettre en question si l'inoculation de la petite-vrole, consi- dre et comme prservatif, et, dans quelques cas , comme remde de diverses maladies, n toit pas encore prfrable celle de la vaccine , ou ne mri- toit pas au moins d'tre conserve conjointement avec elle. MM. Berthollet, Percy, Halle, commissaires, se sont occups des recherches ncessaires pour sa- tisfaire aux intentions de la compagnie, et ont pr- ET CHIRURGIE. 243 sente, par l'organe de M. Halle, un rapport tendu dont l'Institut a ordonn l'impression. Ils y ram- nent les divers points de la discussion six questions principales. Sous leurs diffrents titres ils runissent d'une part, autant qu'il leur a t possible, tout ce qui a t authentiquement et exactement recueilli sur les effets de la vaccine, en Europe et dans les contres o les Europens ont pu faire adopter la vaccination. Us rapprochent ainsi un grand nombre de faits observs sur -tout en France, en Angleterre, en Italie, dans les Indes orientales, et dans les Amri- ques , et vus sur des individus de classes, de consti- tution, de genre de vie, d'habitudes, et de murs trs diffrents. D'une autre part ils cherchent valuer les faits principaux sur lesquels ont t fondes les objections les plus raisonnables, qu'ils ne cherchent point luder ni dissimuler. Com- parant ainsi la somme apprciable et calculable des observations, ils sont conduits ncessairement, et par des consquences aussi exactes qu'on les peut obtenir dans une matire semblable, aux conclu- sions par lesquelles ils terminent leur rapport ; sa- voir : Que l'insertion du virus vaccin n'introduit point dans le corps une matire qui puisse y porter un trouble remarquable, et qui ait besoin d'tre ex- iG. 244 MDECINE puise par un mouvement comparable celui qui rsulte de l'inoculation; que les ruptions qui se sont jointes quelquefois, lors des premires vacci- nations, aux effets ordinaires de la vaccine, toient dues non pas au virus lui-mme, mais des cir- constances le plus souvent connues et dtermina- ntes au milieu desquelles ces vaccinations stoient faites ; Que les vnements malheureux observs dans quelques cas ont tenu videmment des causes trangres qui se sont dveloppes pendant le cours de la vaccine , ou qui, dj existantes, ont acquis une intensit due non pas, comme on l'a dit, l'accession du virus vaccin, mais l'tat particulier des sujets; Que les dsordres conscutifs, quand ils ne se rapportoient pas des maladies prexistantes , ont videmment t des cas trs particuliers tenant des circonstances individuelles, et que leur nom- bre n'ayant aucune proportion avec la somme immense des observations exemptes de suites f- cheuses, ils ne peuvent donner lieu aucune con- squence gnrale ; Que ces observations malheureuses, en les sup- posant incontestables, sont plus que compenses par les nombreux exemples de maladies chroni- ques et rebelles qui ont compltement et inopin- ET CHIRURGIE. 2Zp ment cess la suite des vaccinations; exemples qui, compars ceux d'effets semblables de l'inocu- lation ordinaire, et sur-tout si l'on met en ligne de compte la diffrence d'intensit et de danger des deux maladies, donnent toute supriorit au virus vaccin ; Enfin que la vertu prserva tive de la vaccin, quand le virus a t pris dans les circonstances au- jourd'hui bien dtermines qui en assurent la pu- ret, et que son dveloppement a t complet, est pour le moins aussi assure que celle de la petite- vrole elle-mme, et que la vaccine jouit de plus de l'avantage immense pour la socit de circon- scrire les pidmies varioliques, et peut faire raison- nablement esprer, si sa pratique continue d'tre encourage, que l'on verra enfin disparotre l'un des plus dplorables flaux dont l'humanit ait eu gmir. M. Portai a donn encore une nouvelle dition de son Trait sur les asphyxies, ouvrage imprim et rpandu par ordre du gouvernement pour l'in- struction du peuple, et qui a probablement sauv la vie des milliers de citoyens depuis qu'il circule en France , et par les nombreuses traductions qu'on en a faites dans tout le reste de l'Europe. M. Dumas, correspondant et doyen de la facult de mdecine de Montpellier, a publi un ouvrage 2Z[6 MDECliNE considrable intitul Doctrine gnrale des maladies chroniques, o il embrasse en effet ce sujet impor- tant sous les points de vue les plus gnraux et les plus levs. Ne se bornant point aux formes ext- rieures de ces maladies, il remonte aux principes de leurs phnomnes , en dterminant par l'analyse les affections simples dont elles se composent, et qui peuvent tre considres comme leurs lments. Une comparaison suivie des maladies aigus et des maladies chroniques lui fait conclure qu'il n'y a point de caractre assez constant pour sparer d'une manire absolue ces deux genres d'affections. Dans le tableau des maladies chroniques il fait voir, entre autres considrations , que le dfaut de nutri- tion et l'amaigrissement sont amens plus promp- tement par celles dont le sige est fix sur les or- ganes de la respiration que par celles qui affectent les organes de la digestion; il fait connotre des rapports constants entre certaines formes extrieu- res et les dispositions diverses maladies chroni- ques, d'o il dduit le caractre propre chacune d'elles. L'tude des rvolutions naturelles ces maladies lui a fait reconnotre une priode d^irnminence o il est encore possible de prvenir leur formation ; diffrents genres de crises qui peuvent y survenir, et ce qui peut rendre ces crises avantageuses ou ET CHIRURGIE. 2/{y nuisibles; enfin les diffrentes mtamorphoses des maladies aigus et chroniques , et rciproquement , ainsi que les causes et les effets de ces variations. La dtermination des affections simples dont ces maladies se composent, ou, en d'autres termes, de leurs lments pathologiques, lui a paru del plus grande importance, puisqu'elle donne en quelque sorte les moyens de les simplifier en attaquant les lments l'un aprs l'autre, commencer par les plus influents. C'est ce point de vue fondam entai qui lui a servi pour expliquer leur formation, et pour dterminer d'une manire solide les principes de leur traitement; mais pour cet effet il a d s'at- tacher sur-tout tracer une ligne de dmarcation prcise entre les affections lmentaires essentielles, et celles qui n'existent que comme symptmes. Il s'est ainsi lev par degrs aux phnomnes gnraux, et est parvenu les dduire d'un petit nombre d'affections primitives. Sa thorie de la formation des maladies chroniques se rduit donc aux rapports de leurs affections lmentaires entre elles, et ceux que ces mmes affections ont avec les systmes d'organes qu'elles occupent. M. Dumas traite, d'une manire qui parot lui tre propre, tout ce qui regarde la disposition g- nrale aux maladies chroniques; il tablit une dif- frence entre la constitution et le temprament qui 248 MDECINE sont quelquefois opposs l'un l'autre , et dont l'opposition est la eause la plus directe d'une ten- dance l'tat chronique. Il value l'influence des ges par ses rapports avec les affections lmen- taires, d'o rsultent une disposition de chaque ge diverses sortes de maladies, des modifications dans les maladies communes tous les ges , et des changements avantageux ou nuisibles dans la mar- che de chaque maladie. Il traite des passions d'aprs des vues analogues. Chacune d'elles peut se dcomposer en un certain nombre d'affections simples que l'analyse mtaphy- sique reconnot et numre. Enfin M. Dumas, arriv sa dernire partie, qui est celle du traitement, y donne la confirmation de la justesse de sa doctrine, en faisant voir que toutes les grandes mthodes prouves de traitement se laissent aisment ramener aux principes qu'il a tablis; il termine par des considrations intres- santes sur les maladies hrditaires et sur les mala- dies incurables. Dans un appendice M. Dumas donne plusieurs exemples de la manire dont il croit que pourroient tre faites les histoires particulires et dtailles des affections lmentaires. Un second ouvrage qu'il nous promet tablira et claircira, par des exem" pies tirs de sa pratique, tout ce que cette doctrine ET CHIRURGIE. 249 gnrale, par sa nature mme, peut encore avoir de difficile et d'abstrait. ANNE 1813. M. Chambon a aussi lu un mmoire sur les dan- gers que courent les anatomistes dans leurs dis- sections , et sur les moyens de les prvenir et d'y remdier; ils sont quelquefois effrayants; mais heureusement ils sont rares , et leurs remdes aussi bien que leurs prservatifs rentrent dans la classe de ceux que la mdecine recommande contre la contagion et les plaies envenimes. M. Orfila, jeune mdecin espagnol, a prsent un grand ouvrage sur les poisons considrs sous le rapport de la mdecine et de la jurisprudence. L'Institut n'en a encore vu que le premier volume, qui traite des poisons tirs du mercure, de l'arse- nic, de l'antimoine, et du cuivre. L'auteur a fait beaucoup d'expriences sur les diffrences que la prsence des aliments occasione dans la manire dont les poisons se comportent avec les ractifs, diffrences qui peuvent en certains cas en masquer les proprits et empcher de les reconnotre : il a ndiqu toutes les prcautions prendre par les ex- perts pour rpondre avec fidlit la justice lors- qu'elle les consulte. 11 a cherch sur-tout avec le plus grand soin vrifier tous les moyens connus 25o MDECINE d'arrter les effets dltres de ces poisons, et trouver de nouveaux remdes quand les anciens ne remplissoient pas son attente. Ainsi l'antidote du sublim corrosif est, selon M. Orfila, l'albumine ou blanc d'uf dlay dans l'eau; et celui du vert-de- gris, le sucre ordinaire en morceaux, rsultat heureux auquel la thorie n'auroit sans doute pas conduit. M. Pictet, fidle au devoir qu'il s'est fait d'in- struire l'Institut de ce que sa vaste correspon- dance offre de plus curieux sur les sciences que nous cultivons, a communiqu cette anne des observations intressantes de mdecine et de chi- rurgie; l'une d'elle aurait assurment pass pour miraculeuse dans ces temps o une pieuse crdulit se plaisoit voir dans chaque vnement une inter- vention particulire et immdiate de la divinit : c'est la gurison d'un homme dont la poitrine avoit t traverse en totalit par un brancard de cabrio- let. Une autre est d'un grand intrt , en ce qu'elle donne l'espoir d'arriver un traitement heureux de la rage, cette maladie la plus dsesprante peut- tre pour l'art et pour l'humanit; un hydrophobe bien constat a t guri dans l'Inde par des sai- gnes faites jusqu' dfaillance, et rptes chaque fois qu'il y avoit rcidive. Le bonheur d'une telle dcouverte a t d'autant plus vivement senti que, ET CHIRURGIE. 25 I [>eu de jours auparavant, M. ie baron Percy avoit lu l'Institut la relation de l'affreux vnement arriv au mois d'octobre de l'anne dernire Bar- sur-Ornain, o, dans une seule matine, un loup enrag donna prs de vingt personnes les germes dune mort cruelle. Une troisime observation faite Genve, et communique par M. Pictet, n'a pas t si heureuse. Un soldat qui prsentoit toutes les apparences du croup prouva sans succs l'opra- tion de la trachotomie. M. Pictet nous a encore fait part d'une relation intressante de la peste qui a rgn dans le port russe d'Odessa, par M. Charles Pictet, son neveu , dont le dvouement a efficacement contribu en arrter les ravages. M. Portai a publi un ouvrage important sur la nature et le traitement des maladies du foie, o il a consign le rsultat de sa longue exprience sur les affections d'un organe dont la grande influence en sant et en maladie est si bien exprime dans l'pigraphe choisie par l'auteur: Quanto macjis ad sanilatem prodest, tanto et deterius in morbis afficilur. Notre respectable confrre M. Tenon , qui, mal- gr un temprament dlicat et une jeunesse qui ne lui promettoit pas de longs jours, a conserv force de soins les facults de son corps et de sa tte si loin au-del du terme accord au grand nombre 252 MDECINE des hommes, a voulu nous laisser les secrets qu'il a heureusement prouvs sur lui-mme : son Offrande aux vieillards de quelques moyens pour prolonger leur vie est un code de longvit, dict par la science et l'exprience; mais pour en tirer le mme parti que l'auteur il faut y joindre comme lui une situa- tion tranquille, les douces occupations de l'esprit, et le calme d'une ame bienfaisante et pure. ANNE 1814. M. Delpech , professeur de chirurgie Montpel- lier, a adress l'institut un mmoire sur la pour- riture d'hpital, espce de gangrne qui survient aux plaies quand les blesss sont trop accumuls, l s'est assur que cette maladie funeste, et dont peu de praticiens ont parl, est essentiellement le produit dune contagion locale; elle se propage par le linge, par la charpie, et par les instruments. Elle prend une marche plus lente quand on peut dplacer les blesss ou les exposer un courant d'air; les soins les plus minutieux de propret sont ncessaires pour l'empcher de se rpandre; mais le seul vrai remde, selon M. Delpech, est de d- traire la vie par le cautre actuel dans les parties qui eu sont affectes. Il y a quelques annes que M. Maunoir, chirur- gien de Genve, ft parvenir un mmoire sur les ET CHIRURGIE. 253 avantages de la mthode d'amputation invente en Angleterre, et qui consiste couper la peau plus bas que l'os et les muscles, et de manire en conserver assez pour recouvrir le moignon en la rapprochant immdiatement. M. Roux, chirurgien de Paris, en a prsent un sur le mme sujet, o il fait voir, d'aprs son exp- rience, que cette mthode diminue les souffrances du bless, quelle prvient les hmorragies et la suppuration, qu'elle acclre beaucoup la gurison de la plaie, et qu'elle laisse le moignon dans un tat plus commode et sujet moins d'accidents. Il indi- que les prcautions ncessaires pour viter quel- ques inconvnients que lui reprochoient ceux qui la pratiquoient mal, et sur- tout pour mnager au sang et au pus, s'il s'en produit, une issue suffi- sante. M. Percy, notre confrre, qui l'emploie de- puis sa jeunesse, et qui, comme il le dit lui-mme, a eu le triste avantage de faire ou d'aider faire plus d'amputations que peut-tre aucun chirur- gien qui ait exist, exprime hautement dans son rapport le vu que le travail de M. Pioux puisse bientt rendre gnral un procd si utile. Deux jeunes chirurgiens de Paris, MM. Lisfranc et Gham penne, ont fait connotre une mthode qu'ils ont imagine pour l'amputation du bras dans son articulation suprieure, l'une des oprations 254 MKDECINE les plus difficiles de leur art : en faisant pntrer l'instrument sous les deux prominences de l'omo- plate, nommes acromion et apophyse coracode, ils arrivent immdiatement dans la capsule articu- laire, et terminent l'opration plus vite que par aucun des procds employs avant eux. M. de Saissy, chirurgien Lyon, a obtenu des succs contre plusieurs surdits, en faisant des in- jections dans la caisse du tympan par la trompe dEustache : il a envoy l'Institut la description de sa mthode, et l'histoire des cures qu'il a op- res. Le Trait sur les poisons de M. Orfila, dont nous avons annonc le premier volume dans notre rap- port de l'anne dernire, a t continu, et le se- cond volume en a t soumis l'Institut en manu- scrit. Il traite des effets dltres des prparations de l'tain, du zinc, de l'argent, de l'or, ainsi que des acides minraux concentrs, des alcalis causti- ques, du phosphore, des cantharides, du plomb, et de l'iode, et contient un appendice sur les contre- poisons du sublim corrosif, et de l'arsenic. L'au- teur y expose avec soin, et d'aprs des expriences neuves et exactes , l'effet physiologique de ces sub- stances, soit avales, soit injectes dans les veines. Le lait, suivant M. Orfila, est le contre-poisoi du muriate detain ; le sel marin, du nitrate d'ar ET CHIRURGIE. 255 gent ou pierre infernale; la magnsie calcine, des acides, pourvu qu'on l'emploie trs promptement; les sulfates de soude et de magnsie ou sel de glau- ber et d'epsom , quand on les prend en grande quantit et plusieurs reprises, arrtent l'effet des sels de plomb et de baryte, et l'acide actique est le remde l'action des alcalis. M. Orfila prouve que le charbon qui avoit t recommand contre le sublim et l'arsenic n'y peut faire aucun bien : c'est gagner beaucoup que de connotre l'inefficacit d'un remde contre des maux o l'on n'a le temps d'en employer aucun d'inutile. ANNE 1815. - Il y a plus d'un demi -sicle que le chirurgien Garengeot prtendit avoir vu reprendre un nez qui, dans une querelle, avoit t entirement arra- ch avec les dents, jet dans la boue, et refroidi. On ne tmoigna d'abord pas mme de la surprise ; mais bientt le miracle fut rvoqu en doute : on se moqua presque gnralement du narrateur, et per- sonne ne tenta d'imiter la prtendue opration. Ce- pendant on vient d'attester juridiquement un fait non moins extraordinaire arriv en Ecosse. Un doigt entirement dtach a repris en peu de jours, en perdant seulement l'ongle. l parotroit mme, d'- 256 MDECINE prs divers auteurs du XVI e sicle, que l'on parve- noit quelquefois rparer un nez perdu en y ratta- chant un morceau de la chair du bras. M. Percy; qui auroit eu plus d'occasion que per- sonne de pratiquer ces greffes animales, et qui les a essayes plus d'une fois, qui en a tent mme sur des chiens dont les plaies gurissent si aisment, n'a jamais pu russir. Il a vu reprendre des mem- bres ou des parties de chair coupes qui ne tenoient plus que par un petit lambeau ; mais ce lambeau a toujours t pour lui une condition ncessaire. Il ne prtend pas cependant que d'autres ne puissent tre plus heureux ; au contraire il engage les chi- rurgiens tout essayer pour rendre enfin vulgaire, si cela est possible, une opration qui au premier coup d'il semble contrarier toutes les ides que nous nous faisons de l'conomie animale dans les espces d'ordre suprieur. Les chirurgiens ont reconnu depuis long-temps que dans le cas o l'extrmit antrieure du pied est seule aficte de carie ou de gangrne, il vaut mieux la retrancher partiellement que d'enlever le pied entier, ou de couper mme l'extrmit de la jambe; car ce qui reste du pied est encore fort utile pour la marche: cependant l'on a pendant bien des annes entirement nglig de faire ainsi l'o- pration, et ce n'est gure que depuis 1789 que ET CHIRURGIE. 267 MM. Percy et Chopart l'ont remise en pratique, mais entre des os diffrents. H y a quelque diffi- cult trouver promptement les lignes d'articula- tion des os , et MM. Richerand , Dupuytren , Roux , et Villerm , ont indiqu diffrents points de repre pour se guider dans cette recherche. M. Lisfranc- Saint-Martin , dans un mmoire lu l'Institut, en a indiqu encore quelques autres : mais un incon- vnient gnral dont il parle c'est l'entranement en arrire, ou l'extension force de ce reste de pied, que produit souvent l'action des muscles du mollet, quand elle n'est plus contre-balance par celle des muscles antrieurs de la jambe, sur-tout quand on ne conserve pas le premier cuniforme auquel s'insre le plus puissant de ces derniers muscles. L'auteur recommande particulirement ce point l'attention des oprateurs. M. Lveill, mdecin de Paris, a prsent plu- sieurs faits intressants et classs avec mthode sur les maladies dont le cours est interrompu par l'in- tervention d'autres maladies, et qui le reprennent lorsque ces dernires sont guries. M. Larrey, inspecteur du service de sant mili- taire, a rappel l'attention sur plusieurs ides con- tenues dans l'ouvrage qu'il a publi en 1 81 2 , sous le titre de Mmoires de chirurgie militaire, etc. Ne pouvant entrer dans ces dtails pour lesquels le BUFFON. COMPLM. T. IV, 17 258 MDECINE public peut d'ailleurs recourir l'ouvrage imprim, nous rappellerons seulement l'amputation du bras dans son articulation suprieure, l'un des princi- paux titres de la gloire chirurgicale de l'auteur par la sret qu'il y a apporte , au moyen d'un procd particulier aussi simple qu'expditif, et par une constance trs remarquable dans le succs, puis- qu'il a toujours sauv quatre-vingt-dix malades sur cent. lies deux dernires parties du Trait gnral des poisons de M. Orfda, jeune mdecin espagnol, ont t prsentes l'Institut avant d'tre, livres la presse. L'auteur y traite, avec son attention et sa sagacit ordinaires, des poisons vgtaux et ani- maux qu'il divise , avec M. Fodr , en poisons acres, narcotiques, narcotiques acres, et septiques. Les pre- miers produisent une vive inflammation , mais une partie d'entre eux se borne exercer une action sympathique sur le cerveau, qui est la cause prin- cipale de la mort; d'autres au contraire sont absor- bs , et agissent directement sur le cerveau. L'opium n'est ni un excitant ni un narcotique, mais son action est toute particulire. Il commence par stu- pfier, et dveloppe ensuite des douleurs aigus et des convulsions horribles. L'auteur prouve, contre Fontana, que l'eau distille de laurier-cerise injec- te dans les veines est mortelle , mme petite dose. ET CHIRURGIE. 2$g Les solanums font peu de mal clans nos climats, et c'est probablement pour les avoir confondus avec la belladone qu'on a cru le contraire. Les exprien- ces les plus prcises ont prouv l'auteur que les acides, Feau, et les boissons mucilagineuses, em- ploys contre les narcotiques, acclrent la mort, mais que l'eau acidule est trs utile quand le poi- son a t rejet par l'mtique. L'infusion de caf et la saigne le sont galement. Parmi les narcotiques acres se trouvent l'upas , le camphre, l'ther, etc. Le camphre aval ou in- ject agit sur le cerveau et sur la moelle, et produit immdiatement l'asphyxie. En petits morceaux il ulcre d'abord l'estomac, et cause une mort plus lente. L'introduction de l'air dans les poumons est bonne contre tous ces poisons qui occasionent t'asphyxie. L'auteur termine son ouvrage en dcrivant les maladies spontanes que l'on pourroit confondre avec l'empoisonnement, telles que l'indigestion, le cholra-morbus, etc. , et en donnant les moyens de reconnotre la nature dune substance vnneuse introduite dans les intestins, malgr les altrations qu'elle peut y avoir subies; problme le plus im- portant de la mdecine lgale, et de la juste solu- tion duquel peuvent dpendre la vie de bien des innocents et la punition de bien des coupables. 7- 2O MDECINE Un article entirement neuf est celui qui a pour objet de distinguer si le poison a t introduit pendant la vie ou aprs la mort; car il est arriv quelquefois que des sclrats ont eu recours ce dernier moyen pour livrer au tribunaux des inno- cents, objets de leur haine. L'auteur, aprs avoir employ trois annes en- tires aux pnibles expriences qui ont servi de base son livre, se propose, en retournant dans son pays natal , d'en faire de semblables sur les plantes vnneuses du midi de l'Europe. On ne peut que s'attendre encore d'importants rsultats de la part d'un observateur si habile et si zl ; et l'Institut, qui il promet de continuer la commu- nication, de ses recherches, s'est empress de l'in- scrire parmi ses correspondants. ANNE 1816. Si l'ignorance en mdecine est souvent dange- reuse, elle n'est peut-tre jamais plus terrible que dans les cas o, appele clairer la justice, elle 1 gare par des rapports inconsidrs et qui peuvent attirer sur l'innocence le supplice et la honte rser- vs au crime. Aussi l'ouvrage que M. Ghaussier a entrepris sur la mdecine lgale , et qui a pour objet de faire concourir les lumires acquises par l'ana- tomie , la chimie , et la physiologie , dterminer ET CHIRURGIE. 261 les causes de mort d'aprs l'inspection des cadavres , est-il d'un intrt vraiment social. Aux rgies gn- rales qu'il prescrit il ajoute comme exemples plu- sieurs rapports faits en justice sur des cas remar- quables, et y joint ses remarques sur les omissions, les erreurs, les obscurits, les vices de raisonne- ment, qui ne se rencontrent que trop souvent dans ces pices importantes. Toute cette partie rpond compltement l'pi- graphe du livre: Sontibus inde tremor; civibus inde salus; mais l'auteur ne s'est pas born ce que promet son titre. Il a fait aussi remarquer des vices dans la ma- nire ordinaire d'ouvrir les cadavres pour la simple anatomie pathologique , vices qui ont souvent con- duit de fausses conclusions touchant la nature et le sige des maladies : enfin la physiologie gnrale elle-mme profitera d'une infinit de remarques d- licates sur des fonctions peu tudies, que commu- nique en passant ce savant physiologiste. M. Moreau de Jonns, qui a observ avec tant de soin la gologie des Antilles , ne s'est pas occup avec moins de zle de leur climat , de ses funestes effets sur la sant des Europens , et des moyens de prvenir ou de gurir une partie des maux qu'il occasione. Il a sur-tout recherch par quelles rgies 262 MDECINE d'hygine il scroit possible d'en prserver les trou- pes. Les prcautions qu'il indique pour le dbar- quement, le logement, la nourriture, les marches des soldats, sont dictes par une sage thorie m- dicale, et la plupart ont dj t confirmes par l'exprience. Son ouvrage a t envoy dans les co- lonies par ordre des ministres de la guerre et de la marine. M. Boyera donn un mmoire prcieux sur une maladie cruelle dont il a le premier dcouvert les moyens de eu ration. Il s'agit de certaines fissures qui surviennent l'anus, et qui, accompagnes d'un tat spasmodique de cette partie, occasionent des douleurs inoues et des angoisses insupporta- bles. Une incision au sphincter pratique avec soin les lait cesser constamment et pour ainsi dire subi- l tement. M. Larrey est l'un des chirurgiens qui ont exerc leur art sur les thtres les plus vastes et les plus varis ; attach aux armes franoises pendant vingt-cinq campagnes, il les a suivies dans les quatre parties du monde, et a dirig en chef le service chi- rurgical en Egypte et en Russie , aussi bien que dans tous les climats intermdiaires, aux poques des victoires les plus brillantes et de la plus grande prosprit , comme celles des dfaites les plus af- freuses et du dnuement le plus absolu. Aucune ET CHIRURGIE. 263 occasion ne lui a donc manqu , et il a profit de toutes. Aux rsultats de son exprience, dj consigns dans ses ouvrages publics , il a joint cette anne des observations importantes sur les effets des corps trangers introduits dans la poitrine, et des opra- tions qui ont pour but de les extraire. Lorsque des amas de pus ou de sang ont forc les poumons de se contracter, l'expulsion de ces matires occasione dans le thorax un vide que la nature tend rem- plir, soit par une production de nouvelle substance, soit par le dplacement des ctes et de quelques autres des parties voisines. M. Larrey a fait voir ces changements dans des individus qu'il a t possible d'ouvrir, parceque depuis leur gurison ils avoient succomb d'autres accidents. Il a prsent un sujet parfaitement guri de l'ex- tirpation de la cuisse dans son articulation sup- rieure, opration sur la possibilit de laquelle M. Larrey a fix le premier l'opinion des praticiens en faisant connotre le procd l'aide duquel on peut l'excuter srement. / ANNE 1817. La folie , cette maladie si triste et si propre hu- milier notre orgueil , excite d'autant plus notre ton- nement qu'elle est moins complte, et qu'elle se 264 MDECINE concentre plus exclusivement sur certains objets. Qu'un homme devienne maniaque, qu'il tombe dans une fureur que rien ne peut calmer, ou dans une imbcillit qui le ravale au-dessous des ani- maux , nous ne voyons qu'une affection gnrale du cerveau qui rend cet instrument de lame inhabile ses fonctions ; mais qu'un homme, sain d'ailleurs de corps et d'esprit , jouissant de sa raison , conser- vant ses habitudes, s'imagine prouver des sensa- tions que rien d'extrieur n'occasione , qu'il croie voir des spectacles enchanteurs ou affreux , enten- dre des discours, de la musique, respirer des odeurs dtermines; que, convaincu de la ralit des ob- jets qu'il aperoit, il applique les rgies ordinaires du bon sens aux actions auxquelles cette conviction le dtermine , c'est ce qui semble peine possible ceux qui n'en ont pas t les tmoins. Cependant' c'est un genre de maladie qui n'est pas rare, qui ne l'a jamais t, et dont la connoissance peut expli- quer une multitude de traits souvent bien impor- tants de l'histoire morale du genre humain. M. Esquirol, qui rserve cette branche parti- culire des maladies del'espritle nom d'hallucination, a prsent l'Acadmie un mmoire o il tablit qu'elles suivent une marche tantt aigu, tantt chronique , et qu'on y observe , comme dans toutes les autres maladies, des progrs, des paroxismes, ET CHIRURGIE. 25 un dclin , souvent une terminaison heureuse. De grands changements dans l'existence des personnes, ou des vnements propres frapper vivement l'ima- gination , multiplient ce genre d'accident , et aucune poque ne le favorisa davantage que les trente an- nes que nous venons de parcourir. Aussi les exem- ples rapports par M. Esquirol sont-ils aussi nom- breux que varis. Quelquefois l'illusion n'affecte qu'un ou deux sens; d'autres fois elle les atteint tous. Tel homme dplac la suite d'accusations graves croit sans cesse entendre des voix qui lui re- prochent ses fautes ; telle femme dont la jeunesse a t livre aux passions voit et entend les tres in- fernaux chargs de lui faire expier ses plaisirs ; telle autre, adonne la vie contemplative , se voit enfin rcompense par une anticipation de toutes les jouissances de l'autre monde. Ces illusions peuvent tre durahles ou seulement momentanes. Il est tel individu qui n'a eu en sa vie qu'une vision, qu'un entretien avec des intelligences d'un autre ordre, mais sur qui cette maladie d'un instant a agi si for- tement que rien ne le dsabuseroit. L'imagination est pour elle-mme le plus puissant remde , et c'est en la frappant adroitement, en se prtant pour quelque temps ses erreurs, en cherchant aies d- tourner, que le mdecin moraliste parvient les gurir ; mais il est encore plus sr d'en prvenir les 266 MDECINE aberrations en formant d'avance le jugement de la jeunesse par une instruction solide. Nous avons parl dans notre histoire de i8i3 des expriences de M. Magendie, qui tendoient prouver que la cause directe du vomissement n'est pas une contraction immdiate de l'estomac lui- mme, mais que ce mouvement dsordonn vient d'une contraction des muscles qui entourent le ventre, et principalement du diaphragme, laquelle agit mdiatement sur l'estomac ; on avoit ds-lors indiqu l'sophage comme y participant peut- tre autant que les muscles extrieurs ; et il parot en effet que dans de nouvelles expriences faites par M. Maignant le vomissement a eu lieu , quoique l'on et coup aux animaux sur lesquels on oproit les muscles du diaphragme, qu'on et dtach les ailes de cette cloison, et que l'on et fendu trans- versalement les muscles du bas-ventre. M. Portai , dans un mmoire sur le vomisse- ment, qu'il a lu cette anne l'Acadmie, aprs avoir rappel d'anciennes expriences qui lui sont propres, et dans lesquelles, aprs avoir coup les muscles du bas-ventre, on avoit vu l'estomac se di- later et se contracter avec force, pendant que le diaphragme toit refoul dans la poitrine, a expos ET CHIRURGIE. 267 la manire dont il conoit que s'opre la rejection des aliments. En conservant l'estomac la vertu contractile qu'on lui avoit toujours attribue, il le croit cepen- dant puissamment aid par les muscles transverses de l'abdomen , qui en se contractant refoulent contre lui le foie et la rate, en mme temps que leur aponvrose antrieure comprime presque im- mdiatement sa face antrieure lorsqu'il est rempli , et la repousse -la-fois en arrire et en bas. Or dans l'tat ordinaire des choses l'estomac , lorsqu'il se remplit, fait sur lui-mme un demi-tour pour por- ter sa face antrieure vers le haut, ainsi que l'a fait connotre Winslow, et la position qu'il prend alors en oprant un pli dans la direction du cardia , et en diminuant celui que forme le duodnum, contri- bue rendre plus difficile le retour des aliments dans l'sophage, et faciliter leur passage dans les intestins. L'action des muscles transverses leur rend au contraire la marche inverse plus aise, en rou- vrant le cardia et en rtrcissant le duodnum ; aussi toutes les fois qu'une cause maladive empche l'estomac de prendre, lorsqu'il se remplit, la situa- tion qui lui convient, le vomissement devient fr- quent. M. Portai en cite un exemple provenu d'une tumeur l'piploon , et un autre d'un engorgement sanguin dans la rate. Des remdes appropris ayant 28 MDECINE dtruit les deux causes de dpression , l'estomac reprit ses mouvements naturels, et les vomisse- ments cessrent. M. Girard , directeur et professeur d'anatomie de l'cole vtrinaire d'Alfort, a prsent un mmoire sur le vomissement considr dans les divers ani- maux domestiques. En gnral plus l'insertion de l'sophage dans le cardia se fait vers l'extrmit gauche, plus elle est vase, plus les fibres char- nues qui l'entourent sont foibles, plus le grand cul- de-sac est effac, plus le pylore est resserr, plus le voile du palais est mobile et raccourci, et plus le vomissement est facile. l l'est donc beaucoup dans les carnivores , dont l'estomac n'est presque qu'une dilatation un peu oblique du canal intestinal ; il est dj pnible dans le cochon, o le cul-de-sac de gauche fait presque la moiti de tout le viscre, et o l'sophage est fort rtrci et garni d'une couche charnue paisse. Dans le cheval o l'es- tomac loign des muscles du bas-ventre, peu fix au diaphragme, cause du prolongement de l'so- phage dans l'abdomen , a de plus le cardia trs rap- proch du pylore, traversant les parois oblique- ment et fortement entour de lames charnues, le vomissement n'a pas lieu dans l'tat naturel. Il est plus rare encore, s'il est possible, dans les rumi- ET CHIRURGIE. 269 nants, cause de la complication de leurs quatre estomacs, del manire singulire dont l'sophage y aboutit, et des faisceaux musculaires qui en gar- nissent l'entre. Toutefois il peut se manifester dans ces animaux un vomissement contre nature, par suite d'une rupture de l'estomac ou de la mem- brane externe de l'sophage, ou quand le cardia a perdu son nergie et n'oppose plus de rsistance au retour des aliments. C'est un vritable tat ma- ladif, toujours accompagn de circonstances f- cheuses et souvent suivi de la mort. Lorsque les cavits du cur se dilatent outre mesure, il en rsulte ce qu'on appelle anvrisme du cur, et le plus souvent les parois de ces cavits s'a- mincissent; il leur arrive mme de se rompre dans les endroits o elles sont devenues le plus minces : mais il s'en faut de beaucoup que ces circonstances soient gnrales , et que la dilatation du cur ou de quelqu'une de ses cavits , soit toujours ac- compagne d'amincissement de leurs parois. M. Portai a lu l'Acadmie un mmoire trs tendu, o il rapporte un grand nombre de cas de dilatation, dans lesquels l'paisseur naturelle des parois s'toit conserve et a voit mme quelquefois augment ; la propre substance du viscre s'est gonfle, ou parcequelle a t convertie en graisse, 270 MEDECINE ou parcequ'elle s'en est pntre, ou parcequ'elle s'en est recouverte l'extrieur, ou parceque de fausses membranes ont tapiss ses cavits, soit par dedans, soit par dehors, ou parceque les vaisseaux se sont gorgs de sang, ou enfin parcequ'ii s'y est form des infiltrations sreuses ou purulentes, ou mme des hydatides. Les curs dilats et paissis par un vice stato- mateux sont quelquefois recouverts d'excroissances fongueuses en forme de vgtation. On reconnot quelquefois ce genre d'altration lorsque les symp- tmes gnraux des maladies du cur sont accom- pagns d'engorgements au cou et d'autres signes des scrofules ; les antiscrofuleux sont indiqus alors et n'ont pas toujours manqu leur effet. Dans les hydropisies qu'occasione la dilatation du cur par la plthore de ses vaisseaux, la saigne est sou- vent utile, et elle l'est toujours contre cette plthore quand on la reconnot par les circonstances dans lesquelles les palpitations s'exasprent. Enfin quand, des infiltrations gonflent les parois du cur, dans les personnes atteintes dhydropisie, les remdes gnraux contre cette dernire maladie sont aussi appropris la maladie du cur. M. Portai expose un grand nombre de faits tirs de sa pratique, et qui viennent tous l'appui de sa doctrine. ET CHIRURGIE. 27 I Le mme savant mdecin a lu un autre mmoire, dans lequel il prsente des doutes nombreux tou- chant la thorie que les mdecins modernes parois- se rit s tre faite sur l'inflammation du pritoine; il a observ, dans certains sujets, l'inflammation de cette membrane la mieux caractrise, sans quelle ait t annonce par aucun des symptmes que l'on croit lui tre essentiels ; et lorsque ces symptmes avoient eu lieu, il a toujours trouv quelqu'un des viscres du bas-ventre atteint d'inflammation; si le pritoine toit enflamm en mme temps, c'toit toujours dans la partie voisine d'un ou de plusieurs organes eux-mmes enflamms; d'o il conclut que la pritonite n'est pas une maladie plus distincte de l'inflammation des viscres abdominaux , que la frnsie ne lest de l'inflammation du cerveau, ni la pleursie de celle du poumon, ou de ce qu'on nomme vulgairement fluxion de poitrine. De toutes les articulations de notre langue, l'R est la plus difficile pour nos organes, et la dernire que les enfants apprennent bien prononcer; il est mme des individus qui n'y parviennent jamais, et l'on n'en sera point tonn lorsqu'on saura que cette lettre exige de la part des muscles, du larynx, du voile du palais, de la langue, de la mchoire infrieure, et des lvres, jusqu' vingt-six mouve- 272 MDECINE ments distincts, et qui ont tous t caractriss par les physiologistes. M. Fournier a lu l'Acadmie un mmoire sur ce vice de langage , communment appel grasseyement, et sur un moyen de le corriger lorsqu'il vient d'une paresse des organes, ou d'une mauvaise habitude , moyen dont il doit l'ide M. Talma. Il consiste exercer les individus qui grasseyent substituer la lettre R, dans les mots o elle est ncessaire, les deux consonnes muettes T, D, jusqu' ce qu'ils soient habitus les pro- noncer assez vite pour les unir en quelque sorte en une seule. M. Fournier assure que cet exercice pr- pare si bien les muscles que la lettre R leur devient ensuite trs facile rendre , et il en a fait l'exprience sur plusieurs individus; ce moyen ne reste impuis- sant que chez ceux o le grasseyement tient une foiblesse intrinsque et insurmontable. Le rtrcissement de l'urtre, maladie cruelle et devenue trop frquente , se traite d'aprs la mthode de John Hunter et de sir verard Home , son neveu, par la pierre infernale que l'on fixe l'extrmit d'une bougie emplastique, et que l'on fait pntrer ainsi dans le canal jusqu'aux carnosits et autres embarras qu'elle doit faire disparotre. M. Petit, jeune chirurgien, qui a reconnu les avantages de ce procd, a trouv cependant, la manire dont ET CHIRURGIE. 2^3 on l'a pratiqu jusqu' prsent, quelques inconv- nients auxquels il a cherch remdier. Au lieu d'une bougie sujette se ramollir, il emploie une sonde de gomme lastique, et de peur que le mor- ceau de nitrate d'argent ne se dtache et ne reste dans l'urtre, il change sa forme et le fixe l'extr- mit de la sonde par une substance rsineuse; enfin il enduit de suif toute 3a surface de l'appareil ex- cept le point seul qui doit exercer son activit. Les commissaires de l'Acadmie qui ont t tmoins des expriences de M. Petit, et qui en ont fait eux- mmes d'aussi heureuses, attestent que l'action du caustique, que l'on croiroit devoir tre si doulou- reuse , se passe ordinairement sans accident, et presque sans faire souffrir le malade, sur-tout si le mal est chronique et si l'on a l'attention de ne rien brusquer. Depuis long-temps l'usage du feu en mdecine est vant avec enthousiasme par les uns, repouss avec amertume et terreur par les autres , et cepen- dant il est impossible de ne pas reconnotre qu'en certains cas son application immdiate a guri des maux demeurs rebelles tout autre remde. M. Gondret, jeune mdecin , a dissip par le fer chauff blanc, port au sommet de la tte, br- lant les tguments, entamant mme quelques par- BUFFON. COMPLM. T. IV, l8 2;4 MDECINE ties de l'os, des gouttes sereines, des pilepsies avec idiotisme, et d'autres affections chroniques et re- belles. Les commissaires qui ont suivi pendant plu- sieurs mois ses oprations en ont rendu le compte le plus satisfaisant. Ils ont parl avec le mme loge dune pommade employe par ce mdecin pour imiter volont tous les degrs de l'action du feu. Elle se compose de doses gales de graisse de mouton et d'ammoniaque. On fond la graisse au bain-marie , et l'on y verse petit petit l'ammonia que en agitant jusqu'au refroidissement. Ce savon ammoniacal, suivant le temps qu'on lui accorde, produit l'excitation, la rubfaction, et va jusqu' remplacer le vsicatoire et mme le cautre actuel, effets d'autant plus utiles qu'ils sont trs prompts, qu'on les arrte volont , et qu'ils n'ont en aucun cas les inconvnients des cantharides. Il arrive quelquefois qu'il se forme au cou une tumeur remplie d'eau, mais d'ailleurs semblable un goitre. Les chirurgiens qui ont anciennement eu occasion de traiter cette maladie ayoient soin d'en extraire petit petit le liquide, afin de donner aux parois le temps de revenir peu peu sur elles- mmes, et de prvenir la gangrne qu'amnent d'ordinaire une vacuation trop prompte, et sur- ET CHIRURGIE. 275 tout l'accs de l'air dans la cavit. M. Maunoir de Genve, qui a dcrit de nouveau ce genre de tu- meur, et lui a donn le nom d'hydrocle du cou , en fait la ponction avec un trois-quart, et le tra- verse ensuite par des stons, pour empcher un nouvel panchement et favoriser le recollement des parois. Il n'emploie point d'injections qu'il se- roit difficile de rendre telles qu'elles n'eussent pas d'inconvnients dans un sens ou dans un autre. Sa doctrine concide, beaucoup d'gards , avec celle qu'enseignoit , il y a bien des annes , feu M. Tenon , et avec la pratique de nos plus habiles chirurgiens , nommment de M. Percy, qui a fait l'Acadmie le rapport du mmoire de M. Maunoir. Quand le chirurgien est oblig de retrancher une main fracasse, gangrene ou carie, il la dtache d'ordinaire entre l'avant-bras et le poignet, parce que la simplicit de cette articulation la rend facile diviser, et que la plaie, peu tendue, gurit ais- ment. Mais dans quelques occasions rares le poi- gnet pourroit n'tre point attaqu. M. Troccon s'est occup de la mthode que Ton auroit suivre pour enlever le corps de la main, c'est--dire le m- tacarpe , en laissant le poignet adhrer l'avant- bras. L'opration devient plus difficile , cause des inflexions de la ligne que l'instrument doit suivre , 18. 276 MDECINE et de letendue de la plaie, et peut-tre cette diffi- cult n'est-elle point compense par les avantages que peut procurer ce petit reste de main; tout au plus pourroit-il servir attacher plus commod- ment une main artificielle de carton, ou d'qutre composition immobile : mais si cette main artifi- cielle devoit tre dispose pour quelque mcanisme qui la rendt capable d'imiter en partie les mou- vements naturels, on pense qu'elle trouveroit dans lavant-bras un point d'appui plus solide. M. Sdillot a prsent un mmoire tendu sur un genre d'accident dont il s'est occup depuis bien long-temps , et qu'il a tudi plus fond qu'aucun de ses confrres; c'est la rupture des muscles. Il arrive quelquefois que, dans un mou- vement inopin et purement d'instinct, dans un faux pas, dans une chute, lorsque, pour ainsi dire, l'insu de la volont, les muscles se contractent brusquement, irrgulirement , et que toutesleurs fibres ne peuvent prendre une part gale l'action, il arrive , disons-nous , que celles qui en supportent l'excs viennent se rompre. Cet accident s'annonce d'ordinaire par un sentiment de dchirure, par du sang extravas. M. Sdillot en rapporte un grand nombre d'exemples; il en fait bien connotre les symptmes; il rend raison des phnomnes prs- ET CHIRURGIE. 277 que toujours singuliers qui les ont accompagns et suivis, et il montre qu'une compression douce, uniforme et constante , en est le vrai remde. Si on la nglige , et que l'on perde le temps en cataplasmes et en fomentations, la partie ne manque gure de rester faible et macie ; le meilleur moyen com- pressif, pour les membres qui en sont susceptibles, est le bas de peau de chien lac. M. Sdillot s'en dclare le partisan. Il n'emploie gure de topiques que dans les cas o aucun bandage n'est appli- cable. M. Rigaud , de Lille , a communiqu des recher- ches sur le mauvais air des contres marcageuses , et particulirement sur la nature de cette cause maladive que les Italiens dsignent sous le nom 'Aria-cattiva. 11 parotroit en rsulter qu'aucune, des raisons que Ion assigne communment aux maladies si communes dans certains cantons , tels que les environs de Rome, ni la transpiration in- tercepte , ni le dfaut de plantations ou de popula- tion , ne sont de nature produire les effets funestes qu'on leur attrihue, mais qu'il se forme rellement dans l'air, et dans les vapeurs qui le remplissent , un principe dltre d'une nature particulire. 278 MDECINE ANNE 1818. La membrane pupillaire est un voile celluleux et vascuiaire qui ferme la prunelle dans le ftus , et qui se dchire et disparot d'ordinaire vers l'poque de la naissance. M. Portai a prsent quelques ob- servations sur ce voile, qu'il croit occasioner, en quelques cas , des ccits de naissance lorsqu'il ne se dchire pas, ccits qu'on pourroit gurir par une opration facile. M. Portai pense que l'enfant naissant est dpourvu d'oue et d'odorat aussi bien que de vue , parceque les narines et la cavit de son tympan sont remplis de mucosits, dont il faut qu'il se dbarrasse pour jouir de ces organes. Il arrive aussi quelquefois des surdits de naissance, parce- que la cavit du tympan ne s'est pas dgorge. M. Portai, dont nous avons analys l'anne der- nire le travail sur les grossissements du cur sans dilatation de ses cavits , en a lu un cette anne sur les anvrismes de cet organe. Il y tablit qu'ils sont trs communs; qu'ils con- sistent toujours en une ampliation plus ou moins grande d'une ou de plusieurs de ses quatre cavits, soit que leurs parois soient amincies, soit qu'elles aient acquis plus d'paisseur, ce qui arrive souvent; que dans tous les cas c'est le sang qui produit ce surcrot d'ampliation seul ou concurremment ET CHIRURGIE. 279 d'autres causes, dans une ou plusieurs des cavits du cur, en distendant leurs parois toujours trop foibles relativement son impulsion , soit parceque le sang- est gnralement en trop grande quantit dans tout le systme de sa circulation, soit parce- que, trouvant des obstacles pour sortir du cur, il y est retenu en trop grande quantit, d'o il r- sulte qu'il distend toujours ses parois ; que les con- tractions des parois du cur, bien loin d'tre plus fortes lorsque ces parois sont plus paisses, sont au contraire plus foibles , si elles sont dsorganises par quelque vice , comme elles le sont presque tou- jours alors; et que s'il arrivoit que, le cur tant sain, ses parois eussent un peu plus d'paisseur que dans l'tat naturel , elles se contracteraient alors sans doute avec plus de force , mais aussi qu'elles seroient dans une disposition contraire celle o elles se trouvent quand Fanvrisme se forme. Alors, poussant le sang avec trop de vio- lence dans les artres pulmonaires et dans l'aorte, elles pourroient y produire des anvrismes , mais jamais dans la cavit du cur, d'o ce sang pro- viendrait. M. Portai conclut de ces observations, en faveur de plusieurs illustres mdecins, que les anvrismes sont toujours passifs par rapport la force des pa- rois du cur, absolue ou relative l'action du sang 280 MDECINE contre ces mmes parois; que les signes indicatifs des anvrismes , exposs par ces savants mdecins, sont les plus certains, et que leur pratique relati- vement la saigne est la mieux prouve et la plus efficace. M. le baron Percy a communiqu l'Acadmie des recherches historiques curieuses sur le mri- cisme, sorte d'indisposition assez dgotante, et qui consiste faire revenir la bouche les aliments demi digrs pour les avaler une seconde fois. C'est une espce de rumination , qui a fait avancer bien des opinions extravagantes aux mdecins qui en ont parl. M. Percy rduit toutes ces opinions leur juste valeur. Diverses maladies de la poitrine , en altrant les rapports du vide avec le plein dans cette cavit , ou en rduisant en tout ou en partie la facult qu'a le poumon de se dilater ou de se contracter, produi- sent des changements dans le son que rendent les parois de la poitrine lorsqu'on les frappe; change- ments qui donnent, en certains cas, des indications utiles sur les causes auxquelles ils sont dus. C'est de l qu'est n l'art de reconnotre les affec- tions de la poitrine par la percussion , dont Auen- briigger, mdecin de Vienne, a publi un trait qui a t traduit et tendu par M. Corvisart. Mais on peut faire encore sur l'tat de la poitrine des obser^ ET CHIRURGIE. 281 varions plus dlicates, soit en approchant l'oreille, soit en employant divers instruments ; ces obser- vations constituent l'art d'explorer les maladies du thorax au moyen de l'auscultation. M. Laennec , mdecin de Paris , a prsent l'A- cadmie un mmoire sur ce sujet, o il expose une mthode qui lui est propre. Tantt il emploie un cylindre plein, tantt un tube parois paisses, tantt un tube vas en forme d entonnoir; il ap- plique une extrmit de ces instruments aux divers points du thorax et approche son oreille de l'autre extrmit. Le tube parois paisses , ou cylindre perc dans son axe d'un canal troit, appliqu la poitrine d'un individu qui parle ou qui chante, ne fait en- tendre , si l'individu se porte bien , qu'une sorte de frmissement plus ou moins marqu ; mais s'il existe un ulcre dans le poumon , il arrive un phnomne trs singulier : la voix du malade cesse de se faire entendre par l'oreille reste libre ; elle parvient tout entire l'observateur par le canal pratiqu dans le cylindre. Des commissaires de l'Acadmie ont vrifi cette exprience sur plusieurs phthisiques. Le mme phnomne a lieu quand on applique l'instrument sur la trache ou sur le larynx d'un homme sain. M. Laennec , qui donne cet effet des altrations pulmonaires le nom de pecloriloquie , en y 282 MDECINE distingue les varits, et fait connotrc les indica- tions qui en rsultent par rapport aux ulcres du poumon, et la consistance de la matire qu'ils renferment. Cet instrument fait aussi entendre dune manire distincte les mouvements de la respiration et les battements du cur, en sorte que l'on juge facile- ment de leur plus ou moins de rgularit; ce qui ne peut manquer de donner aussi des indications utiles pour les vices de ces deux fonctions. L'emploi de l'or en mdecine, long-temps' vant par les alchimistes, sembloit oubli dans les der- niers temps , lorsque M. Chrtien , clbre mdecin de Montpellier, annona qu'il avoit reconnu ce mtal, mme dans son tat de puret, des pro- prits mdicamenteuses trs efficaces, et qu'il en avoit tir grand parti contre des affections scro- fuleuses et syphilitiques. Il a adress l'Acadmie un travail volumineux qui contient l'histoire des principales maladies qu'il a traites, et le dtail des prcautions avec lesquelles il a fait usage de ce nou- veau remde. Les commissaires de la compagnie ont fait leur tour, et d'aprs les mthodes indi- ques, des expriences nombreuses pour tre en tat d'en apprcier les vertus. Au moyen de fric- tions d'or ou de muriate triple d'or et de soude, faites sur la langue, ils sont parvenus cicatriser ET CHIRURGIE. 283 des ulcres scrofuleux , rsoudre des engorge- ments syphilitiques, dtruire en partie des exo- stoses, arrter des caries, mettre fin des douleurs ostocopes insupportables, dissiper d'an- ciennes ophtalmies, des maux de gorge opinitres, des dartres et d'autres ruptions qui avoient rsist tous les autres remdes. Mais il leur est souvent arriv aussi d'tre beau- coup moins heureux , et leur dfaut de succs n'a pas consist seulement laisser le mal dans son tat primitif; il s'est plusieurs fois exaspr par l'action du remde. Des tumeurs indolentes se sont en- flammes; de la fivre, de la colique, des inflam- mations alarmantes de l'estomac, se sont manifes- tes; un gonflement du prioste jusque-l sans douleur a dgnr en cancer. Il est donc trs certain que l'or est bien loign d'tre un agent aussi impuissant qu'on le prten- doit; mais il est certain aussi que son emploi a besoin d'tre guid d'aprs des rgles et des pr- cautions relatives des circonstances o se trouvent les sujets sur lesquels on veut en faire usage; rgies et prcautions qu'une longue exprience et une suite nombreuse d'observations bien apprcies pourront seules procurer Fart de gurir. Feu M. Ravrio, fabricant de bronzes, qui avoit acquis de la clbrit par la perfection o il avoit 284 MDECINE port ce genre d'ouvrage , lgua il y a deux ans une somme l'Acadmie pour tre dcerne celui qui dcouvrirait les moyens de prserver les doreurs sur bronze des funestes effets de la vapeur du mer- cure qui les fait presque tous prir de bonne heure aprs des souffrances cruelles. Ce prix a t remport par M. Darcet qui non seulement a donn la solution complte du pro- blme de M. Ravrio, mais qui a insr dans son m- moire tant de vues utiles pour rendre plus faciles, plus efficaces, et moins malsaines les diverses op- rations dont se compose Fart du doreur, que son ouvrage est devenu un trait complet de cet art, aujourd'hui si important pour la France. Le moyen imagin par M. Darcet consiste en un fourneau de rappel dont un tuyau monte dans la chemine du doreur; il y produit un tel courant ascensionnel de l'air qu'aucune parcelle de mercure ne manque d'en tre entrane; et mme en adap- tant la chemine un autre tuyau qui se recourbe sur un vase rempli d'eau on recueille utilement la plus grande partie de ce mercure vaporis. Un autre changement important fait par M. Dar- cet est d'avoir substitu le nitrate de mercure l'a- cide nitrique pour l'opration du dcapage qui nui- soit aussi beaucoup la poitrine des ouvriers, lorsqu'elle se faisoit avec de l'acide pur. ET CHIRURGIE. 285 Les procds que M. Darcet avoit depuis long- temps introduits la Monnoie se sont rpandus dans plusieurs ateliers de doreurs, et M. le prfet de police ne permet plus aucun doreur de s'tablir ni de transporter son atelier sans le disposer de ma- nire les employer. Les ventouses sont des instruments en forme de cloche que l'on applique la peau en y faisant le vide , soit par la chaleur, soit par u n piston ; le poids de l'atmosphre agit sur toute la surface du corps , excepte l'endroit sur lequel est la ventouse, ce qui produit naturellement cet endroit une lvation de la peau et un gonflement de ses vaisseaux san- guins et lymphatiques qui les rend rouges et violets , et qui y excite un sentiment trs vif de chaleur. Des scarifications pratiques soit avant soit aprs l'application del ventouse font couler une partie du sang et de la lymphe qui s'y toit accumule. Les parties adjacentes et plus profondes se trouvent dbarrasses du liquide qui les engorgeoit, et re- viennent sur elles -mmes par une contraction, suite naturelle de la dilatation extrieure. Ce moven curatif, dont les anciens faisoient beaucoup d'emploi, et qui est encore en grand usage en Allemagne et clans quelques autres pays, est un peu nglig en France. M. Oondret, dont nous avons rapport des ob- 286 MDECINE servations remarquables sur l'emploi du feu en mdecine, s'est aussi occup des ventouses. Il fait observer que l'effet qu'elles produisent est souvent bien suprieur ce que l'on pourroit attendre de la petite quantit de liquides dont elles procurent l'extraction. Des sangsues, en tirant plus de sanp-, n'ont souvent pas le mme succs beaucoup prs ; et d'ailleurs les ventouses sches produisent en bien des cas autant d'effet que des ventouses scarifies. Ce remde s'est montr salutaire dans beaucoup de congestions locales, avec irritation et douleur fixe, et en gnral dans les phlegmasies ou inflamma- tions partielles, soit aigus, soit chroniques. Ap- pliqu convenablement, il a calm les symptmes d'une dentition orageuse; il a fait disparotre des palpitations du cur, et arrt des hmorragies utrines. L'une des oprations les plus surprenantes et les plus honorables de la chirurgie est sans contredit celle que M. Richerand a excute en enlevant une partie des ctes et de la plvre. Le malade toit lui- mme un homme de Fart qui n'ignoroit pas le dan- ger du remde auquel il recouroit, mais qui sa voit aussi que son mal toit incurable autrement. Il toit attaqu d'un cancer la face interne des ctes et la plvre, qui reproduisoit sans cesse d'nor- mes fongosits , que le fer et le feu avoient attaques ET CHIRURGIE. 287 inutilement. Il fallut mettre les ctes nu, en scier deux, les dtacher de la plvre, et enlever toute la partie cancreuse de cette dernire membrane. A peine y eut-on fait une ouverture que lair, s'en- gouffrant dans la poitrine, donna lieu dans la premire journe des angoisses et des suffoca- tions inquitantes; le chirurgien put toucher et voir le cur au travers du pricarde transparent comme une glace, et s'assurer de l'insensibilit ab~ solue dfini et de l'autre. Des srosits abondantes dcoulrent de la plaie tant qu'elle resta ouverte; mais elle se rtrcit peu peu au moyen de l'adh- rence du poumon avec le pricarde et des granula- tions charnues qui survinrent ; enfin le malade alla si bien que le vingt-septime jour aprs l'opration il ne put rsister au dsir de se rendre l'cole de mdecine pour voir les fragments de ctes qu'on lui avoit enlevs , et que trois ou quatre jours plus tard il retourna son domicile pour y reprendre ses oc- cupations ordinaires. Le succs obtenu par M. Richerand est d'autant plus important qu'il autorisera peut-tre en d'au- tres circonstances des entreprises que dans les ides reues l'on auroit crues impossibles. On crain- dra moins de pntrer dans l'intrieur de la poi- trine. M. Richerand espre mme qu'en ouvrant le 200 MEDECINE pricarde et en y faisant des injections convenables on parviendront gurir une maladie toujours mortelle jusqu' prsent, l'hydropisie de cette ca- vit. La cataracte est une ccit qui provient de ce que le cristallin de l'il a perdu sa transparence; et depuis la plus haute antiquit on a connu l'art de la gurir, soit en extrayant le cristallin vici par une ouverture que l'on fait la corne, soit en d- plaant cette lentille au moyen d'une aiguille qui pntre dans l'il, et en laissant ainsi une libre en- tre aux rayons de lumire au travers de la pupille. On a long-temps disput sur les avantages de cha- cune de ces mthodes, et lune ou l'autre a t al- ternativement plus en usage : encore auj ourd'hui les oculistes sont partags sur leur mrite, et prfrent lune ou l'autre, selon l'ide qu'ils s'en font et l'ha- bitude qu'ils en ont prise. Ce qui en avoit prvenu quelques uns contre l'opration par dplacement ou abaissement c'toit l'incertitude de ce que deve- noit le cristallin, et la crainte qu'il ne reprt sa place, et n'obstrut de nouveau la pupille. Mais on sait aujourd'hui, par les expriences de M. Scarpa, qu'il ne tarde point tre dissous ou absorb dans les humeurs de l'il, et qu'il n'en reste bientt au- cune trace. M. Roux a lu l'Acadmie un mmoire sur ces ET CHIRURGIE. 289 deux mthodes, et sur leurs avantages mutuels : il prfre l'extraction; mais il convient qu'elle n'est point applicable dans tous les cas, et c'est alors seulement qu'il voudroit que l'on pratiqut l'abais- sement. ANNE 1819. M. Percy a communiqu une srie intressante d'observations sur les plaies dans lesquelles il s'est manifest de la phosphorescence. Chacun sait que les matires organiques qui commencent se cor- rompre, le bois, le poisson, la chair, sont sujettes rpandre de la lumire; la mme chose arrive quelquefois aux plaies ; et peut-tre en auroit-on re- cueilli un plus grand nombre d'exemples si la na- ture des choses permettoit que les pansements se fissent dans l'obscurit. Mais M. Percy, qui pen- dant vingt-cinq ans de guerres , tantt heureuses , tantt malheureuses , a eu plus d'un million de blesss traiter, ne s'est vu que trop souvent oblig de les soigner sans lumire. C'est ainsi qu'il a ob- serv sur un jeune soldat de Paris une plaie lgre la jambe qui donna une lueur assez vive pendant plus de quinze jours. Ce jeune homme, pour se soulager, avoit d'abord humect ses compresses avec son urine, en sorte que l'on pouvoit attribuer la phosphorescence cette cause ; mais quelque J'.UFFON. COMPLEM. T. IV. 290 MDECINE temps aprs , au sige de Manheim , une lueur non moins vive, un vritable feu follet, se montra pen- dant plus de six jou rs sur un officier dont la blessure 11 a voit t panse qu'avec des compresses humec- tes d'eau pure. M. Percy a vu depuis plusieurs autres exemples de ce singulier phnomne, et mme il en a ob- serv un sur une plaie provenant d'une engelure. Il a t lu l'Acadmie des mmoires sur plu- sieurs maladies qui appartiennent des climats loigns. M. Devilie a dcrit l'affreuse pidmie de cholera-morbus , qui a ravag en 18 18 le Bengale et une grande partie de l'indostan ; M. Moreau de Jonns a donn une Monographie de la fivre jaune telle qu'elle se manifeste aux Antilles, et a fait con- notre les maladies qui rgnent le plus gnrale- ment dans ces les. Un mmoire intressant de M. le baron Larrey a roul sur les procds ingnieux par lesquels ce clbre chirurgien a extirp une tumeur squir- reuse d'un volume norme qui tenoit au cou et la mchoire infrieure , et se trouvoit ainsi place en- tre des vaisseaux nombreux qu'il toit aussi diffi- cile d'pargner que dangereux d'ouvrir. M. Faure, mdecin qui s'attache particulire- ment aux maladies des yeux , a prsent l'Acad- ET CHIRURGIE. 291 mie un mmoire sur la pupille artificielle, et sur une mthode nouvelle d'oprer la cataracte, ima- gine par le docteur Buchorn de Magdebourg , qui la nomme keratonixis. Elle consiste faire passer l'aiguille par le moyen de laquelle on abaisse le cristallin, non pas comme on l'avoit fait jusqu'ici, par quelque point de la sclrotique, mais au tra- vers de la corne transparente. Cette mthode a trs bien russi M. Faure , dont le mmoire est remarquable d'ailleurs par un expos fort exact de diffrents vices qui ncessitent une pupille artifi- cielle, et par une analyse judicieuse des procds opratoires qui conviennent chacun deux ANNEE 1820. La fivre jaune , ce flau de nos iles sucre, n'est pas moins terrible que la peste du Levant; d'aprs une notice sur la mortalit qu'elle a occasione elle a enlev le quart , quelquefois le tiers et davantage de la population des villes o elle s'est introduite. Long-temps confine dans les contres chaudes du nouveau continent, elle semble aujourd'hui mena- cer toute l'Europe. Quatre fois depuis vingt ans elle a ravag Cadix ; plus de vingt-cinq mille mes dans ce seul port ont succomb ses atteintes. Elle s'est montre non moins cruelle en d'autres ports de la pninsule et jusqu' Livourne. 11 n'est donc pas *9- 292 MDECINE tonnant que les gouvernements aient cherch faire mieux tudier cette maladie, et se soient en- quis avec zl des moyens d'en prserver leurs peuples, ni que les hommes de l'art qui ont eu l'occasion de l'observer dans les lieux o elle est plus frquente se soient empresss d'offrir le tri- but de leurs lumires. Le nombre des ouvrages et des bons ouvrages qui traitent de la fivre jaune a donc t fort con- sidrable; mais, comme sur tant d'autres matires les plus importantes de la mdecine , il s'en faut de beaucoup que tant de science et des observations si multiplies , faites avec tant de soin et de courage , aient conduit des rsultats certains. La question principale elle-mme, celle qui in- tresse sur-tout l'administration , est loin encore d'tre dcide. La fivre jaune se propage-t-elle par contagion d'homme homme; les malheureux qui en sont une fois infects la portent-ils par-tout avec eux? Des mesures sanitaires analogues celles que l'on prend contre la peste sont-elles ncessaires pour l'loigner de nous? sont-elles suffisantes? Ou bien cette calamit nat-elle seulement de l'action combine de l'air, du sol , de la tempra- ture, et des manations malsaines et putrides, en sorte que d'une part les barrires extrieures se- ET CHIRURGIE. 293 roient des obstacles impuissants contre elle, pour les lieux soumis l'influence de ces causes; mais que d'une autre part les malades ne la porteroient point dans les lieux o ces causes n'agissent pas , et que l'approche de ces malheureux n'ajouteroit rien au danger pour les individus qui s'intressent leur sort? Dans le premier cas les malades seront sques- trs de leurs amis , de leurs parents ; le courage le plus noble et la charit la plus vive oseront seuls les secourir ; l'entre de nos ports sera soumise des formalits gnantes ; le commerce sera entrav; on ne pourra plus communiquer avec l'Amrique autrement qu'avec l'Egypte ou la Turquie : mais au moins l'on sera sr de ne plus revoir nos villes dpeuples par un flau cruel. Dans le second cas on pourra craindre sans doute que ce mal ne renaisse quelque jour; mais en attendant on se dispensera de prcautions ef- frayantes et inutiles, et l'apparence de l'pidmie l'on prendra les mesures qu'elle rclame , sans voir la socit en quelque sorte dissoute par la terreur. Malheureusement chacune de ces opinions a des partisans galement habiles , galement loyaux , galement expriments , et si les gouvernements navoient d'autre rgle suivre qu'une solution 294 MDECINE scientifique rigoureuse, ils ne verroient de tous c- ts que de la perplexit et des embarras. M. Devze, par exemple, qui a vu et trait la fivre jaune Saint-Domingue, et lors de ses plus grandes irruptions Philadelphie, s'est dclar de- puis long-temps contre la contagion, et vient de reproduire sa doctrine dans un ouvrage prsent cette anne l'Acadmie , et qui a t publi. Il a vu la maladie aux Antilles, rgnant sporadi- quement; il l'y a vue attaquer vivement les tran- gers, moissonner des armes entires arrivant d'Eu- rope , et jamais il n'aperut que l'approche des malades ajoutt au danger pour les individus sains. Le climat exerce ses fureurs sur les individus habi- tus une autre temprature; mais le climat seul agit: les Croles, qui d'ordinaire sont moins sus- ceptibles d'tre attaqus de ce mal que les Euro- pens, y deviennent tout aussi sujets que ceux-ci lorsqu'ils ont pass quelques annes dans des pays temprs. A Philadelphie, selon M. Devze, la fi- vre jaune est ne de la chaleur combine avec les manations putrides des canaux et des rues mai nettoyes; mais elle ne subsiste, elle ne se rpand que dans les lieux o subsistent les causes qui l'ont produite : ceux-l seulement en sont atteints qui s'exposent aux foyers d'infection ; elle ne s'tend pas aux champs ars, aux collines, aux lieux le- ET CHIRURGIE. 295 vs; les malades qui l'ont contracte clans la ville se dispersent dans les compagnes, ils vont y mou- rir sans y porter le mal; on peut en approcher et les soigner impunment : c'est presque toujours par des suppositions gratuites que Ion en a attri- bu l'importation des vaisseaux venus des An- tilles. Que si des navires o elle avoit rgn l'ont introduite dans quelques ports ; que si des hpitaux o beaucoup de fivreux toient entasss l'ont dis- smine autour d'eux, c'est que ces vaisseaux, ces hospices, toient eux-mmes devenus des foyers d'infection , et agissoient comme auroient pu faire des eaux stagnantes et corrompues. Cette opinion a t appuye par M. Sdillot, dans un mmoire galement lu l'Acadmie, et o il l'tend au ty- phus et la peste elle-mme, tandis que dans un mmoire conu dans des ides absolument con- traires M. Audouart a cherch tablir que jus- qu' la fivre intermittente peut devenir conta- gieuse. Pour nous en tenir la fivre jaune, un de ceux qui ont soutenu avec le plus de force sa nature con- tagieuse est M. Moreau de Jonns, qui s'y est vu expos comme militaire, et qui l'a observe avec autant de soin que s'il et t mdecin. Dans un ouvrage tendu, intitul Monographie de la fivre jaune , il fait remarquer que ce mal af- 296 MDECINE freux attaqua les Europens ds le second voyage de Colomb ; qu'il les moissonna toutes les fois qu'ils vcurent long-temps avec les naturels; qu'il n'a t port en Europe et aux tats-Unis qu' des poques rares , dtermines ; que jamais il n'y a t sporadi- que; que dans des occasions bien constates il a t manifestement transmis par communication; tan- dis qu'en d'autres occasions non moins certaines on s'en est garanti par une squestration complte. D'o il conclut que si le mal ne se rpand pas au- del de certaines limites, que s'il n'attaque pas tous ceux qui approchent des malades, c'est que sa com- munication exige certaines conditions qui heureu- sement ne se rencontrent pas toujours ni par-tout ; qu'en un mot ce n'est point une maladie indfini- ment contagieuse; que peut-tre ce n'est pas mme une maladie qui exige un contact immdiat; mais qu'exclusivement originaire de certains lieux, ceux qui en sont atteints peuvent la transmettre en d'au- tres lieux , lorsque le sol et le climat s'y prtent son dveloppement, lieux o cependant toutes ces circonstances ne l'eussent pas produite si ce nou- veau ferment n'toit pas survenu. Une opinion combine en quelque sorte des deux autres a t dveloppe dans un mmoire spcial par M. Girardin , qui a observ la fivre jaune la Louisiane. ET CHIRURGIE. 297 Selon lui cette maladie est ordinairement spo- radique et non contagieuse ; mais certaines po- ques elle rgne pidmiquement , elle devient alors plus douloureuse, plus meurtrire, plus effrayante dans ses symptmes; et, lorsqu'elle est arrive un certain degr, elle devient susceptible d'tre transporte, mme dans les lieux les plus sains par eux-mmes , pour peu que la temprature s'y prte. Lorsque Ton a lu avec attention les ouvrages dont nous venons de parler, et ceux qui ont t publis en si grand nombre l'appui de chacune de ces opinions, il est difficile de se dfendre de l'ide que cette opposition apparente tient plus des subtilits de thorie qu'elle n'offre d'utilit pra- tique. Peu importoit en effet, relativement la po- lice mdicale, que la fivre jaune et besoin du contact immdiat pour tre propage, peu impor- teroit mme qu'en certains cas elle pt natre par des causes locales et sans aucune importation , si d'ailleurs, comme tout le monde parot en conve- nir, les individus qui en sont atteints, les navires o elle a rgn, o elle rgne, peuvent tre consi- drs comme des centres d'infection, tre rangs eux-mmes au nombre de ces causes locales qui peuvent la faire natre en des lieux o elle n'auroit pas exist sans cela. 298 MDECINE Les gouvernements, sans s'inquiter alors des systmes et des distinctions sur les virus, les con- tagions , et les infections , n'en seroient pas moins tenus de prendre des prcautions srieuses; on ne peut mme contester que dans le doute il ne soit de leur devoir d'embrasser l'opinion la plus sre. De tous temps les mdecins habiles ont reconnu que, pour traiter avec succs une maladie, il ne faut pas s'en tenir ce qu'annoncent les symptmes les plus apparents , ni supposer que la cause du mal soit prcisment au point o se manifestent la dou- leur et l'inflammation. M. Portai, depuis bien des annes, a fait des applications de cette thorie aux maladies qui ti- rent leur origine du foie, mais dont les symptmes ou les effets sont tels qu'on pourroit tre tent d'en placer le sige dans l'estomac ou dans les intestins. Il l'a reproduite dans un mmoire important qu'il a lu cette anne l'Acadmie sur les entrites ou inflammations des intestins qui surviennent la suite des maladies du foie; les rapports nombreux de ce viscre avec le canal intestinal , soit par leur situation mu tuelle, soit par les nerfs et les vaisseaux qui se rendent de l'un l'autre, soit enfin par leur communication directe au moyen du canal de la ET CHIRURGIE. 299 bile, sont en effet si nombreux qu il est bien diffi- cile que le foie soit affect sans que l'affection se communique aux intestins, et M. Portai a montr qu'en plusieurs cas Ion commet des erreurs funestes aux malades, en traitant ces entrites symptoma- tiques comme des maladies primitives, et en ngli- geant d examiner l'tat du foie et de la bile. La bile altre occasione trs souvent des in- flammations violentes et des rosions dans le canal alimentaire, et il y a des exemples de personnes que Ton a crues empoisonnes cause de ces signes quivoques. Le cholera-morbus et la passion iliaque ont eu plus d'une fois leur cause primitive dans le foie, selon M. Portai. L'auteur rapporte l'appui de sa doctrine des exemples nombreux et intres- sants tirs de sa pratique, et o des maladies graves de ce genre ont t promptement guries, lorsque Ion s'est attacb les poursuivre dans leur vritable sige. M. Percy a fait voir le modle en pltre d'un bras o s'toit manifest un lphantiasis d'un volume monstrueux; le malade en est mort vingt-deux jours aprs l'amputation . et l'ge de vingt-deux ans. M. Desmoulins, docteur en mdecine, a prsent un mmoire sur le volume et la masse du systme 3oo MDECINE nerveux dans les marasmes occasionspar diverses maladies. Ayant toujours trouv le cerveau et les nerfs des personnes mortes dtms cet tat aussi vo- lumineux proportion que dans les personnes sai- nes, il pense que l'excs d'irritabilit qui s'observe d'ordinaire dans ce marasme tient prcisment cette conservation du systme nerveux, au milieu de la dperdition qu'prouvent les autres organes, et au dfaut d'quilibre qui en rsulte. M. le docteur Gbomel a prsent l'Acadmie une observation faite sur une jeune personne su- jette des accs d'hystrie, qui fut atteinte d'une toux priodique trs violente. La belladone trans- forma cette toux en vritables attaques d'hystrie qui cdrent ensuite facilement au quinquina. M. le docteur Fournier- Pescay a lu l'anne der- nire l'Acadmie un grand travail sur Faction de la musique sur notre systme nerveux et sur les effets mdicaux qui en rsultent quelquefois ; il en rapporte des exemples vraiment surprenants. Ce travail, dont nous aurions d rendre compte dans notre prcdente analyse, et qui s'est trouv ou- bli par une erreur de bureau, ayant t imprim depuis dans le Dictionnaire des sciences mdicales, nous nous bornerons y renvoyer les lecteurs. ET CHIRURGIE. 3oi ANNE 1821. Nos lecteurs se doutent bien que l'tude de la fivre jaune n'a pas diminu d'intrt une poque o ce flau terrible semble nous menacer de plus prs. Aussi l'Acadmie a-t-elle entendu plusieurs nouveaux mmoires sur cet important sujet. M. Moreau de .Tonnes a publi un crit sur les phnomnes de sa propagation, et sur son principe contagieux, soit qu'il se manifeste par l'importation de terre ou de mer, ou par les communications des hommes entre eux dans les maisons et dans les lieux publics. Des faits nombreux qu'il a accumuls dans ses prcdents ouvrages, et de ceux qu'il a recueillis dans les rapports plus rcents des divers observateurs , il conclut que jamais cette maladie ne s'est montre pour la premire fois dans un pays sans y avoir t apporte par les personnes ou les choses infectes de son principe contagieux; qu'elle n'est jamais produite spontanment par au- cune cause locale, mais qu'elle ne s'tend pas in- dfiniment, et qu'un certain degr de chaleur et d'humidit est ncessaire sa propagation ; en sorte qu'elle s'loigne peu du rivage de la mer ou des grands fleuves, quelle s teint dans les lieux levs , et qu'elle est d'autant moins menaante que 3o2 MDECINE. la saison ou le climat sont plus froids. Les mana- tions morbifiques sont plus ou moins dangereuses, selon le degr d'nergie quelles ont acquis du de- gr mme du mal, et selon la quantit qui s'en est accumule; et c'est ainsi que s'expliquent les ano- malies qui ont donn lieu de si violentes contesta- tions; c'est ainsi que la fivre jaune est plus conta- gieuse que la peste dans la chambre resserre d'un malade, et qu'elle cesse de l'tre sur une montagne, sur un rocher insulaire, ou dans un lazaret expos une ventilation forte et soutenue. M. Desmoulins a pens que la coloration de la peau en jaune ne vient point de la bile ni d'une lsion du foie, mais qu'elle n'est que le produit d'une congestion du sang sur la peau et les mem- branes muqueuses des intestins, qui produit et le vomissement noir et les ecchymoses, et enfin la coloration universelle qui vient leur suite. Une autre de ces affreuses contagions qui d- truisent quelquefois des populations entires, le cholera-morbus de Flnde, a aussi t dcrite par M. Moreau de Jonns. Elle fut apporte pour la premire fois en 1 8 19 de Calcutta l'Ile-de-France par une frgate angloise, et y fit prir en six se- maines plus de six mille Ngres ; car, au contraire ET CHIRURGIE. 3o3 de la fivre jaune, c'est sur les Ngres que le cholera- morbus svit avec plus de fureur. La cupidit ayant introduit Bourbon, malgr les dfenses du gouvernement, quelques Ngres atteints de cette maladie, elle s'tablit bientt au lieu o ils toient dbarqus ; mais un cordon vi- gilant et des quarantaines svres parvinrent l'y concentrer. Elle s'est tendue sur presque toutl'In- dostan, sur la Chine mridionale , sur les Philip- pines , et a caus des pertes normes dans tous ces pays. On dit que l'huile d'olive, prise intrieurement avec de lether et du camphre, est jusqu' prsent le seul remde qui ait agi contre ce mal avec une efficacit sensible. Nous avons rendu compte l'anne dernire de la dcouverte faite par MM. Pelletier et Gaventou, des principes qui donnent au quinquina sa vertu fbrifuge, et que ces chimistes ont reconnu tre de nouvelles espces d'alcalis. Il s'agissoit de constater les effets de ces principes appliqus dans leur tat d'isolement au traitement des fivres intermitten- tes , et d'examiner si leur emploi n'entraneroit point d'inconvnient particulier. M. Ptros et M. Chomel, docteurs en mdecine , se sont occups de cette re- cherche. Il rsulte de leurs expriences que l'em- 3o4 MDECINE ploi des sulfates de quinine et de cinchonine, tout aussi avantageux que celui du quinquina en na- ture, en ce qui concerne la cure des fivres, est beaucoup moins susceptible d'inconvnients, rai- son de la trs petite dose ncessaire, et parcequ'ils ne fatiguent point l'estomac comme le fait le quin- quina en nature, par cette quantit de matire ligneuse et indigeste qu'il contient. Les nouveaux remdes ont sur-tout t utiles dans des circonstan- ces o l'tat d'irritation de l'estomac rendoit l'usage du quinquina impossible. M. Bertin, fils d'un anatomiste clbre que l'A- cadmie a compt autrefois parmi ses membres les plus distingus , et qui cultive lui-mme avec zle et avec succs la partie de l'anatomie relative aux l- sions des organes , a commenc ds 1 8 1 1 prsenter l'Acadmie des observations prcieuses sur les maladies du cur. Il avoit reconnu ds-lors diverses altrations du cur, tenant lepaississement de ses parois avec ou sans rtrcissement de ses cavits, avec ou sans endurcissement, avec ou sans ramol- lissement dans son tissu ; altrations auxquelles les anatomistes pathologiques avoient donn trop peu d'attention. Il a continu ses recherches sur cette espce de nutrition surabondante ou d'hypertro- phie. Elle se porte tantt sur l'un, tantt sur l'autre ET CHIRURGIE. 3o5 ventricule, et quelquefois sur tous les deux; elle peut en affecter plus ou moins les diverses parties. Ce ne sont l ni des anvrisrnes ni des dilatations actives , et l'nergie des parois, loin d tre augmen- te, est quelquefois trs affoiblie. M. Bertin prouve la ralit de toutes ces varits par des ouvertures de cadavre bien dcrites , auxquelles il a cherch donner encore plus d'utilit en y rattachant les symptmes observs sur les malades. Une observation bien curieuse du mme mde- cin est celle d'une femme qui n'a pas laiss que de vivre cinquante-sept ans, bien qu'elle et ds sa naissance un vice d'organisation qui sembloit mor- tel. Les valvules de son artre pulmonaire, unies ensemble, ne laissoient qu'une ouverture d'une ligne de diamtre ; en sorte que la plus grande partie du sang ne pouvant traverser le poumon retournoit de l'oreillette droite dans la gauche par le trou de botal qui toit demeur ouvert, et que le ventricule droit avoit sa cavit fort rtrcie et ses parois paissies proportion. Dans un pareil tat de la circulation le sang ne pouvoit prendre un degr suffisant les qualits artrielles; aussi cette femme avoit-elle eu ds son enfance les lvres colo- res en bleu, et lorsqu'elle faisoit quelque chose avec action son visage entier se teignoit de cette couleur; avec l'ge cette difformit toit arrive BUFFON. COMPLM. T. IV. 20 3o6 MDECINE un tel point que cette malheureuse n osoit plus se montrer. Morte la suite d'une hmiplgie, on trou- va clans son cerveau deux amas d'un fluide purulent. M. Cruvelhier, docteur en mdecine , a prsent un travail intressant sur trois maladies trop sou- vent funestes au premier ge, le croup, Fhydro- pisie aigu des ventricules du cerveau, et la perfo- ration spontane de Festomac. Relativement au croup , il parot convaincu de cette vrit consolante, qu'il est toujours possible d'arrter les progrs de cette cruelle maladie quand on s'y prend temps. Des saignes locales, rptes jusqu' la dcoloration complte de la face, et les rvulsifs les plus nergiques, sont les moyens dont l'exprience garantit le succs. L'hydropisie du cerveau est bien plus difficile reconnotre, et ses effets plus difficiles prvenir; Fingalit de la respiration, l'irrgularit du pouls, jointes Faffoiblissement des sensations internes et externes, en ont paru Fauteur les symptmes les plus marqus, dans ces commencements o il importe si fort de la signaler. Attrist du peu de succs cls saignes ordinaires contre ce mal terri- ble, il a essay d'en pratiquer la membrane pitui- taire des arrire-narines, au moyen d'un instru- ment fait exprs. ET CHIRURGIE. 30^ Mais la partie des recherches de ce mdecin qui a le plus frapp l'attention c'est ce qui concerne une dsorganisation de la membrane de l'estomac et des intestins , qui en convertit les tuniques en certains endroits en une substance glatineuse, et y produit des perforations, causes invitables de mort. Cette maladie fut pidmique Limoges, la fin de l't de 1 8 1 9 , et l'auteur en a observ la marche et les effets sur seize individus. Des selles verdtres, de la tristesse, et sur-tout une soif inextinguible, suivies de nauses et de vomissements, se termi- nent par un assoupissement qu'interrompent des cris douloureux et des mouvements convulsifs, et qui conduit insensiblement la mort. l'ouverture des corps on trouve le tissu des intestins ramolli, gonfl, comme chang en gla- tine , mais sans aucune trace d'inflammation , et mme sans altration dans la couleur des parties. Au milieu de si grands dsordres dans l'conomie les fonctions intellectuelles ne sont que foiblement ou point affectes. Le moyen de gurison le plus efficace est cruel; car il consiste sur-tout dans l'abstinence complte de boisson, tandis qu'une soif terrible est prcis- ment un des symptmes du mal. L'opium a aussi produit quelques bons effets. 20. 3o